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NOIR DESIR Nous n’avons fait que fuir

Noir désir aurait eu le choix des armes, le choix de son sort, entre asile ou exil, il aurait sans doute pris le large, tel un sombre héros (...) suite


NOIR DESIR Noir désir aurait eu le choix des armes, le choix de son sort, entre asile ou exil, il aurait sans doute pris le large, tel un sombre héros de l’amer, cette désillusion, ce combat politique, ce combat contre la vie, contre nous même, contre les autres et leurs foutues règles.

Un album d’exilé donc ? Sans hésitation aucune, Nous n’avons fait que fuir. Un album datant de 2002, que M. Rud, paysagiste d’intérieur, esthète musical, cosmopolite et hétéroclite de son état m’a fait découvrir il y a de cela maintenant plus de deux ans et qui correspond à environ 270% à l’idée que je me fais d’un album que l’on prend sous le bras avec tout son amour et sa rancœur pour sa terre natale ainsi que pour les hommes qui la peuplent. Un album expérimental d’une heure, une seule piste. Et il va de soi que par son titre évocateur mais aussi pour sa finalité, cet album-concert-chanson-discours, excusez du peu, nous prend à parti dans le pseudo combat que livre le groupe à Vivendi-Universal, représenté alors par Jean-Marie Messier. De surcroît et comble du comble, l’image véhiculée par ce titre me paraît collé parfaitement au virage opéré par le groupe depuis Des visages des figures mais qui n’est pas une fuite pour autant, entendons nous bien. Et encore plus depuis les déboires de Bertrand Cantat, j’insisterai sur les déboires afin d’éviter toute polémique.

De manière plus concrète, il s’agit d’un morceau particulièrement expérimental de part sa forme aussi bien que par le fond. Tel une symphonie, on sent le titre vivant autant que les artistes, ça monte, ça descend, ça s’énerve, ça se calme et ça repart, c’est populaire aussi et pourtant ce n’est pas à la portée de tout le monde, bref c’est tout simplement grandiose. Noir Désir est à la quintessence de la poésie postmoderne, éventuellement dans la lignée d’Europe avec Brigitte Fontaine qui serait en tout cas un brouillon assez efficace. Le texte est hyper référencé, je suis moi-même dans l’incapacité de tout voir, mais aussi de tout comprendre. Les mots sont percutants ou tranchants, ça dépend, alambiqués dans leur utilisation et dans leurs sens, et pourtant si simple pris au premier degré. (Ce qui n’a d’ailleurs plus de signification ou alors serais-je moi-même parti trop loin pour pouvoir comprendre ?) En tout cas ils sont surtout maniés avec une dextérité digne d’un D’Ormesson ou autre Orsenna malgré ce qui pourra choquer certains, en l’occurrence une déstructuration acide. Bertrand Cantat réussit une mise en scène de son texte époustouflante et ses musiciens, virtuoses, nous tiennent très fort par la main, par les hanches, par les couilles, par les pieds pour ne plus nous lâcher, nous les curieux courageux. Nous assistons alors à un opéra moderne, n’en tiennent qu’à notre sensibilité propre et nos humbles considérations. D’un point de vue un peu plus objectif, Noir Désir nous embarque dans un combat contre la massification et le conventionnel. Et ceci d’une façon hautement pertinente puisque le groupe a pris le parti de rompre avec les codes qui étaient les leurs et qui correspondaient à ce genre de débat, notamment un rock agressif sans être punk ni hard pour devenir un rock plutôt folklorique et traditionnel dans le sens de la recherche sonore. Le résultat ? Un savant mélange d’art, de classe, de suffisance, d’arrogance et de cynisme à la française.

Finalement, il suffit de comprendre qu’il s’agit très simplement de l’œuvre qu’aurait pu réaliser Victor Hugo s’il avait été un de nos contemporains, et qu’elle s’inscrit ni plus ni moins que dans la lignée de ses Contemplations. En espérant que vos oreilles et votre cœur soient compatibles avec ce genre de création, d’une incroyable pureté parce que non conventionnelle, instinctive, personnelle, naturellement décalée, et surtout pleine d’un sens qui peut nous être difficilement intelligible car fruit d’une volonté intrinsèque, d’une révolte des plus intérieures. Un noir désir d’on ne sait trop quoi finalement et dont on ne retient que cet encensement de la noble musique et de la langue française. Des plaisirs qui nous manqueront certainement lorsque nous serons seulement voués à casser des cailloux sur d’autres cailloux, perdus dans un bagne Guyanais.

Les paroles de Nous n’avons fait que fuir

11 commentaires

Je suis allé lire les paroles, merci pour le lien… Contemplatif, oui, c’est le moins qu’on puisse dire, mais plus qu’Hugolien je pense; mais fan de l’auteur celà n’engage que moi! Quant à Bertand, on lui souhaite bonne route!

Commentaire par worst truth, le Lundi 14 mai 2007 à 11:45

Je n’ai pas très bien saisi le message, enfin… Pour ce qui est de la comtemplation selon Cantat, on est d’accord il y’a la dose, après pour la comparaison avec Hugo, c ‘est simplement dans la motivation de l’ecriture du texte en lui même que je vois une certaine filiation spirituelle avec notre ami feu Victor l’expatrié, tiens, tiens, pur hasard ou lien logique entre deux destinées?

Commentaire par DouD, le Lundi 14 mai 2007 à 12:43

Victor Hugo et la surproductivité inutile…

Commentaire par Dühsse, le Lundi 14 mai 2007 à 16:17

Certes, et tu nous le prouves par une improductivité éclairée où l’art devient utile?

Commentaire par Doud, le Lundi 14 mai 2007 à 18:45

Talk is cheap.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 14 mai 2007 à 20:45

Profitons-en !!

Commentaire par Doud, le Lundi 14 mai 2007 à 22:43

” Quant à Bertand ” j’aime bien ce jeux de mot, Album Faramineux, je l’ecoute souvent et a chaque fois je suis Oo j’adore vraiment est c’est spectaculaire comme musique
Merci Noir Des

Commentaire par Ben-J, le Lundi 14 mai 2007 à 23:49

Tout simplement la plus belle, la plus pure chose que j’aie jamais entendue.
Un flux libre (et contraint, terriblement) d’expression, de cohérence entre le flux polymorphe de la vie et des pensers profonds, l’ehxibition majestueuse de la frontière berbelée entre le conscient et l’inconscient.
De la poésie pure, de la musique en paroles, de la parole en musiques.

Lorsque est survenu “l’évènement”, nous étions en voyage à pieds avec deux ânes, le barda, le rata, sous le soleil, dans les vents parfumés. Dans le Monde…hors du monde…
Le tout petit garçon d’un an, déboussolé par le changement radical de mode de vie, nous fait une crise de tétanie.
Téléphone, pompiers, docteur.
Je descends la montagne dans le camion rouge pour aller prendre quelques médocs à la pharmacie.
Il y avait la radio à bord.
Tout l’été j’ai ruminé la chose, en perspective de la violence,phantasmatique, libératoire uniquement, pensais-je, serrée dans ces albums…
Flamboyant, atroce, évident et incompréhensible tout à la fois…
Et le regret, la perte inacceptable: Noir Désir, c’est fini, net, pour toujours.

De retour, à l’automne, je passe faire les courses et dans le rayon “livres”, je bondis sur le dernier album du groupe, enregistré avant la catastrophe, le tout dernier et le dernier.

Il a tourné, chauffé, ce disque, dans le lecteur de ma bagnole!
Puis quelques mois plus tard, ma bagnole est volée.
Il avait dans le lecteur, le disque, quasi le seul que j’écoutais depuis des mois.
On arrête le sale con (un copain de mes voisins), on me rend ma voiture. Dans le lecteur: une sombre merde commerciale pour adolescents révoltés comme il faut: Placebo.

Pas trace de mon disque adoré.

Après la perte, la perte.

Chais pas pourquoi…j’aurai pu, dû peut-être…
L’ai jamais racheté.

Me reste un souvenir radieux.

…DES souvenirs….

Commentaire par Oryjen, le Lundi 14 mai 2007 à 9:51

Tout simplement la plus belle, la plus pure chose que j’aie jamais entendue.
Un flux libre (et contraint, terriblement) d’expression, de cohérence entre le flux polymorphe de la vie et des pensers profonds, l’ehxibition majestueuse de la frontière barbelée entre le conscient et l’inconscient.
De la poésie pure, de la musique en paroles, de la parole en musiques.

Lorsque est survenu “l’évènement”, nous étions en voyage à pieds avec deux ânes, le barda, le rata, sous le soleil, dans les vents parfumés. Dans le Monde…hors du monde…
Le tout petit garçon d’un an, déboussolé par le changement radical de mode de vie, nous fait une crise de tétanie.
Téléphone, pompiers, docteur.
Je descends la montagne dans le camion rouge pour aller prendre quelques médocs à la pharmacie.
Il y avait la radio à bord.
Tout l’été j’ai ruminé la chose, en perspective de la violence, fantasmatique, libératoire uniquement, pensais-je, serrée dans ces albums…
Flamboyant, atroce, évident et incompréhensible tout à la fois…
Et le regret, la perte inacceptable: Noir Désir, c’est fini, net, pour toujours.

De retour, à l’automne, je passe faire les courses et dans le rayon “livres”, je bondis sur le dernier album du groupe, enregistré avant la catastrophe, le tout dernier et le dernier.

Il a tourné, chauffé, ce disque, dans le lecteur de ma bagnole!
Puis quelques mois plus tard, ma bagnole est volée.
Il y avait dans le lecteur, le disque, quasi le seul que j’écoutais depuis des mois.
On arrête le sale con (un copain des voisins), on me rend ma voiture. Dans le lecteur: une sombre merde commerciale pour adolescents révoltés comme il faut: Placebo.

Pas trace de mon disque adoré.

Après la perte, la perte.

Chais pas pourquoi…j’aurai pu, dû peut-être…
L’ai jamais racheté.

Me reste un souvenir radieux.

…DES souvenirs….

Commentaire par Oryjen, le Lundi 14 mai 2007 à 9:56

Bonjour, je suis tombée sur ce blog en tapant “Nous n’avons fait que fuir” sur google. En effet, je me permets de vous dire, à ceux et celles que ça intéresse, que ce texte est joué sur scène par deux comédiens, Vincent Bramoullé et Florent Saclier, du 3 avril au 25 mai, 4 soirs par semaine, au théâtre de l’Epouvantail-la folie theatre, dans le 11eme arrondissement de Paris, metro Saint-Ambroise. Vous pouvez me contacter pour plus de renseignement en m’écrivant à sarah.irion@gmail.com . Venez nombreux!!

Commentaire par sarah, le Lundi 14 mai 2007 à 22:21

Ouais c’est pour dire qu’il y a un livre trop bien qui est sorti sur Noir Désir. Et justement ça dit tout mais super juste. J’ai adoré. “Un noir désir, Bertrand Cantat” écrit par l’écrivain-punk Andy Vérol aux éditions Scali.

Commentaire par Hélios, le Lundi 14 mai 2007 à 20:48

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