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PETER, BJORN AND JOHN Seaside Rock

C'est tout de même dingue d'imaginer le nombre de disques qu'on écoute sans que ça nous fasse rien. Le nombre de chansons qu'on entend sans que jamais il (...) suite

C’est tout de même dingue d’imaginer le nombre de disques qu’on écoute sans que ça nous fasse rien. Le nombre de chansons qu’on entend sans que jamais il ne se passe quoi que se soit. Et encore moins une émotion.

La pochette, le disque, le bouton open. Et Seaside Rock est à peine lancé, que déjà j’ai des papillons dans le ventre. Des papillons de nuit c’est sûr, mais quand même. Cela fait un bien fou.

seasiderockParce qu’avec son intro façon Third de Portishead et un titre Lynchien (Inland Empire) on se prépare à du synthé-undergound, de ce que New Order aurait donné si Curtis avait participé à l’écriture de Blue Monday et jamais chanté Love Wil Tear Us Appart mais que du Ballard et du Burroughs. Et alors, on se fait avoir.
Say Something lui envoie une basse approved by Tina Weymouth et plonge droit dans le registre des Heads période festive, avec un clavier hawaïen ou quelque chose de louche. En fait ça rappelle l’intro de True Romance, vous savez le Tarantino réalisé par le type qui avait fait Top Gun. Un vibraphone sûrement, un vibraphone. On imagine de la neige à Hawaï, des pastèques recouvertes, toutes blanches et leur chair gelée. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si ce morceau est surnommé « Mukiya », pour cette touche japonaise, les marins d’Hokaïdo.

Putain qu’est ce que ça fait du bien de voyager. Dans le fond d’un canapé. Travelling without moving. Par-dessus des mers lisses et froides, sous des ciels gris tergal, comme avec Björk autrefois, ou Tortoise. Oui il y a un côté marin, pris dans la banquise. Brise glace analogique. Et pourtant c’est juste beau.

Ici tout est naturel. Même si les sons sont tous retouchés. On croit toucher des fibres, s’allonger nu sur un jonc de mer, respirer du varech pris à pleine main. Oui c’est très con, mais réussir une musique qui donne cette impression-là, que chaque son est celui qu’il fallait, que les pièces se mettent en place dans un puzzle parfait, que les traits sont impeccables même si le tableau ne ressemble à rien. Ce n’est pas chiant, ça ne cherche pas à expliquer ou à être expliqué.
School Of Kraut donne simplement envie de se décolorer en blond et de se refaire la coupe de Bowie vivant à Berlin, Needles And Pills d’allumer un joint au cœur de Shibuya, et Favour Of The Season, de promener une gabardine devant un grand palais. Jade vert et dragons dorés sur fond rouge. Photo de Mao elle-même prise en photo. Des dizaines de flashs.

Pourtant Peter, Bjorn et John ne cèdent pas à la facilité de tomber dans le ‘tout’. Tout ambiant, tout musical, tout électronique. Cela reste très dansant par moment, avec des cuivres, des voix qui coupent les morceaux pour parler dans cette langue qu’on ne comprendra jamais et qui n’évoque que des glaciers et des fjords.

Seaside Rock est en fait comme cette Allemande dévisagée pendant une heure dans une salle d’attente médicale. Redécouvrir le vrai blond, vrai jusqu’aux racines, le vrai bleu, jusqu’à la pointe des iris, le vrai teint avec les pommettes roses. Le frisson d’un truc qu’on croyait perdu dans les méandres de la génétique. A jamais. Alors qu’il pousse dans des endroits où on ne va jamais chercher.

http://www.myspace.com/peterbjornandjohn

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