Haute terre barbare, accueillante et tolérante, la Nouvelle Zélande. Sa culture se résume pour nous, pauvres Européens en mal d’air frais, au haka et autres danses tribales trop peu compréhensibles pour s’y intéresser. Un billet d’avion au prix excessif pour nos bourses vidées et voilà que le pays de Frodon disparaît sous les méandres de notre culture subéquatoriale.
Sans compter sur la saine folie de la chaine câblée HBO qui décida crânement de signer Jemaine & Bret, les deux loosers de Flight of the Conchords (nom de la série et du groupe). Un nouveau genre est né, la série-musicale. Deux titres joués par épisode, un humour ultra-british et un vide scénaristique. Deux Néo-Zélandais débauchés à New-York. Un manageur pathétique de 40 balais. Résultat, une Loose absolue. Je suis alors pris d’un élan de générosité sans pareil et partage généreusement mes Conchords. Et ça fonctionne. Mon entourage tombe sous le charme de la voix caverneuse et totalement improbable de Jemaine et la naïveté congénitale de Bret. Stupeur. Carton monumental aux USA, salles bondées lors d’une tournée nationale enregistrant plus d’une trentaine de dates. Un phénomène est né. Ils sont deux. Et chantent n’importe où, n’importe comment.
ConcordsInner city life.
Inner city pressure.
The concrete world is starting to get ya.
The city is alive, the city is expanding.
Living in the city can be demanding.
You pawned everything, everything you owned.
Your tooth brush jar and a camera phone.
You don’t know where you’re going.
You cross the street, you don’t know why you did.
You walk back across the street.
Standing in the sitting room.
Totally stint. And your favorite jersey is covered in lint.
You want to sit down but you sold your chair.
So you just stand there. You just stand there…
Inner City Pressure – Flight of the Conchords
Une animosité grandissante me gagne. Une envie scabreuse de défrichage. Au plus grand des hasards, je tombe sur cette femme enfant innocente. Elle joue sous le nom de Flip Grater. A priori rien d’envoûtant. Quelques titres pop apathiques, de mièvres ballades et une voix esquintée très Chan Marshall. Plutôt surpris d’ailleurs de découvrir sa programmation au Baron (Quoi ? 24h de vol pour 10m² de néons rouges ?). D’un professionnalisme assumé, je décide de franchir le pas de porte et me plonger dans son univers. Devant une dizaine de badauds (et le physionomiste se veut encore sélect à l’extérieur) sirotant leurs coupes, flanqués du haut de forme, elle est seule. Perdue mais soutenue par des applaudissements volontaires. Solitude dépressive d’une looseuse en perdition. Mais elle me touche par des mélodies qui deviennent inimitables, une voix muée en un élan de douceur et un regard perçant, presque irréel. De ses mots, Paris, the city of lost love. Je suis seul et perdu.
Teigneux, je ne m’arrête pas en si bon chemin. Oublié mon amour déchu, j’épluche alors la filmographie de Jemaine Clement (le Jemaine des Flights of the Conchords), je découvre une sortie 2007 au titre intriguant, Eagle vs Shark. Introuvable en salles obscures françaises, je franchis la ligne jaune de l’illégalité pour me retrouver seul comme un geek devant cette comédie romantique néo-zélandaise. Copieux mélange d’un univers proche de celui de Wes Anderson (sans sa profondeur), de la débilité profonde de Napoleon Dynamite et de la douceur poétique du clipeur Michel Gondry. Association plus ou moins étrange, parfois dérangeante mais qui prévaut du meilleur. Une simple histoire d’amour entre un aigle informatisé et graisseux (Jarrod) et une requin (e) naïve et discrète (Lily). Aussi absurde que voir une personne en fauteuil roulant se faire tabasser à coup de nunchaku par un geek transpirant (scène véridique), Eagle vs Shark repose sur un Loose Spirit poétique. Celle qui nous touche et nous fait marrer. Non, je ne veux pas parler de Ben Stiller et de son regard vitreux de chien battu. Mais bien d’un sentiment autre. Assez indescriptible finalement. Entre des dialogues glaciaux et une chaleur humaine retournante, je suis conquis.
Le tout est orchestré par un groupe made in home, The Phoenix Foundation’s, entre chanson allemande, pop japonaise et lyrisme chinois (ça c’est leur définition). Quant à nous, on plaidera pour un folk rock dépucelé. Quoi qu’il en soit, The Phoenix Foundation’s s’avère être une belle découverte. Une musique cinématographique touchante et seule au monde.
La vague néo-zélandaise s’est arrêtée et a ravagé les côtes américaines ; mais hélas peine à franchir l’Atlantique. On commence peu à peu à lorgner son écume sur nos rivages mais à quoi devons-nous nous attendre ? Un raz-de-marée me semble utopique. Mais une inondation sur nos terres infertiles de cet humour novateur et de cette musique à descendance britannique rafraichissante nous fouterait une bonne calotte de jouvence. Comme le nerd qui découvre stupéfait qu’il n’est pas seul au monde, la Loose se partage et s’apprécie. Alors donnez nous de la bôferie en doudoune et du jogging crépon. Et vite, que la Nouvelle-Zélande nous envahisse une bonne fois pour toute pour enfin assumer notre Loose. Et ne plus faire semblant.
Flight of the Conchords – www.myspace.com/conchords
Flip Grater – www.myspace.com/flipgrater
The Phoenix Foundation’s - www.myspace.com/thephoenixfoundationnz
11 commentaires
Y’a So so modern aussi qui est un groupe très sympa.
ça craint de télécharger illégalement
ah il m’avait bien semblé qu’il y avait quelqu’un au Baron qui avait l’air d’écouter Flip Grater. Ca me paraissait bizarre…
Bon pour moi aussi, la Nouvelle Zélande c’est sans hésitation SoSo Modern http://www.myspace.com/sosomodern
mais ils ne seront pas de retour avant des mois.
En attendant je te propose DISASTERADIO http://www.myspace.com/disasteradio
Il est lui aussi de Nouvelle Zélande et il joue vendredi 21 novembre.
Au Régine.
Oui. Au Régine.
Parce qu’après Flip Grater au Baron, après The Chap au Showcase, SoSoModern au Paris Paris, après James Chance au Baron (comble du surréalisme), maintenant c’est Disasteradio chez Regine.
On ne reculera devant rien.
(L’air de rien, ces salles salles-là au moins programment.)
Peut-être tout simplement qu’il n’y a que ces salles qui ont les moyens de faire venir des artistes de Nouvelle-Zélande (Tu me diras les petites peuvent en profiter après…)
Excuz moi mais tant qu’on est dans le tropicalisme made in Oceania, je persiste et signe white elephant snow: http://www.myspace.com/whiteelephantsnow
“Peut-être tout simplement qu’il n’y a que ces salles qui ont les moyens de faire venir des artistes de Nouvelle-Zélande (Tu me diras les petites peuvent en profiter après…)”
non ca marche pas comme ca, elles ne font venir personne. Elles font jouer des gens qui sont déjà sur place
y’a vraiment des gens qui écoutent de la musique dans ces lieux là? où c’est juste histoire de s’intégrer dans le microcosme hype, se montrer un peu, et taper son rail discrètement dans les toilettes (c’est légitime) et essayer de placer baron, regine, paris paris, showcase dans 1 phrase sur 2?
D’accord avec toi Pascal, mais pour que les mecs se bougent le cul en France, ils doivent d’abord être bookés et ces salles les rémunèrent sans doute mieux. Après, ils peuvent aussi être sur place. Ca dépend.
Les FOTC, c’est l’humour british et la naiveté du limousin, des génies.
Au risque d’enfoncer une porte ouverte, les parfois géniaux Ruby Suns sont néo-zélandais également.




PLAY BLESSURES
Même si vous verrez australie sur leur page, c’est de nouvelle zelande que vient Tanya … et le groupe SHERLOCK’S DAUGHTER …
à ne pas manquer … sincèrement
http://www.myspace.com/sherlocksdaughter