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OFF SCREEN Scène deux, minuit moins une

Toutes les deux semaines, Karolyn Poggi, sculpte à coup de lames de rasoir, le marbre du septième art, pour en laisser apparaître une prose antique, faite d’avalanche de (...) suite

OFF SCREEN Toutes les deux semaines, Karolyn Poggi, sculpte à coup de lames de rasoir, le marbre du septième art, pour en laisser apparaître une prose antique, faite d’avalanche de scènes rayées.

Une fois passé de l’autre coté de l’écran, la Scène 2. Karolyn contemple l’agitation des bas-fonds de Rome. Fellini devient le Monsieur Loyal de ce cirque décadent où les putains aux poitrines extravagantes se frottent langoureusement aux pensionnaires de la basilique Saint Pierre. Il est bientôt minuit, le spectacle commence

Fellini nous montre, ce qui n’existe que dans l’esprit de Juliette.
OFF SCREEN
Cliquetis de la caméra.
Des Acteurs Oniriques.
Cité de Rome.
Nuit.

Cours des miracles de la cinecittà, les personnages se bousculent. Leur rires se croisent, se recroisent et s’entrecroisent. Des éclats, non des hurlements. Les parures s’inversent. Certains font l’amour sur le sol, pendant que d’autres mangent des plats gargantuesques. Le gras des seigneurs se mêle aux gras de la viande. Les couleurs dansent dans la nuit sombre.
OFF SCREEN L’être humain côtoie quelques heures les divinités de la décadence. Le pape sur son char d’or, bénit la tenancière des lieux.

Relents de sueurs. Clameurs Romaines.

Ainsi se déroule la Dolce Vita. Ma maîtresse extravagante.

Scène de débauche. Une femme retire ses vêtements langoureusement sur le sol, alors qu’elle vient de se faire quitter par son mari. Des regards voyeurs l’applaudissent et jouent de son corps vieilli par le temps. Au bout de quelques secondes, elle est nue. Couchée sur le sol cendreux. Personne ne touche, la vieille femme se frottant aux dalles. On l’encourage à finir ce qu’elle a commencé. Demain elle meurt. Comme ses enfants.

Carnaval Vénitien.

Le spectacle indiffère le blafard Casanova, qui à l’autre bout de la cour, s’approche lentement de la jeune femme. Il porte son costume sombre sur mesure. Elle est seule, assise à une table. Humanoïdes animés. Ils dansent. L’homme la pose sur du satin pourpre et lui caresse les jambes. Puis, dans une course effrénée de va-et-vient, son sexe s’enfonce dans l’automate. Rapport acrobatique et articulé, entre chair et bois, perruques et peinture, cheveux et nylon. Elle a l’avantage de se laisser ficeler, par les doigts de fée du séducteur.

Des hommes grimpent à d’immenses échelles, pour rejoindre les orgues suspendues de Wurtemberg. Concerts électriques. Outrance ironique.

« Les femmes et les petites filles surtout sont dans sa tête ; mais elles ne peuvent plus en sortir pour passer ailleurs » écrit à son sujet le Prince de Ligne.

A leurs cotés, la frêle géante prend son bain avec deux nains. Son numéro est fini, mais eux n’ont pas terminé d’admirer ce grand visage paisible.

«Entrez dans la gueule du poisson
Voir les chefs-d’œuvre qu’il renferme
N’ayez pas peur. Entrez ! Entrez !»

Mon Dieu, c’est un cirque. Un cirque se trimbalant dans des roulottes en bois escortées par des Harley-Davidson.

Au centre un homme démontre une énième fois qu’il est capable de briser des chaînes d’acier avec la force de son torse. « Ce spectacle n’est pas pour les âmes sensibles », prévient-il. C’est à ce moment-là que les enfants se ruent voir le spectacle qui leur est défendu. La chaîne cède. La foule applaudit. Rugit.

Purs créations d’Eros, les longues jambes laiteuses s’entremêlent. Le voile jaune se mélange au bleu. La chevelure lâchée danse dans les nuages de fumée. Beautés soudaines, engendrée par des corps multipliés. Artistes ratés, stars de cinéma, vagabonds, héros légendaires, jeunes dépravés, pantins mécaniques… tous se perdent dans les méandre du septième art.

[Perte du sens réel au profit d’une nouvelle réalité.]

Sourire hurlant. L’orgasme se lit sur son visage. Elle est assise sur le marbre froid.

Elle est une reine dans sa robe. Blanche lacée par des rubans de soie. Accumulation d’étoffes immaculées, volants, dentelles. Des draps où l’on aurait fait l’amour jour et nuit sont pliés et repliés. L’esprit crie à l’orgasme sur le carrelage blanc, dans une robe spectrale parant sa peau laiteuse.

L’œil noir est ténébreux. Tout comme ses gants masculins en cuir, qu’elle porte pour ne pas laisser de traces de sa monstrueuse beauté. Condition de sa naissance ou simple attirance pour le cuir raide et brillant ?

Et comme si elle voulait rappeler sa gloire, elle laisse une rose rouge tomber sur son visage. Tache de sang sur la neige. Les épines de la fleur s’entravent dans la chevelure blonde, tout en jouissant de l’instant.

Elle est la putain de luxe des Enfers : jamais son corps n’effleurera le plus commun des mortels. Pardonnez-là. Pourquoi hurle-t-elle ? Pour qui ?

Echo fantomatique.
Orgie satanique.
Spirit of Extasie.

Casanova lui-même ne pourrai la toucher.

Et cette façon qu’Anita Ekberg avait de se serrer contre le revers de son smoking blanc cassé, ne pouvait pas le blaser, même dans l’obscurité, il la revoie encore.

K.

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