Un groupe country-soul de Memphis, un site dub « from Samoa », de la power-pop de Portland… cliquer, rebondir, downloader. Un titre de folk islandais sur un myspace désert, de la no-wave canadienne, le cliquetis de la souris, comme un insecte nocturne… survoler du post-punk andalou, du néo-Gun club hollandais pour, finalement, trouver son bonheur à… Strasbourg. « Növalis Impulse » susurrèrent les sirènes de l’Est et l’Ulysse, numérique ou pas, l’eu dans le baba.
Növalis Impulse… avec ce nom, le label strasbourgeois en dit déjà beaucoup : le tréma pour saluer - bien bas - Yves Adrien, Impulse pour… on ne va pas vous faire un dessin, et Novalis, le romantique allemand (« Le monde doit être romantisé », sacré Friedrich !). Pour résumer : classe, culte, goût du détail et tension vers l’absolu.
Derrière cet étendard référencé, ça se complique. Une multitude de pseudos, de genres, de groupes : pop (Marvin Hood), funk raide façon NYC (Crocodiles), hardcore à l’ancienne (Dopamine addict quartet), garage pop (Toxic Kiss), pop garage (The Spangles), bizarreries cold (Brian Hoffer, Stéphane Lu), Barrett à Hawaï (Charly Sun), country gothique (Chapel Hill)… A boire et à manger, tout le monde est le bienvenu, comme dans tous les labels de potes, c’est ça ? Pas exactement. Car ce qui compte dans cette affaire, c’est ce que l’on pressent. Comme on dit « lire entre les lignes », ici il s’agit d’entendre entre les titres pour débusquer une « manière », une approche pop ingénieuse, mystérieuse et tordue, évidemment pas décelable chez tous les groupes mais bel et bien là, en gestation, volontaire, sous-jacente comme une résolution déjà prise.
Pour comprendre, le plus simple est peut-être de débuter par un morceau collectif, Straxburg town. Chacun y va de son couplet ou de son riff. Tremolo profond, fuzz lointaine envapée dans l’écho, puis démarrage folk-rock, basse au médiator et refrain en chorale sombre… Saisissant. (Projet : glisser le morceau dans l’I-pod, prendre le TGV-Est, lancer cette intro face au Christ quittant le prétoire de Gustave Doré, merveille absolue visible à Strasbourg.)
Straxburg town NOVALIS - Straxburgtown.mp3
Joint au téléphone, en plein mix, Sam du groupe Toxic Kiss, l’un des fondateurs du label avec d’autres piliers historiques comme Manöx ou Jean-Luc Billing (des années d’underground alsaco derrière ces noms, j’imagine), confirme l’intuition de départ. Le « clac » du zippo en guise de métronome pour notre conversation, l’homme cite Spector, Joe Meek, Burgalat (« sans lui, on aurait rien tenté, je ne vois pas où nous en serions, l’album de Houellebecq est capital »). De la bidouille et du rêve ; la tête dans les câbles mais le regard vers les étoiles. « A la fin de Good vibrations des Beach Boys, on entend une reverb qui rend fou, » tient soudain à préciser Sam.
Quelques nuits plus tard, on revient sur le myspace des Növalis. Et le dossier s’épaissit à chaque écoute. The siamese twin song, par exemple, signée Manöx et Simon Simple n’a pas beaucoup d’équivalent en ce moment, dans le genre lyrisme froid du premier Arcade fire. Et ces voix stylées, maniérées juste ce qu’il faut, on doit se pincer pour réaliser qu’elles viennent de Gaule et pas de l’Angleterre en fourrure de Roxy Music. Pareil pour la pop 60’s des Lillois de Marvin Hood qui tourne encore en rédigeant ce papier, grâce à Non elstic world (du Blur deuxième période glacé au Pavement, bref… quelque chose d’à part). Sans parler du classicisme Nuggets des Vietnam Brothers : la démo est dégueulasse mais le potentiel érotique de cette voix, my god… vivement le studio et des oreilles derrière la console. Bien sûr, ce n’est pas l’épiphanie sur tous les titres - personnellement, l’air du temps froid et pro de Crocodiles, non merci ; je salue Monsieur Lu mais sans en croquer et je ne suis pas revenu sur la page de Chapel Hill- mais, tout de même… c’est assez inespéré.
The siamese twin song MANOX SIMON SIMPLE - thesiamesetwinsong.mp3
Alors, les embûches à venir, on les connaît. Eux aussi, sans doute. D’abord, il y a la Province et son « mur d’octroi » : « nous sommes 10 groupes, nous nous trouvons géniaux, un bar peut nous faire jouer toute l’année devant un public qu’on connaît depuis la classe de 3eme et ceux qui franchissent ce mur d’enceinte sont des traîtres vendus aux marchands parisiens. » Pas d’inquiétude, la bande Növalis Impulse semble avoir déjà pris les devants. Sur le Myspace de Toxic Kiss, on lit des dates prévues dans le sud de la France, d’autres à Toulouse, Chambéry… De l’air, à pleins poumons.
Ensuite, il faudra bien composer avec notre époque, forcément de transition. Les majors boivent la tasse, le web ne fait rien vendre, les groupes passent plus de temps à faire de l’autopromo qu’à sortir des morceaux et finissent par préférer ce boulot de commercial (« le goût du contact et des rencontres », ben voyons…). Avant que le grand soir technologique n’advienne, il faudra tenir bon, ne pas céder au découragement. Là encore, le terrain semble déminé. Une partie du Növalis crew a pris la décision de s’installer dans un ranch en lisière des Vosges pour jouer, enregistrer, jouer, enregistrer… Le mythe de la Funhouse réactivé, des journées - des nuits surtout, on ne se refait pas- à peaufiner les arrangements, à empiler puis retirer des guitares, à traquer le grand morceau.
- D’ailleurs Sam, à quelle séance de studio auriez-vous voulu assister, en vous planquant dans un coin ?
- Be my baby, c’est sûr… ; An electric storm de White Noise aussi, évidemment. Mais j’aurais surtout aimé être dans le studio, quand The Creation a gravé How does it feel to feel.
- Musique tendue pour mâchoires serrées.
- Tendue mais qui pousse vers le haut. L’idéal.
« Tendue mais qui pousse vers le haut ». Ca promet pour la suite…
www.myspace.com/novalisimpulse
9 commentaires
Merci Sylvain. Bcp de choses, c’est à fouiller en effet. je reste dingue du titre Straxburg Town
A quand, cette antologie GonzaÏ des plus grands morceaux collectifs?
Une idée: peut-être commencer par une définition. Voici ma proposition :
Il y a morceau collectif au moment précis où un des membres du groupe déclare “celui-ci, c’est moi qui l’ai écrit” et où tous les autres éclatent de rire
> Requis : Le morceau collectif… une utopie de plus. Quoique chez Motown ?
” you know my name”, look up the number, c’est un peu une chose collective, non? Après, il y a la méthode Flaming Lips qui consiste à allumer plusieurs radio simultanément et à espérer que du chaos-cacophonique sortira l’ordre-harmonique. Ca c’est du collectif, cher Syd.
Mais vous êtes peut-être mieux placé que quiconque sur cette question: n’avez-vous pas essayé l’écriture à quatre mains par le passé?
A 6 mains même ! Disons qu’il faut savoir passer la main, parfois. You known my name est un bon exemple, mais est-ce un morceau et pas une plaisanterie réussie ? Ce qui est horrible surtout c’ets le mot collectif… evidemment on pense tout de suite théâtre de rue, et là… le charme est rompu.
Ouf je suis rassuré je pensais qu’on parlait de tournante avec le morceau collectif!
Bester, c’est l’heure de votre séance, le docteur vous attend.
Bester Langs, un adepte des thérapies de groupes? Et si oui, quels groupes?




ETRE DIEU
C’est du joli et du touffu, Syd, m’en vais déméler-écouter tout ça les jours qui viennent…