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ORPHAN TWIST Ou l’éternel retour des jeunes gens modernes

Au fond, il avait suffi de trois notes de synthé pianotées sur un MS 10, d’une vieille photo de Kraftwerk et d’un article d’Yves Adrien pour que tout (...) suite

Au fond, il avait suffi de trois notes de synthé pianotées sur un MS 10, d’une vieille photo de Kraftwerk et d’un article d’Yves Adrien pour que tout recommence. C’est ce que rappelle l’exposition Des jeunes gens mödernes, post-punk, cold wave et culture növö en France, 1978-1983, à la galerie du jour Agnès b., du 3 avril au 17 mai 2008.

Février 1978, sous la plume d’Yves Adrien, un article de Rock & Folk nommé Afterpunk annonçait ce qu’allaient être les cinq années à venir. Sur les décombres fumants du punk rock, des jeunes gens allaient découvrir le clubbing au son de Kraftwerk et d’Iggy Pop. La technologie était leur alliée. Une technologie qui paraîtrait rudimentaire aujourd’hui : des synthés monophoniques, les premiers systèmes vidéo portables, la mini K7… Pour le décor : Beaubourg et le quartier des Halles.

En 1980, Actuel, le magazine fondé par Jean-François Bizot, rompt définitivement les amarres avec la culture hippie et lance le concept de « jeunes gens modernes ». Patrick Zerbib y présente cette nouvelle génération de rockers « clean », qui portent le poil court, aiment leur maman et les mathématiques, et ont remplacé la Valstar par le lait pasteurisé.

Marquis de Sade, Artefact, Elli & Jacno, Taxi Girl, Lio, Marie et les garçons, Electric Callas, Mathématiques Moderne, Modern Guy, Tokow Boys, Edith Nylon, Lizzy Mercier Descloux… La bande-son des jeunes gens modernes s’interdit d’être ennuyeuse, car, comme aurait pu l’écrire Alain Pacadis : l’ennui est démodé.

Peu à peu, au fil de cette exposition imaginé par Jean-François Sanz, se dessine le foisonnement artistique d’une époque, les émois esthétiques d’une génération. Dans le sillage des groupes déjà cités, évoluent des artistes qui vont influencer leur époque et qui nous poussent au name dropping.

Pour le cinéma, 1979-80 est ce moment charnière où apparaissent Olivier Assayas (clip de Rectangle, pourJacno), Caro & Jeunet (Le bunker de la dernière rafale).

Tandis que Pierre René-Worms, Catherine Faux, Pierre & Gilles, Belle journée en perspective nous font comprendre la supériorité de l’image sur le texte. Car, comme me le fait remarquer Pierre René-Worms : « Trente ans plus tard, les images nous en disent plus long sur l’époque que les textes. Les textes sont une denrée périssable. La photographe, elle, résiste au temps. L’écrit se périme vite… »
Citons aussi ces valeureux terroristes du multimédia, munis des premières vidéos portables, qui hantent les squats pour saisir de fascinantes performances torturées : René Licata, Emanuel Bovet.

Quelques spécialistes du détournement d’image : le collectif Bazooka, Reed O13.

Ceux qui font de leur machine à écrire un fusil : Maurice G. Dantec, F.J. Ossang (pour qui le rock’n’roll est « une réaction des ruraux, en révolte contre le monde moderne »).

Les journalistes visionnaires : Alain Pacadis, Jean-Eric Perrin, Jean Rouzaud. Les peintres ironiques : Dominique Fury, Philipe Morillon, Nina Childress. Les plasticiens post-post-post modernes: Claude Lévêque, Xavier Veilhan. Les inventeurs du stylisme global : Maripol (c’est elle qui lookera une petite new-yorkaise boulotte appelée Madonna), Thierry Mugler. Les inventeurs de la « nouvelle bande dessinée » : Jano & Tramber, Enki Bilal, Jean-Luc Fromental. Les agitateurs d’idées/ patrons de label : Marc Zermati, Michel Esteban, Jean-Pierre Turmel.

Certains sont même un peu tout cela à la fois.

Comme le rappelle Dantec, dans le riche catalogue de l’exposition, très vite, le business s’est emparé de la créativité de ces jeunes gens, n’en retenant que deux ou trois idées vendeuses et facilement assimilables. Autant dire qu’en 1983, le mouvement était mort. Et le désert glacé des années 1980 de commencer. Il était temps pour Orphan d’entrer en hibernation.

www.myspace.com/desjeunesgensmodernes

4 commentaires

Une video sur le vernissage de cette exposition et la soirée qui a suivie:
http://www.dailymotion.com/video/x51tin_the-art-pack-des-jeunes-gens-modern_creation

Commentaire par The Art Pack, le Lundi 14 avril 2008 à 11:52

Oui, cette vidéo est le complément idéal de l’article !

Commentaire par Pierre Mikaïloff, le Lundi 14 avril 2008 à 16:39

Je n’ai jamais aimé Taxi Girl ou Daho mais il était tant que l’on montre à toute une génération qu’il y avait eu un temps où la france rock était prolifique. Et que New Wave ne voulait pas forcément dire fluo et synthé kitch. Il faut revoir plus tôt et cette expo le démontre assez bien.
Mieux de toute façon que le Regeneration Tour
(évoqué ici) !

Commentaire par Billy HP, le Lundi 14 avril 2008 à 11:34

Jvoulais dire à Orphan que le sang coule de mes haut parleur. avec des guitares comme des fines lames. c’etait juste avant le napalm doré.

Commentaire par Hugues, le Lundi 14 avril 2008 à 18:51

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