22 OCT. 2009

Comme j’ai hâte que l’on enterre tous ceux qui veulent que nous soyons défini par des critères objectifs. Ce qu’on appelait des étiquettes avant que le monde, par crétinisme anglophile et par paresse culturelle, n’utilise le mot « tag ».

Le communautarisme est une salissure sociale. Le prôner, une preuve de plus que Darwin avait tort. Nombreux sont ceux qui portent sa marque infâme, loin devant les porteurs de voile, de drapeau arc-en-ciel ou de la croix de votre choix.

Il y a de cela quelques semaines, j’assistai malgré moi à ce défilé grotesque qui encombrait la Bastille. La techno parade, ou comment une belle journée devient une journée à thème. Un « tag » de plus, pour rien. Comme son dérivé extravagant la gay pride, ces manifestations d’éphèbes exhib’ et de colleuses de timbres ont dérobé le mot char au lexique des nobles péplums pour l’attribuer à des podiums itinérants où s’exposent des pétasses des deux sexes, pas sexy une seule seconde. Oint de sa transpiration, Heston exhalait la puissance dans Ben Hur, tandis que ces employés de mairie ne semblent jamais que des japoniaiseries infantilisantes. Des parodies de publicités de couturier au mieux.

A quoi bon aujourd’hui faire connaître sa fierté d’être une minorité ? Qui s’intéresse au fait que vous préfériez David Guetta à Editors ? Vous vous vanteriez d’être pauvre ?

Car si ce n’est pas de la culpabilisation, qu’est-ce que c’est ? Qui a-t-il de moins républicain que d’annoncer sa religion, ses origines, ou sa sexualité pour justifier qu’on mérite son salaire, le droit de vote ou d’adopter ? Les exemples, récent pour monsieur Mitterand ou moins récent pour Mme Dati, démontrent que ce qui se passe dans un lit ne concerne que ceux qui y sont entrés de leur plein gré. Alors arrêtons de défiler pour défendre des concepts aussi modernes que le tourne-disque ou le féminisme. Elles ont brûlé leurs soutiens-gorge avant d’exiger qu’on leur en offre un qui soit assorti à leurs strings de bonne catin domestiquée. Et vous, irez-vous déversez vos lubrifiants devant la préfecture avant de réclamer qu’on dépénalise le Popper’s ?

Etouffez-vous avec vos plugs !

Par chance, j’ai rencontré voilà quelques jours Brigitte Fontaine. La fierté de sa dégaine de travelo survivant dans les rues de l’île de la Cité m’a éclairé quant à son dernier opus. Elle et moi, nous nous sommes compris. Compris que le bon vieux racisme français jovial de Banania et Dreyfus était entré dans une nouvelle ère. Depuis qu’il fait bon aimer les pauvres réfugiés Mika et Corneille et ne pas juger la grosse Ditto, le bon goût est en berne et la tolérance promulguée obligatoire. Interdiction de fumer et sobriété au volant ne me posent aucun problème. Mais devoir de politesse et de respect des autres à commencer par les enfants et les anciens, voilà ce qui nuit. L’affadissement, on appelle ça comme ça. Car cela ne laisse aucune chance à l’ironie ou à la moquerie. En vérité je vous le dis, l’humour est mort et l’intégrisme a gagné. La langue de bois se pratique de mieux en mieux et ne laisse plus d’échardes aux pourlèchés. Depuis le Glass Securit de Gainsbourg, on n’a jamais utilisé les vulgarités à bon escient. Et encore, à ce moment-là, le beau Serge en était résolu à cacher ses grincements de dents, les glissements de sa verve, derrière des anglicismes, cf Suck Baby Suck. Le disque de Brigitte Fontaine me l’a confirmé et je suis en mesure de vous dire qu’elle est la dernière de la file, le sauveur.

La vieille moche (70 piges et un sourire à faire frémir Genesis P. Orridge) y est belle et brûlante de jeunesse. Plus juvénile que les fausses gouines qui agitent leur libido immature en se faisant des bisous dans les soirées parce qu’elles ne savent pas encore ce qu’elles pourraient faire de mieux. Être vieux n’est pas interdit (disons, pas encore), mais tout est fait pour que vous puissiez, vouliez, deviez rester jeune. Fuck, comme le dirait Brigitte. Nos rides sont autant de barreaux contre votre crétinisme.

Musicalement, son dernier album, Prohibition chez Polydor, garde le cap des précédents, mettant sa poésie et sa voix en avant sur des orchestrations mi-classiques mi-electro, propres à cette décennie où l’on couche avec son producteur (Areski Belkacem) plus par plaisir que par besoin. Toutefois, reconnaissons-lui une audace intéressante, la dame se disant fan de Jim O’Rourke depuis plusieurs années, une audace qui frôle parfois la grâce de feu Bashung en ce domaine (L’imprudence). Oublions les habituelles collaborations fumeuses, à l’extérieur (Turzi, M) ou chez elle (la Chuck Norris black Grace Jones, et le dessous-de-bras chanteur Katerine) et jouissons sur ses textes comme il se doit :

Sont assénés ici un « Je hume l’urine musquée des chats dans les taudis des quartiers chics » que ne renierait pas Cocteau, un « Ne pas fumer peut rendre folle » émouvant de sincérité, et l’exceptionnel, le majestueux « Je suis vieille et je vous encule » qui renvoie la pauvre loutre de Lily Allen et son Fuck You (Very Much) à ses chiottes de lycéenne.

Léo Ferré et Antonin Artaud nous manquent.

Abattons ceux qui dressent des podiums sectaristes pour une population à la seule recherche d’une reconnaissance de leur invalidité. Vous valez mieux que cela. La république est une masse indivisible et non pas une COTOREP. Que meurent les frigides mondaines, et que la France retrouve le goût salé des Brigitte Fontaine dorées. S’il doit exister une chanson française pour remplir les quotas laitiers et mener ce combat, je demande à ce qu’elle ressemble à cela.

Brigitte Fontaine // Prohibition // Polydor

(suite...)
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Commentaires

Heu... AresKi plutôt en

octobre 26, 2009 par glafouk , 20 semaines 15h ago
Comment id: 2522

Heu... AresKi plutôt en fait...

Moi je pardonne, c'est un

octobre 27, 2009 par Anonyme, 20 semaines 9h ago
Comment id: 2528

Moi je pardonne, c'est un super papier qui met bien en perspective tous les malaises. Pour ca, merci pour le facial Jack.

Ah, enfin un article de Jack

octobre 27, 2009 par Ooh-oOH-Man , 19 semaines 6 jours ago
Comment id: 2533

Ah, enfin un article de Jack Facial ! Tu ne publies pas assez, mec, tes articles sont trop bons !

j'aime! rien que pour avoir

octobre 29, 2009 par baba , 19 semaines 4 jours ago
Comment id: 2562

j'aime! rien que pour avoir nommé artaud, je te congratule (tout en décence, bien sûr)

Ah ouais, la vieille est

octobre 29, 2009 par Wallace , 19 semaines 4 jours ago
Comment id: 2570

Ah ouais, la vieille est aussi subversive que l'HADOPI qu'elle défend bec et ongles.

Etre pauvre et pisser sur les bobos dans son genre, c'est pas subversif mais ça soulage. Au moins la vessie.

On l'avait laissée sur un

octobre 30, 2009 par Philippe LiM , 19 semaines 3 jours ago
Comment id: 2577

On l'avait laissée sur un album baroque, poétique et très branché sexe, Libido, et voilà que Son Extravagance Brigitte Fontaine, sa voix éraillée et son élégance naturelle, nous reviennent toutes les trois... et qu'elles ne sont pas contentes. Artiste engagée depuis toujours, la société composée de boeufs lobotomisés menés par une élite médiocrate et pré-fascisante dans laquelle nous vivons en 2009, lui convient particulièrement peu, et elle a les mots pour le dire ! Dura Lex décline déjà la thématique du titre, tout ce qui n'est plus permis c'est-à-dire, tout ce qu'elle trouvait agréable et bon, et qu'une nouvelle loi d'expulsion/ploitation vient chaque semaine contrarier : au train où vont les choses, musique, amour, poésie ne seront-ils pas très bientôt interdits ?
Mais le pic de l'album est la chanson Prohibition, bouleversante et magnifique, s'en prenant à ceux qui pronent l'hygiénisme tout comme le jeunisme (ce sont souvent les mêmes, dont les ancêtres en poussant un peu les deux concepts avaient tenté, sans trop de succès d'ailleurs, de créer une race supérieure). Avec quelle délectation admirable elle les pourrit en articulant, les babines retroussées, "Je suis vieille, et je vous encule !", et quelle fin sublime, à en avoir chair de poule et larmes aux yeux à chaque écoute, comme le bon Fred Taddeï le confessait récemment !
A retenir aussi en chansons qui marquent, la très mélancolique et superbe Harem (seule avec un piano) et sa cousine électrorientale Soufi (appuyée par le timbre rauque mais discret de sa copine Grace Jones). Bon, il y a bien aussi quelques chansons mineures, encore qu'admirablement mises en musique par son complice Areski Belkacem... Et puis évidemment, il y a toujours des morceaux plus légers, les titres déconnants habituels Entre guillemets ou la genèse pop-trash de La Fiancée de Frankenstein, les un peu sibyllines (Pas ce soir ou la bien-nommée et troublante Je suis un poète...).
Elle semble d'ailleurs chanter plus ou (un peu) moins faux, selon l'intérêt porté à la chanson... Elle s'applique par exemple sur la bien jolie balade Just You and Me, fuite possible qu'elle propose à son vieil amoureux pour échapper à ce vilain monde, moins pour délirer avec Katerine sur le même thème de la fuite (l'hymne rock élégant et totally nonsense, Monty Pythonesque en somme, de Partir ou rester). Bref, les nouvelles de la Grande Vioque Timbrée sont bonnes : elle va très bien, Brigitte Fontaine, merci, posée comme elle est dans les bras d'un beau gaillard, elle emmerde les cons, a l'intention d'en enterrer encore un paquet, et d'aller fumer, boire et baiser sur leurs tombes ! Et plus encore, elle est toujours dans le haut du panier de la chanson rock française... Mais comment-fuck allons-nous faire (admirable anglicisme n'est-il pas ?), le jour où elle arrêtera de publier de si bons disques ?
(2009)

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