Il y a des jours où l’on aimerait que les choses changent. Des jours où l’on aimerait tomber sur un site qui affirme ses influences et bifurque vers autre chose. Il y a des jours où l’on tombe sur un site, le meilleur peut-être, qui parle des médias, les dissèque jusqu’à l’os, avec pédagogie, sans fanfare.
Le grand illuminUn média qui parle des médias. Mise en abîme parfaite me direz-vous. C’est ce que propose dans ce vecteur temporel instable (le temps existe-t-il sur le net?) le site Novovision, piloté par son capitaine Narvic. A la question “ah mais vous avez un blog, mais zavez pas envie de monter un titre de presse écrite?”, je réponds toujours par la négative. Certains tenteront vainement de vous expliquer qu’ils sont sur le net par envie, puis rebrousseront chemin dès qu’une imprimerie et un pseudo mécène leur ouvriront la porte des lettres grasses.
Narvic, sur Novovision, s’oriente sur le même chemin, avec le même courage. Parler vérité, connexion, flux RSS et journalisme en ligne avec une pédagogie sans faille. Souvent le mot juste, des exemples pertinents sur “la vie la vraie”, et plus que tout, une idée révolutionnaire: l’information ne peut limiter aux médias qui la diffuse, l’interconnexion est évidente, le lien HMTL nécessaire. Tu l’aimes ton voisin? Relaie son information, au lieu de la faire tienne.
Narvic, citoyen virtuel (puisque sans existence réelle, c’est écrit sur son site) concurrence et dépasse les médias traditionnels, y compris ceux d’internet. Ceux qui vous parlent encore de recettes publicitaires et d’abonnements payants.
Novovision, peut-être le premier site qui pourrait nous faire peur, chez Gonzaï, en terme d’investigation subjective. Comme une sorte de Matt Drudge des temps modernes. Du moins francophones.
Ici une définition du site par son auteur, à travers quelques lignes, figées dans l’espace du temps qui jamais ne s’effrite.
NovVision et les cobayes d'un nouveau sicle
« Etre novö, c’est être dissident de tout : y compris, et surtout, de soi-même. » Il y a près de 30 ans, un comète a traversé la fin du siècle. Elle nous a laissé un message… Yves Adrien fut un « dandy nucléaire », son livre « NovöVision » est aujourd’hui le bréviaire de ses adeptes…
« NovöVision » n’est pas seulement le nom que narvic a choisi pour sa maison, c’est surtout le titre d’un livre, et pas n’importe quel livre… « NovöVision. Les confessions d’un Cobaye du siècle » est un livre au destin singulier, un OVNI, mieux, une comète littéraire qui a traversé la fin du siècle dernier comme un éclair.
Bien peu de gens ont été éblouis par cette lumière, pour les raisons que je vais vous raconter plus loin, mais les illuminés touchés par cette grâce particulière en ont été profondément marqués. Vous avez compris que narvic est l’un de ceux-là. S’il a choisi ce nom pour désigner sa maison, c’est une forme d’hommage, autant qu’un signe de ralliement à tous les pratiquants de ce culte secret… A chacun sa maison bleue, accrochée à la colline…
NOVOVISION C’est que « NovöVision » est un livre culte, au destin mystérieux et maudit, ce qui est bien le moins pour un livre culte. Il fut publié en 1980, par une maison d’édition mythique, au sein d’une collection devenue légendaire aujourd’hui.
Les Humanoïdes Associés n’ont publié que peu de livres. Surtout des bandes dessinées de science-fiction, et pas n’importe lesquelles non plus : Moebius (« Les aventures de John Difool », « L’Incal »), Jodorowsky (« La Caste des métébarons »), les frères Schuiten (« La Terre creuse »), Beb Deum (« Buröcratika »). Ils ont publié aussi Enki Bilal, Philippe Druillet… Ils éditaient la revue « Métal Hurlant ». Ainsi que la fameuse collection « Speed 17 » qui nous ramène à « NovöVision ».
La collection était dirigée par Philippe Manoeuvre, que les plus jeunes d’entre vous connaissent peut-être encore, car il sévit toujours… C’est lui qui publia pour la première fois en France l’américain Charles Bukowski et quelques autres auteurs de légende, comme Hunter S. Thompson (« La grande chasse au requin. Le nouveau testament gonzo », « Hell’s Angel ») ou Hubert Selby (« Retour à Brooklyn »)… Rien que cela.
Le dandysme nucléaire
« NovöVision » fut publié à peu d’exemplaires et fut donc très peu lu à l’époque. Et puis l’ouvrage disparu [soit réédité, en l’an 2000 par Denoël, comme un testament du siècle finissant. 20 ans durant lesquels s’était forgé le culte novö, le « dandysme nucléaire »…
L’ouvrage, rare et mystérieux, devint précieux. « NovöVision » n’était pas de ceux que l’on prête. Ses lecteurs étaient des initiés… qui tentaient à leur tour de pratiquer, ainsi que l’enseignait le livre, « la supériorité avec absence »…
Il faudra retracer le parcours du dandy, le vrai, pas son ersatz galvaudé, ce « masculin singulier » [« solitaire » de Françoise Dolto [« Novövision » est un mythe, son auteur l’est aussi. Yves Adrien aura traversé la fin du XXe siècle en dilettante ennuyé… avec absence. Personnage mystérieux, il disparait sans cesse et réapparait de temps en temps, toujours à l’improviste.
Lors de son passage le plus brillant, entre 1978 et 1980, accoudé au comptoir du Palace, la comète Yves Adrien a créé ce double de lui-même qu’il nous a laissé en dépôt et dont « Novövision » raconte l’histoire : Orphan.
” Mais Orphan, en ce début d’année, se sentait las de Mozart. Le désir l’habitait de jouer une partie plus risquée, de mettre en scène un personnage plus humain. Un personnage qui… [...] Un personnage sans intérêt, un personnage humain : (humain au point de vouloir être, toute une année durant, le double d’un robot). Un personnage de ce type, Orphan n’en connaissait qu’un : Yves Adrien “.
Qui est le créateur de qui ? Orphan ou Yves Adrien ? « Être brillant, ce sera… cela : la faculté qu’a un être de s’inventer des doubles qui le prolongent et le protègent », prédisait Orphan/Adrien il y a près de 30 ans.
Avec internet, tout cela est beaucoup plus facile à mettre en œuvre aujourd’hui… narvic est mon double, novövision est mon miroir. Ils « me prolongent et me protègent ». J’ai tâché de retenir la leçon… « Le Cobaye du (XXe) siècle » ouvrait la voie à tous les cobayes du siècle d’aujourd’hui…
4 commentaires
Les nouvelles vont vite….
Je ne connaissais pas ce site : à voir.
Le coup de la “supériorité avec absence”, et de la création d’un double, ça me ramène à Manset ça…
Merci pour le lien.
Je m’en vais “lurker” ce site pour voir ce qu’il a dans le ventre.
Dans le registre du média sur les médias, avec une optique différente, on trouvera le site ACRIMED et le bimestriel Le Plan B (anciennement PLPL).




ETRE DIEU
Bonsoir,
Je crois qu’on s’est compris et qu’on parle de la même chose. Enchanté de faire ta connaissance.
Amicalement, narvic.