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OFF SCREEN Untidy child’s room

Toutes les deux semaines, Karolyn Poggi, sculpte à coup de lames de rasoir, le marbre du septième art, pour en laisser apparaître une prose antique, faite d’avalanche de (...) suite

Toutes les deux semaines, Karolyn Poggi, sculpte à coup de lames de rasoir, le marbre du septième art, pour en laisser apparaître une prose antique, faite d’avalanche de scènes rayées.

Scène 5. En traversant Xenia, Karolyn s’arrête sur le pavillon d’une maison et s’assoie au milieu de jeunes portant veste en jean sans manche, T-shirt large et bracelet clouté. Elle regarde l’un d’eux balançant un corps mal-à-l’aise. Il parle de sa famille, de ses connaissances et de la vie. « Elle est belle, pleine de beauté et d’illusion. »

Scene 118 mm
Xenia – Ohio
Jeunesse marginale
Colle et Métamphétamine

Une voix fluette fredonne :

« Cacahuètes, Cacahuètes, beurre de cacahuète. Enculé de ta mère. Écoute tête de nœud, si tu me cherche des noises je vais te botter le cul. Car tu es un gros enculé de ta mère. Garry a une chatte et James a une chatte. Maman a une chatte et Tante Lil a une chatte étroite. »

Ainsi commence le récit d’un ville anéantie par une tornade en 1974.

Scene 2De vieilles vidéos amateurs nous dévoilent le visage d’un ange exterminateur laissant des membres sur les toits, des corps sans tête, et des chiens embrochés aux antennes. Une série d’évènements aléatoires nous est donnée à voir. Ballade dans l’intimité d’une population brisée. On se laisse porter par la véracité des propos des personnages. Avec Gummo, Harmony Korine nous tend le miroir d’un génération cruellement humaine.

A Xenia les chats sont pendus aux pylônes électriques.

Patchwork d’enfants devenus adultes trop vite. Ils se souviennent de leur parents sur fond d’images brouillées. Passé révolu. Les âmes sont dépourvues de sentiments. Son père l’a violé, et le mien fut agressé à la Saint Martin Luther King.

Tummler et Solomon, tuent des chats qu’ils apportent à un épicier en échange d’une dose de colle.

« Si tu ne souris pas je te butte. »

La mère de Solomon est fascinée par un mari danseur qui n’est plus. Elle sert des plats copieux à son fils qui en train de prendre un bain dans une eau noirâtre. Derrière Solomon, le carrelage bleu foncé fait ressortir des poupées Barbies écartelées. Victimes d’un cataclysme.

Bunny boy, personnage fantomatique traverse l’écran de temps à autre, jouant de l’accordéon sur des toilettes ou dévalant une allée les bras en Croix. Le jeune adolescent aux oreilles roses de lapin se colle au grillage d’un pont, crache et urine sur les voitures traversant l’autoroute. Il nous chante l’amour qu’il porte pour les animaux de la basse-cour. Bunny Boy et sa cage de fils de fer. Enfant jouet délaissé surgissant d’une malle usée, et devenant la proies d’apprenties John Wayne de 11 ans. Le lapin rachitique joue la comédie et tombe sous les balles invisibles.

Bang Bang. He hits the ground.

Scene 3« Elle a un V-8 dans la chatte et un cul comme une Cadillac. »

Luxure et Impureté : Le Bouc du Sabbat d’Eliphas Levi surgit.

Les traits d’une heroïne pornographiques. Everyday de Buddy Holly, accompagne une Chloé Sevigny faisant danser sa langue au ralentie sur le pourtour de ses lèvres. Jouant sexuellement avec sa chevelure blonde peroxydée. Regard aphrodisiaque à la caméra. Leggings et brassière noir, elle s’entête à coller du chatterton noir sur ses seins afin d’en augmenter le volume. Illusion d’optique.

Fresque de personnages tous autant marginaux.

Une homme saoul tente de séduire un nain Gay en lui racontant les déboires de sa mère. Clifford Dumtin cocaïnomane et proxénète prend en photo des adolescentes montrant leurs seins. Une jeune fille trisomique arborant un T-shirt à l’effigie d’un groupe de Hard-rock et un poupon sous le bras chante l’alphabet et son amour pour Dieu. Une femme albinos nous décrit à la manière d’un annonce de presse, l’homme de ces rêves qu’elle réduit par la suite à Patrick Swayze. Sous l’œil de son mari une créature à la John Waters, exhibant dentelle blanche et nœuds rouges se prostitue. A tour de rôle, des jumeaux se savonnent le dos dans une baignoire.

Autant de personnalités dévoilées tout au long du film, et dont la présence sophistiquée et énigmatique n’a aucun véritable intérêt.

Dans une piscine assaillie par la pluie Dot et Helen embrassent chacune à leur tour Bunny Boy. Tummler et Solomon continue à abattre de maigres chats pour pouvoir subvenir à leurs achats illicites. Et les vieilles images de la tornade refont surface.

Sur l’air de Crying de Roy Orbison, la beauté d’une des dernières scènes souligne l’abandon d’une jeunesse insouciante se laissant porter par les événements d’une vie marquée par le passé.

« Yes, Jesus Loves Me. »

Une sombre météorite brisa le déroulement d’un quotidien. Plus rien à désirer, leur chemin est clairement tracé.

Gummo est un no man’s land, où se donner la mort passerait pleinement inaperçu.

***

K.

2 commentaires

C’est pas sa fille, handicapée mentale, qu’il prostitue le mec ?

Commentaire par Jüül, le Lundi 7 juillet 2008 à 17:04

En tout cas, Gummo a la plus belle scène sur une chanson de Roy Orbison, devant David Lynch soi-même. Et ça donne envie de mettre des oreilles de lapin …

Commentaire par Monsieur Aa, le Lundi 7 juillet 2008 à 3:49

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