Avant d’être une égérie morbide, Nico fut une icone macabre. De celles qui glacent le sang par le seul filet de sa voix gothique, en dépit de sa beauté plastique. La compilation proposée par Rhino UK propose donc enfin de compiler deux de ses premiers albums, The Marble index et Desertshore. Des histoires de lutins errant dans la forêt sombre, chantées par une allemande qui sans le savoir sonne aujourd’hui terriblement moderne. Il pleut sur Berlin, et les orchestrations de The frozen bordeline sont autant de gouttes d’eaux glacées rappellant à l’ordre ceux qui pensaient en avoir fini avec la diva mystique. Electrelane et les autres psychogothiques peuvent se rasseoir. Voici la prêtresse.
Car The Marble Index et Desertshore, c’est avant tout une rupture. Fini, oublié, enterré Chelsea girl et son ambiance flute tra-tra à la Nick Drake, ses chansons composées par Dylan et le Velvet en sous-main, cette atmosphère moribonde de bonheur hippie, lorsque Nico n’est qu’un nuage d’angoisse qui attend son heure. L’heure vient. Celle de The Marble Index qui la voit prendre les commandes du bateau. Direction les pays du nord et les baltiques. Nico compose, écrit les paroles, faisant de l’harmonium son cheval de bataille. Walkyrie des 70’, celles qui commencent, le début des désillusions multicolores. Les débuts du punk, donc, avec Nico. Et la réécoute de Facing the wind, justement, fait trembler les murs. Cortège de fin de soirée orchestrée par John Cale, mis en scène par un harmonium en maitre de cérémonie, piano malingre qui meurt de fin dans son coin. Tantôt génial, tantôt faux. Voila Nico. Et puis du lointain, dans la prairie d’Irlande, débarque Frozen warnings, chanson oubliée de The Marble index, peut-être la chanson la plus proche du Velvet et de Venus in furs. Non décidement, 35 ans plus, cet album n’est toujours pas taillé pour le dancefloor et les diners entre amis. C’est le disque de la fin. Fin de soirée. Fin de vie. Placé à coté, Berlin de Lou Reed, est plus proche du disco insouciant à danser entre yuppies. Evening of light et ses arpèges tendus, orchestrés à la manière d’un film catastrophe par Cale, rappelle que The marble index est un disque de peur intemporel. Ecouter l’outtake de Nibelungen, proposé en bonus, c’est en quelque sorte se mettre à genoux pour attendre la sentence. Nico prend son temps pour exécuter.
Desertshore, proposé sur le deuxième Cd, est un album germanique, qui creuse le sillon européen. Exit la pop-song. Nico se recentre sur ses terres et le féodal à cappella (My only child) tout en plongeant tête baissée vers l’expérimentation martiale déstructurée. John Cale n’y tient plus, prend son violon et cela donne Abschied, lente descente aux enfers par la cage d’escalier. Vient le temps de la berceuse à la manière de Rosemary’s baby sur Afraid. On berce le démon dans l’entre-chambre. Clairement, Desertshore s’avère moins puissant, moins percé par le mur du son rendu par l’harmonium, moins vertigineux. Et les outtakes, à clairement exceptions près, n’apportent rien. La piste cachée, quant à elle, redonne espoir en la dépression gothique. Spleen des motifs musicaux sans technique, sur lesquels Nico excelle, du haut de sa voix monocorde.
La compilation, si souvent décriée, prend ici tout son sens, car c’est un résumé d’une vie qui (re)prend forme avec The frozen borderline. Les fantômes ne se relèveront pas de sitôt.
Nico // Frozen borderline 1968 1970 // Warner
4 commentaires
pouvons-nous avoir un éclaircissement sur ces quelques exceptions près que sont les outtakes intéressantes?merci
Bester, dans un exercice de brulage d’idoles, tape sur Dylan, accable Lou Reed, pour mieux mettre en valeur cette compil de Nico. Bel effort, mais mal récompensé : pas une tentative d’indignation, même pas un vague “ben il y va fort, lui”. Des théories hardies (Nico invente le punk - ah bon, c’était elle?), des jugements canins et sans appels (”Fini, oublié, enterré Chelsea girl et son ambiance flute tra-tra à la Nick Drake, ses chansons composées par Dylan et le Velvet en sous-main”. What ??!!!), il faudra donc que ce soit moi qui le fasse : Bester, tu pousses! Maitrise toi, bois un verre d’eau, ré-écoute Eulogy to Lenny Bruce et tu verras que c’est, dans la branche passez-moi-cette-corde-et-n’oubliez-pas-d-ouvrir-le-gaz-en-partant, au moins au niveau de Frozen Warnings.
Faut quand même être assez psycho’ pour remonter si loin et étayer ma thèse sur Dylan:)
Sinon ouais je préfère l’ambiance messe noire au pamphlet acoustique…. désolé!




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