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NICOLAS KER Crooner nicotine de Paris

Ce soir Paris joue au Batofar. Un groupe encore peu connu sur une péniche qui tangue. Et un chanteur au regard perçant autant capable de vous sortir subitement (...) suite

Ce soir Paris joue au Batofar. Un groupe encore peu connu sur une péniche qui tangue. Et un chanteur au regard perçant autant capable de vous sortir subitement le nom du créateur de Kentucky Fried Chicken («C’est le colonel Saunders !») que de parler de Flaubert avec l’œil brillant que seuls les chiens fous possèdent.

Paris est le groupe de Nicolas Ker, également âme damnée chanteuse de Poni Hoax. Qui dans les deux cas rêve de poésie, de montagnes enneigées et d’absurdité du non-sens. Paru voila quelques semaines dans les réseaux initiés (ou faisant juste preuve de bon gout), le premier enregistrement de Paris est un parfait compromis entre tout et ses contraires. Ou pour ceux désirant du concret, une parfaite jonction entre Chuck Norris et Taxi Girl.

Nicolas Ker est un homme admirable, crooner nicotine comme Paris, la ville, n’en compte pas trois. Encore que, le troisième est peut-être mort depuis.

Notre dernière rencontre était houleuse (une interview portrait croisé entre Gülcher et Poni Hoax), j’ai mis trois heures à m’en remettre. Vous ne m’avez pas facilité la tâche bande de salauds….

Tu sais, on peut être pire. On a pas été méchants avec toi. Je me souviens d’un journaliste en Allemagne qui voulait me parler musique, et à qui j’ai imposé une interview sur l’absurde…

Comment ça ? Le journaliste comprenait pas ce que tu faisais ?

Non, j’avais juste envie de parler de l’idiotie ! (Rires) Le journaliste me regardait avec de grands yeux, y a que le stagiaire derrière qui semblait comprendre.

L’absurde semble tenir une grande place dans ta vie. Lorsqu’on regarde le Myspace de Paris, on peut voir des posts fracassants sur «C’est moi Youyou le chien» ou un résumé absurde de qui est Nicolas Ker (Poète engagé au service de la francophonie), («Nicolas Ker aime mener des croisades absurdes afin d’écrire des livres qui ne seront jamais terminés ou publiés. Il est en quelque sorte une nouvelle génération de smileys à lui tout seul, maintenant avec du son»)

Oui ! Avec mon amie on joue à Youyou le chien, elle me dit «c’est toi Youyou ?» et moi je lui réponds « Oui c’est moi Youyou le chien » ! Mais c’est un sentiment très dur à définir, ce n’est pas de la dérision, encore moins du cynisme. Je crois que j’aime tout simplement l’absurde. Mais cela ne se ressent pas forcément dans ma musique, notamment avec Paris.

Ce ne serait tout simplement pas de l’hyper-conscience ? Comme Houellebecq qui disait à propos d’un concert de Bowie période Ziggy qu’il ne voyait que les épaulettes….

(Silence) Oui…. J’adore Bowie de toute façon. Et Bowie les voyait aussi ses épaulettes. Mais j’ai plusieurs livres incomplets qui traînent, et ma musique avec Paris c’est un très vieux projet. Comme tu le sais, je vis rue de la Goutte d’Or, soit un paquet d’années à écumer les bars pourris du quartier à jouer devant des Sénégalais qui jouaient aux dominos…. Les mecs nous disaient “c’est bien ce que vous faites mais vous pourriez pas nous jouer du Marvin Gaye !” Tu vois le décalage, c’était absurde… (Rire démoniaque). C’est comme Bouvard et Pécuchet de Flaubert, ça tourne en rond de manière cyclique sans qu’il y ait de réele finalité.

Tu te sens libéré maintenant que l’album est sorti ? Tu me racontais la dernière fois que ça faisait quinze ans que tu avais ces compositions, que tu trimais pour les sortir.

Oui et non.. Pas vraiment. Ce qui compte maintenant ce sont les chansons que nous allons commencer à enregistrer avec Paris.

L’ombre de Poni Hoax n’est-elle pas trop pesante ?

La grande différence entre Poni Hoax et Paris, c’est que chez Poni’ je ne suis que le chanteur, c’est Laurent Bardainne qui compose l’essentiel des musiques qui compose les chansons et je n’ai aucune prise dessus, de la même façon que j’ai le final cut sur mes textes. Pour Paris, le projet vient de moi et de Axel, ce qui s’entend nettement sur le disque. Puisque toutes les ballades soft sont de moi et les compositions plus hard, tech’, brutales de Max. Mais pour la suite j’ai vraiment envie que nous formions Paris comme un groupe à part entière. Après pour Poni Hoax, on a vendu tout juste 2000 albums du premier album…..

Justement, autant je vois nettement les contours de Poni Hoax, autant je me demande encore comment fonctionne Paris….Quel a été le moteur de ton inspiration ? La frustration de ne pas être connu, reconnu, pendant toutes ces années ?

La frustration de la misère. Depuis tout jeune j’ai vécu comme une rock star, je me faisais mon monde imaginaire, un truc totalement surréaliste, j’ai longtemps vécu déconnecté de la réalité, jusqu’au jour ou à 28 ans tu te rends compte que t’es fauché, smicard à jouer dans les bars minables. Aujourd’hui je me fous de cette étiquette de rock star.

Plus tenté par le succès ? Distant sur le climat nauséabond qui règne dans les maisons de disques ?

Tout fout le camp dans le secteur musical et je vais te dire, c’est tant mieux. Les mêmes mecs qui s’en mettaient plein les poches y a six ans vont crever la faim demain. Lorsque le net est arrivé je me suis dit comme pas mal de monde que ça allait se réguler comme le reste, avec autant de conneries que d’information. Tu n’as qu’à prendre l’exemple de Poni Hoax en tapant sur Wikipédia, on nous définit comme un groupe d’Italo Disco ! Moi je ne sais même pas ce que c’est l’Italo disco… (Rires). Le projet avec Paris, c’est forcément plus confidentiel, déjà il sort en vinyle sur le label de ma sœur, très branchée graphisme (On confirme, le vinyle est superbe, NDR) alors qu’on cherche une major pour le second Poni Hoax. L’idée avec Paris, c’est de tourner un maximum, à Paris (sic) et en Province. Maintenant, c’est évident que si on me proposait de choisir et d’être riche là tout de suite, je cracherais pas dessus…

Je t’imagine mal en Testarossa jaune remarque….

(Rires) Remarque moi non plus. Mis à part si elle est là (il montre son amie) et si c’est un karatéka qui conduit.

Pourquoi un karatéka ?

Parce que ça fait bien (Rires).

Ceux qui t’ont vu en live savent que tu est un sacré showman, que tu allumes une cigarette sur chaque titre et que tu vis tes chansons comme un possédé. Cet état second est-il une constante dans tes concerts ?

Tout d’abord j’aime fumer. Sur scène et en dehors. Je m’imagine parfaitement fumant encore allongé sur un lit d’hôpital avec un tuyau dans la gorge. J’en suis à 40 par jour. C’est le fait de m’imaginer dans cette situation qui me fait peur. Après, sur scène, il arrive également que je sois «normal», sans fumer, ni boire, ni prendre du MDMA comme à Benicassim y a deux ans. Quelques fois c’est aussi reposant, comme en tournée avec Jeanne (Balibar, NDR) de ne pas être au centre des regards. Je suis à la guitare sur le coté et c’est aussi très bien. Mais j’ai malgré tout besoin du regard sur moi. Je suis une rock-star ! (Rires)

Quel regard portes tu sur la scène parisienne actuelle, okay Poni Hoax rentre dans le format, mais Paris…

Ecoute avec Max là-dessus on est d’accord, ça s’oriente plus vers des trucs noirs avec un gros mur du son, par exemple le dernier The Warlocks, les Black Angels ou le BJM. . Un peu de doom, pas forcément au réveil, mais fatalement je vais plus vers des trucs à la Sister Ray.

Tu la vois comment, l’évolution de la musique pour les quinze prochaines années ?

Tout a été fait en rock, ça n’invente plus. Je pense qu’on s’orientera vers le jazz. Comme un mode de vie, pas forcément musicalement. Depuis le free, plus rien n’a bougé non plus. Si tu réécoutes Pharoah Sanders tu te rends compte quele Velvet leur a pas mal pillé quand même. Dans l’évolution actuelle, je vais te dire, je suis admiratif de Paris Hilton.

?!

Oui, quand même. Cette fille a réussi à devenir le symbole de l’Occident avec du médiocre, en jouant dans des porno movies sur le net… Madonna c’est encore respectable sur certains albums, alors que Paris c’est vraiment fascinant….. Même au fin fond de l’Auvergne les gens savent qui est Paris Hilton.

Photos par Xavier

http://www.myspace.com/cthulucthuluftaghn

3 commentaires

un grand concert et du grand Bester

Commentaire par xavier, le Lundi 3 décembre 2007 à 5:41

Même au fin fond de l’Auvergne on lit Gonzaï cher Mr Ker … Très bon interview tout de même !

Commentaire par le cantal c'est magnifique, le Lundi 3 décembre 2007 à 17:17

Ne vous méprenez pas, j’aime beaucoup l’Auvergne. J’y ai passé un week-end charmant, complètement stoned, je me prenais pour le capitaine; oui. Je parle en fait en connaissance de cause, m’étant longuement entretenu de Paris Hilton avec la tenancière du rade du coin. Bien à vous.

Commentaire par Nicolas Ker, le Lundi 3 décembre 2007 à 13:54

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