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PATRICE MOULLET Rencontre en sous-sol

Je parcours le trottoir d’un des tunnels pour automobiles de la Défense. Et c’est donc caché sous les cathédrales de l ‘industrie que j’ai rendez-vous. Je participe à (...) suite

PATRICE MOULLET Je parcours le trottoir d’un des tunnels pour automobiles de la Défense. Et c’est donc caché sous les cathédrales de l ‘industrie que j’ai rendez-vous. Je participe à une rencontre. Une réunion plutôt. Pour m’y rendre, je n’ai pas reçu de bulletin virtuel ni rejoint un groupe d’énergumènes 2.0.

Mon chemin a en fait été initié bien plus tôt, il y a quelques années, dans une brocante de la région Parisienne où Romain Turzi passait à la caisse un vinyle sous le bras, Catherine Ribeiro et Alpes dans ses sillons.

PATRICE MOULLET La musique d’Alpes est le fruit de la rencontre de Catherine Ribeiro et de Patrice Moullet. Ce dernier signera l’intégralité des morceaux d’Alpes, offrant aux incantations de Ribeiro un temple sonore de choix, de par ses ingénieuses idées électromécanique. Patrice Moullet. C’est avec lui que j’ai rendez-vous aujourd’hui.

Patrice Moullet continue de développer aujourd’hui de véritables moyens de musique. C’est dans son atelier souterrain, version hi-fi de la cave à musique que je le rencontre, bientôt rejoint par Romain Turzi…

PATRICE MOULLET Patrice Moullet développe deux types de machines, des instruments acoustiques (dont la génération sonore résulte de l’entrée en vibration d’un élément physique) et des interfaces électromécaniques dont la vibration des éléments est convertie par des microprocesseurs en signaux MIDI (Codage numérique propre au transfert de données musicale comme la hauteur de la note, sa vélocité) et envoyée des synthétiseurs/séquenceurs numériques*.

Sa création la plus fameuse, la cosmophone, qui a acquis ses lettres de noblesse avec l’album Paix (1971) ne reposait, à l’origine, que sur une longue planche de bois au dessus de laquelle était tendue une corde de basse que des ailettes entraînées par un petit moteur électrique venait frapper au cours de leur rotation.
PATRICE MOULLET
Une sorte de séquenceur mécanique rudimentaire et ingénieux dont le son évoquait celui des tablas et dont la configuration des ailettes permettait la création de différentes formules rythmiques répétitives…

Au milieu de la pièce, avec ces allures de soucoupe volante multicolore trône l’Omni. Une semi-sphère composée de 108 plaques de céramiques dont les vibrations par la suite d’une frappe manuelle sont converties en signaux numériques. Cet instrument marque la collaboration de Patrice Moullet avec Jean Lou Dierstein (ancien de chez Moog USA) spécialiste des instruments de musique électronique dont le savoir-faire est bien connu des possesseurs de synthétiseurs analogiques Français:

Patrice Moullet : « Dierstein a résolu un problème d’importance dans le développement de cet instrument. Chaque plaque frappée entraînant la vibration des plaques voisines qui, interprétée par les convertisseurs Japonais que nous utilisions a l’époque produisaient des harmoniques indésirables. Il a développé un système permettant de prendre en compte la frappe avec une précision de dix millisecondes. Cette interface, placée en amont des convertisseurs, permettait de les déclencher avec un signal très propre au lieu de l’ensemble de signaux précédents. »

Dans la gigantesque pièce principale trônent d’autres machines comme la stretch machine dont le principe repose sur la tension de gable disposé de manière chrysalidique. Ou encore un incroyable mobile portant des plaques de cuivres accrochées en leurs extrémités par des ressorts et muni de capteurs piezzo (habituellement utilisé pour l’amplification des instruments a cordes ainsi que des bois et cuivres). Pour mettre en vibration ces plaques, il est d’usage d’utiliser un appareil projetant un souffle de vapeur d’eau. Percuphone, aquaphone, le laboratoire de Patrice Moullet regorge d’incroyables inventions.

Lors d’une précédente rencontre, peu après la sortie de son premier opus, le moderne et névrosé A, Turzi m’avait déjà entretenu de son admiration pour le groupe Alpes. Symbole d’un témoignage de la qualité oubliée et ensevelie. De toute cette musique qui participe sûrement autant de notre patrimoine national que la French Touch, Honneurs de ministères en moins.

Dühsse : Quels étaient du temps d’Alpes vos contacts avec la scène progressive Française de l’époque ?

Patrice Moullet : On a eu a l’époque un musicien comme René Werneer (violoniste d’alan Stivell NDR) mais nous avons peu a peu perdu contact. Paradoxalement c’est au travers d’un projet européen que j’ai dernièrement retrouvé quelques musiciens de l’époque : Rda qui développe des instruments délirants en lutherie traditionnelle, faisant usage de bois de grande qualité. Nous avions aussi beaucoup de contacts avec des groupes anglo-saxons Nous partagions d’ailleurs au début des années 70 le manager du Pink Floyd, ce qui nous a permis de jouer avec leur matériel d’amplification (A admirer dans le film Live at Pompei, NDR). Dès 68 La France était baignée dans une atmosphère culturelle ardente, on voyait Hendrix à la télé, le Pink Floyd au journal télévisé pendant dix minutes, cela paraissait impensable a l’époque. Il y avait aussi beaucoup plus de labels qui voyaient dans leurs superstars des moteurs leur permettant financièrement de travailler avec des groupes moins rentables commercialement comme nous. Cela paraît impossible a transposer a notre époque. J’ai tout de même l’impression qu’a travers le web se met en place peu à peu quelque chose d’alternatif, que les gens se mettent lentement en réseaux.

Dühsse : Encore faut-il cette nouvelle facilité de communication se transforme en action…

Patrice Moullet : C’est d’ailleurs par Internet que Turzi m’a contacté et j’étais très curieux d’être en contact avec des gens qui travaillent dans la même optique que nous.

Dühsse : Il me semblait inévitable pour clore cette rencontre d’interroger Patrice Moullet a propos de sa vision de l’évolution des outils et réalisations musicales de notre avenir…

Patrice Moullet : Je pense que nous avons atteint une période de stabilisation, Nous avons maintenant une multitude d’outils même si il reste un grand travail a réaliser au niveau des interfaces physiques, je pense notamment aux Chaos pad, petites interfaces vendues par les grands fabricants qui sont des interfaces quand même un peu minimalistes par rapport au Spectacle. Le geste en lui-même n’est plus une donnée de celui-ci. Au niveau logiciel les moyens sont existants, il reste à les exploiter, on a été fasciné par la souplesse que permettait l’avènement des appareils numériques sans vraiment faire évoluer la musique. Les outils sont là, il est temps de voir apparaître les idées.

Dühsse: Turzi lui revendique son utilisation du matériel analogique…

Patrice Moullet : Peu importent les outils, je suis-moi-même en train de redévelopper un Cosmophone pour la Maison des Metallos qui, entièrement acoustique, présentera uniquement six cordes et douze cordes en sympathie. Il y a aussi beaucoup de sons dans mes samplers qui sont développés à partir d’éléments sonores d’origine analogiques, j’ai par exemple des plaques de bronze qui font un mètre et cinquante kilos que je frappe avec des masses. Ce qui est important c’est la manière dont le son sert la musique.

Si vous aussi pensez comme Patrice Moullet que le son doit servir la musique et non le contraire, celui-ci sera bientôt en résidence avec ses inventions à la nouvellement réouverture de la Maison des Metallos, rue Jean Pierre Timbaud.

http://www.patricemoullet-alpes.com/
http://www.catherine-ribeiro.com/

* Afin d’ôter tout soupçon d’ésotérisme de cet article, il convient de rappeler que les instruments électroniques appelés synthétiseurs peuvent être divisés selon leur façon de générer ou plutôt de synthétiser un son en deux grandes catégories. Les instruments analogiques reposent sur la synthèse d’un signal électrique et la modification des paramètres physiques de celui-ci (tension, intensité) la synthèse numérique elle repose dur l’usage d’un micro processeur (0 et 1) ce qui couplé a une banque de donnée numérique ajoute a la possibilité de synthèse des possibilité de reproduction d’échantillon sonore.

Photos par Fiston

Un commentaire

[...] Patrice Moullet, l’homme des sous-sols. [...]

Commentaire par DES VIEUX QUI BOUGENT ENCORE (OU PRESQUE) | Gonzaï, le Lundi 7 janvier 2008 à 0:34

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