78

PAUL WELLER 22 dreams

J’ai fait 22 rêves la nuit dernière et tu étais dans le 21ème. Gardien du bon goût, esthète d’un rock baroque énervé et d’une poésie soul très belle, il (...) suite


J’ai fait 22 rêves la nuit dernière et tu étais dans le 21ème.

Gardien du bon goût, esthète d’un rock baroque énervé et d’une poésie soul très belle, il a souvent été qualifié de modfather. Un truc devenu anglo-anglais que les Vespas clubs et associations en tout genre vouées à la cause mods à travers l’Europe ne comprennent pourtant pas toujours. Préférant la bonne vieille recette sixties, du moins pour ceux que j’ai fréquenté: des gens finalement conservateurs d’une époque qu’ils n’ont pas connue et pour la plupart assez moroses.

Le délire mods était à la source une idée pour se sauver de l’ancien monde, une fougue résolument moderne. Et Paul Weller l’a compris dès le départ comme Ronnie Lane, Townshend ou Steve Cradock le fidèle lieutenant.

22 dreamsPréférant l’audace à l’exercice de style. Plus facile à dire quand je parle d’un mec qui a un songwriting aisé à la Mc Cartney, Paul Weller avait atteint des sommets de productions et de compositions avec Heliocentric (2001), un moment magique. Dur de rééditer. Suivi d’un album de reprises et de «As is Now» pour digérer, 22 Dreams arrive aujourd’hui comme la nouvelle bible. J’attendais ce putain de disque. Un double bordel ! Dès que je parle de double, il y a le White Album et All thing must pass qui me foutent des frissons. Un enchaînement de morceaux que j’aurais voulu éternel. Mais il m’a fallu des heures d’écoute pour en décortiquer les moindres recoins.

Par quoi commencer ?

Le début est certes énorme. Acoustique indouisante avec Light Nights, rythm n’blues énervé sur 22 Dreams et perle assurée sur All I wanna do (is be with you), écorchée et sublime, digne de la plus belle sexy sadie. J’ai presque l’impression que Ringo tient la batterie. Have you made up your mind est le single du disque, du moins celui que je n’entendrai jamais sur France Inter, la radio de Pauline Croze et de Cali. Pas d’insulte, après ces 4 morceaux, tout est possible.

Empty ring que je jurerais échappée des sessions de What’s goin’on ouvre les portes de nouvelles odeurs. Invisible, piano/voix, remet le troubadour à son statut d’homme seul et perturbé. Instrumental exquis avec Song for Alice, digne du meilleur de la Motown au niveau de l’orchestration. Robert Wyatt est même de la partie. Quand cette percussion reste en l’air et que la trompette s’infiltre, effets psychés à l’envers, il y a ce désir étrange qui casse les frontières, comme si les Beatles avait enregistré sur Blue Note en 72. Petite ode funky sur Cold moments, puis l’instrumental en fontaine soul,The Dark Pages of september lead to the new leaves of spring , boucle cette première partie.

Weller 2008J’avais décidé de ne pas parler de tout mais c’est assez difficile. Comment les mecs ont chroniqué le White Album à l’époque ? En fait je m’en fous. Piste 10, Weller ajoute un décor art déco à une belle comptine, Black river avec cet arpège guitare/piano honky tonk, sorti d’un Cotton club 1930 en velours. Why walk when you can run, la question est posée et le mec ne semble jamais avoir été aussi proche de la vérité, quoi de plus intense que cette slide fondue qui mène la danse.

Push hit along, fucker !!! il remet la machine en marche sur un rock bien gras où il gueule comme le meilleur des fumiers, supporter de Manchester City. A dream reprise reprend le même riff que 22 dreams, mais en plus bastard !! avec les meilleurs éléments de Taxman. Puis arrive cette composition écrite avec Noel «fookin’» Gallagher, la tête brûlée qui ne sera jamais colonel. Un bon rock qui aurait pu figurer sur un album d’Oasis. Bien enregistré mais sans un gramme de révolution.

Comme pour se foutre de sa gueule, Paul Weller a choisi de mettre juste après One bright star. Tango fascinant, qui affirme haut et fort que c’est lui le parrain. Et qu’à sa mort, rien ne sera jamais plus comme avant. Il faut dire que sur ce disque on retrouve Gallagher, Coxon, Cradock, et même Bobbie Gillespie pour une co-écriture. Les frères ennemis du rock anglais qui auront chacun leur vision de l’évangile.

La fin monte au ciel. Lullaby für Kinder, Where ‘er ye go, s’apparentent plus à du Monk. Le piano frôle des mélodies qui auraient pu être différentes le jour d’après. Sur God, Weller s’explique devant la glace. Il ne peut d’ailleurs pas chanter. Il y a un peu de sermon, il semble perdu. Il a été trop loin et cette fin de disque est dévastatrice. 111 le pousse au devant de la musique contemporaine (au sens stylistique du terme).

Il en reste deux. Sea spray me rend triste. Country pop, j’ai l’impression d’écouter une chanson de Let it be. Une vision sans lendemain. Night light reste en lévitation telle une montée d’opium dont on ne reviendra jamais. La folie de toute une vie qui défile, celle de Weller. Il ne redescendra sans doute pas de ce 21ème rêve. Il s’est sacrifié avec classe, bonté, magnificence et esthétisme. Amen.

7 commentaires

Un article tout en vérité sur Le MODFATHER
mais comment être objectif sur son travail très très dur à mon sens

Commentaire par Number 9, le Lundi 16 juin 2008 à 15:44

Le cheveux, on le coupe, on le coupe pas en quatre? Ok, on y va.
All Things Must pass, c’est un triple album.

Commentaire par requis, le Lundi 16 juin 2008 à 19:39

à partir de deux on ne compte plus c’est comme l’amour…

Commentaire par Alexis Kacimi, le Lundi 16 juin 2008 à 10:32

On commence à écrire des choses sensées sur l’immense Paul Weller, styliste hors-pair…Enfin ! Bravo.

Commentaire par Syd charlus, le Lundi 16 juin 2008 à 15:07

Au fait, c’est vrai, juste et c’est écrit ici : Heliocentric était un sommet. Un peu passé sous silence d’ailleurs.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 16 juin 2008 à 21:21

Ah juste titre: On s’en fout:)
Je plaisante….

Commentaire par Bester, le Lundi 16 juin 2008 à 21:31

Jeune révolutionnaire ! Tu paieras au milluple ton insolence. Gare au jugement dernier Roquet’n'roll. Et puis que viens-tu dans ce club où l’on sirote du cappucino entre hommes de goût ? Y’a personne qui surveille la porte ???

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 16 juin 2008 à 22:53

Laisser un commentaire