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ON VINE STREET The early songs of Randy Newman

Une compil' de reprises de Randy Newman et c’est la rechute de Charlus. Il lui en faut peu. Journal de bord du capitaine. 14 juillet 2007 Enfin un disque qui (...) suite

Une compil’ de reprises de Randy Newman et c’est la rechute de Charlus. Il lui en faut peu. Journal de bord du capitaine.

14 juillet 2007

Enfin un disque qui bloque l’horloge. Après une écoute, vient une drôle de sagesse greco-pop : « je ne devrais écouter que cet album pendant 6 mois ou un an. Je ne devrais lire que Proust. Quel temps perdu à découvrir des mauvais ou des moyens. Quelle place gâchée avec ces étagères chargées de disques moins bons d’année en année, une cave tournant consciencieusement au vinaigre… Réécouter, relire ! » C’est presque du bouddhisme ou une connerie de ce calibre. On se sent léger, on détale comme un moine tibétain sous la matraque, on respecte les mouches, on remercierait presque le très Gros pour l’invention du CD. On devient humble.

the-early-songs-of-randyIl y a de quoi : On vine street rassemble les morceaux écrits par le jeune Randy Newman et interprétés par d’autres. Tout l’art de Newman est ici concentré : son cocktail Broadway-pop, ses structures aussi limpides et compliquées qu’une robe haute couture (oh, le pont, je ne l’avais pas vu venir ! Tiens, mais c’est déjà le refrain ?) et certains des textes les plus fins jamais logés dans une pop-song (garantis sans conneries surréalistes). Evidemment tout le monde s’est jeté sur ces compos, comment faire autrement ? La sélection de ce disque est impitoyable, quasiment que du haut-vol. Un an en altitude, ça ne se refuse pas en 2008.

15 juillet 2007

Un grand disque commence toujours par pulvériser quelques principes. 1/ On ne peut pas repousser tous les autres albums pour une compilation. Il faut privilégier les « vrais » albums, la politique des auteurs en quelque sorte. A oublier avec On vine street. 2/ Scott Walker m’a toujours gonflé, je n’ai jamais rien compris à ce culte. Dès qu’il ouvre la bouche, il enveloppe le moindre mot d’une atroce béchamel. A oublier aussi pour quelques minutes : Scott Walker livre ici une version de I don’t want to hear it anymore irréelle, insoutenable drame de province, Madame Bovary avec des cordes.
On respire, hein ? Nous voici allégés de quelques certitudes pour ce mois de juillet si lourdingue. « Avoir les idées larges, c’est bien. Ca permet de se promener, » disait Roger Nimier. Oui, Roger Nimier. Qu’est-ce que j’y peux moi si les vrais écrivains rock ont été publiés chez Gallimard, n’ont jamais écouté Dylan et se rasaient de près ? Hein ? Qu’est-ce que j’y peux si c’est Randy Newman et une poignée de vieux qui sauvent l’été ?

16 juillet 2007

Randy NewmanCet album peut vous faire une année car le songwriting de Newman a inspiré toutes les humeurs. On y trouve de la pop 60’s (Harper’s Bizarre, Alan Price set, Eric Burdon and the animals…), de la « party song » (Fats domino), du R’n’B (Billy Storm, à remuer), du baroque (Van Dyke Parks, à pleurer), du drame Spectorien (The O’Jays, à chialer), du vaudeville-music hall (Nilsson, à hurler)…
Bref, que vous soyez puissants ou misérables, Randy Newman à pensé à vous. Vous nagez dans le bonheur estival ? Patience, le trou d’air viendra bien assez tôt. Juillet vous désespère, les hommes portant bermudas et tongues vous donnent des envies de Napalm ? Allons, ça passera, il y aura l’automne et ses manteaux plus vite qu’on ne croit. Dans les deux cas : On vine street, l’élixir.
Ce disque est un delta, c’est son autre force. Il vous conduit tout droit aux fantastiques premiers albums de Randy Newman évidemment (si vous n’avez pas au moins le premier, je vous livre à la Préfecture) mais aussi à la redécouverte d’Harry Nilsson (comment en rester à ce titre, il faudra tout explorer évidemment), à la remontée du fleuve vers les Beau Brummels… Vous allez voyager, l’ami.

17 juillet 2007

Non, je ne vois pas… J’ai fait comme d’habitude, je crois. Ils étaient tous couchés, je me suis servi un verre, j’ai écouté le ronronnement de la Place de Clichy, chat l’après-midi, fauve fatigué vers minuit. Et puis, j’ai mis Dusty Springfield et sa version d’I think it’s gonna rain today. C’est à ce moment que j’ai vu la place pivoter sur elle-même. Je le jure. Tout s’est remis en place, comme lorsque l’on retire le plâtre d’un poignet cassé.
Avec Dusty Springfield, les épiphanies sont nombreuses, c’est un pilier de Notre Dame qui se dresse Rive droite, attendant que l’on s’adosse.

18 juillet 2007

8 h 00 : « Tu as pensé à… » Dusty Springfield.
10 h 00 : « La réunion commence et… » Dusty Springfield.
18 h 00 : « Dans le cadre d’une approche… » Dusty Springfield
20 h 00 : « Après sa libération, elle… » Dusty Springfield.
21 h 00 : « Oui, mais il y a une vraie qualité de vie qui… » Dusty Springfield.
21 h 30 : « Non, Paris, avec les enfants, c’est impossible, nous… » Dusty Springfield.
22 h 30 : « C’est très français de commencer par critiquer et … » Dusty Springfield.
22 H 36 : « Et le deuxième alors ? » Dusty Springfield.
00 h 20 : « Tu es chiant, on a l’impression que tu n’as rien écouté pendant ce dîner et… » Dusty Springfield.

19 Juillet 2007

Madame Springfield,
Je vous écris cette lettre après plusieurs écoutes d’I think it’s going to rain today, votre version du titre de Randy Newman. Pour vous remercier de votre interprétation, ma proposition est simple : je suis près à venir faire le ménage chez vous, dans la tenue que vous choisirez. Bien à vous, tout à vous,
Syd Charlus

PS : si vous pouviez chantonner les ordres pendant les séances de nettoyage, je vous en serais particulièrement reconnaissant.

20 juillet 2007

Pas de réponse de Dusty. Décidément, ce mois de juillet… Alors j’ai fait le ménage chez moi, seul : plus aucun disque ne traîne autour de la platine. Simplement On vine street.

6 commentaires

Merci pour cet article enthousiasmant. Je file écouter “On vine street”, en cueillir quelques pampres.

J’aime beaucoup votre journée du 18 juillet, j’aime ce sentiment d’obsession miraculeux qu’instille le beau, qu’il s’agisse de musique, de littérature, d’art graphique, d’une inconnue croisée dans la rue…

Et bien d’accord pour dire que Nimier a un petit goût Rock’n Roll même s’il n’en a eut toute l’apparence que dans les dernières secondes de son existence… De ses amis et collègues sont à (re)lire cet été : Aymé, Blondin. Quand la rentrée s’annonce maussade, prenons la vie à la hussarde.

Sincèrement,

Commentaire par Formerly W. Goethe, le Lundi 21 juillet 2008 à 8:42

Monsieur Goethe merci ! Et surtout bravo : les hussards l’été, c’est un choix de tout premier ordre. Panache, style, élégance : si ça c’est pas du rock !

Commentaire par Syd charlus, le Lundi 21 juillet 2008 à 10:25

Super article en effet. Une prose sobre et qui donne envie. Comme Blondin en effet, qui invite à s’en resservir un.
Bravo Sir Charlus. Misison réussie. Maintenant, veuillez ôter ce tablier et passer un jeans je vous prie…

Commentaire par Hilaire Picault, le Lundi 21 juillet 2008 à 23:00

Ah oui !
(Randy N. nous apprend qu’il fauit savoir faire court parfois)
Salutations à Dusty S. et à votre 18 juillet, capitaine. Comme si j’y étais.

(chapeau aussi au chapô - du concis et du percutant, on en reprend)

Commentaire par secondflore, le Lundi 21 juillet 2008 à 22:46

Hilaire, merci. Trinquons. Vous citez Blondin ? Patron, remettez-nous ça !

Flore, ce 18 juillet était épuisant effectivement.

Commentaire par Syd charlus, le Lundi 21 juillet 2008 à 12:07

Arghhh, quelle vision! Syd Charlus, ivre, qui fait tourner les places comme d’autres les tables, transpirant dans un costume de soubrette manifestement taillée pour une servante plus petite que lui…! Stop!
Il a pas intérêt à pointer son gros museau, le “song writer de génie”, moi, je lui en colle une dans son groin! Oh reste, tranquille Randy!

Commentaire par requis, le Lundi 21 juillet 2008 à 20:12

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