PAN EUROPEAN RECORDING J’ai rencontré Arthur trois fois…
Dit comme cela, les choses ne semblent pas grand-chose. Et pourtant il s’en passe des choses, ces temps-ci, à Paris. Les rockers débraillés en R&F partnership ont enfin fini par se taire, le retour présumé du krautrock n’a finalement pas eu lieu (Comment diffuser Tago Mago dans les enceintes d’un hyper… Godamn, pas possible !) et Catherine Ribeiro donnait vendredi soir dernier un concert salle comble au Bataclan (Voix impecc’, zicos Johnny 2000 et peu de reprises de la grande époque, charisme intact, voila pour la review).
Accessoirement nous sommes en 2008. Et j’ai rencontré Arthur trois fois.
PAN EUROPEAN RECORDING Parlons de la première fois donc. Point éphémère mars 2006. Concert de Turzi pour le lancement de leur EP chez Record Makers. Une déflagration sonique jouée par cinq musiciens qui ont l’air de s’en foutre. Stoïque. Magistral. Sol bitumé et néons malsains. Soloromano SONNE dans mes oreilles comme une vision monochrome de ce que les gens pouvaient entendre lors d’un concert de Syd Barrett. Voila, cette fois-ci j’étais là.
La deuxième fois, c’était place de Clichy. Arthur était là, avec ses cheveux longs. Quelques vinyles sous le bras. Des vieilleries obscures. Mais des idées loin d’être courtes, pour paraphraser Johnny. C’est qu’Arthur veut monter un label. Paneuropéen s’il vous plait. A la croisée des genres, quelque chose qui rendrait hommage au patrimoine. Turzi, le groupe, ne parait pas encore dans toute la presse comme ce fut le cas en 2007. Turzi est un groupe de nerds passionné par la France des 70’, l’Allemagne des 70’, l’Europe des années 2000.
PAN EUROPEAN RECORDING Arthur, accessoirement, est le bassiste de Turzi. Fondateur de Pan European Recording et de cette première compilation Voyage qui retrace le parcours d’une poignée de groupes novateurs pour certains et passionnant pour la plupart. Mais cela, vous l’aviez déjà compris…
Et puis il y a cette troisième fois. Direction le 18ième arrondissement. Un immeuble 1970 où vivent plusieurs musiciens du label. C’est un hasard… N’empêche qu’on retrouve Los Chicros et Turzi à deux pas de portes pour parler un peu plus de cette foutue compilation, de tout ces groupes qui «sont pour la plupart des potes, Jaumet (Etienne, NDR) un ami depuis 3 ans» comme me le confient Arthur et Romain Turzi. Les deux patrons d’un label ambitieux désirant remettre l’expérimentation au centre des débats.
Pan European ? Une question de langage. Puis une histoire de territoires. Logique pour Romain Turzi : « Au début il y a clairement la volonté d’avoir des musiques dissonantes, à part, avec une influence paneuropéenne. Tu sais… Tout mes disques sont classés par pays». La logique du do it yourself, avec des titres qui viennent de titres refusées, d’inédits comme pour Rob… Etonnamment c’est le groupe Service qui marche le mieux aux Etats-Unis». Malins les psychos freaks, l’achat de l’album de Turzi (distribué aux USA par Kemado Records) donne droit à l’accès numérique à Voyage, la compilation….
La prétendue bande de hippies 2000 connait la chanson, pour être aussi musiciens. Une lucidité qui se retrouve jusque dans les choix de pochette. «Au départ on voulait une trame sur toutes les sorties du label, ce qui aurait été un peu fachiste finalement… Mais l’idée était de rester dans l’esprit jazz.» m’explique Arthur. Le même esprit corporatiste (dans le bon sens du terme, uh..) que chez Tricatel. Un confrère du bon gout pas très éloigné de Pan European. Du moins géographiquement. Avec une pointe de cynisme ancrée au fond du cortex je me dis que les ventes ne seront pas plus hautes.
Nous sommes en France, je vous le rappelle. Et Christophe Maé est en tête des charts. Haut les bras haut les chœurs, buddies… Romain et Arthur n’auraient sans doute pas vu leurs vies autrement que comme ce rêve de gosse qui se concrétise. «Pour moi monter un label c’était un sacerdoce, quelque chose qui s’imposait à moi. Il fallait le faire, c’est tout. Au départ la compilation devait s’appeler Mort pour la France, comme un combat perdu d’avance.». L’éternel combat contre le bon-gout préjugé des gens…
Et Math des Chicros d’enfoncer le clou : « Parler de label musical, c’est aussi parler de musique labélisée… Et qu’on ne nous parle pas de krautrock. Pour Arthur, c’est le sens du contre-pied, lui qui estime que Voyage est une compilation pop («On n’est pas dans le drone de 25min… ») et qui ne regrette pas d’avoir sorti un patchwork des musiciens actuels, plutôt qu’une compil rétro-nostalgiques… Au programme pour 2008, un premier album (Aqua Nebula Oscillator) et un deuxième à vers septembre (One Switch to Collision). Un beau menu mélant habilement le fuzz, le psyché et les cris qu’on entend plus nulle part.
Resteront quelques déchets de l’indie-rock 90’ à ne pas comprendre l’Ambition de Pan European Recording… Mais attention young dudes, il se passe des choses à Paris. L’anti-Footix patriote pratiqué par une dizaine d’activistes soniques. Il serait peut-être temps de comprendre que c’est aussi au public d’agir, voire de se déplacer pour comprendre l’art lorsqu’il est fait avec noblesse, honnêteté et passion.
Pan European fête la sortie de Voyage (Ce titre…) vendredi 18 janvier au Point Ephémère avec un invité spécial : Tim Blake d’Hawkind. Un autre rêve de gosse surement, pour ceux qui ont un jour voulu croire à une autre France.
Voire un autre continent.
http://www.myspace.com/paneuropeanrecording
Pan European Recording // A psychedelic night part II // Avec Turzi, Tim Blake, Service, Aqua Nebula Oscillator….
Vendredi 18 janvier au Point Ephémère, 200 quai de Valmy 75010 Pari, 20H, 10€.
Photos par Fiston.




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