Saul Steinberg est dessinateur. Il aurait pu être écrivain. En tout cas, c’est un penseur. Je veux dire qu’il réfléchit quand il dessine. La caricature, il en fait un concept et en tire des théories.
Enfin, si je parle au présent c’est parce qu’au lieu de subir les gribouillages parfois un peu en-dessous de la ceinture de nos gloires nationales façon Cabu et sa tête à claques, j’aimerais bien être touché par la poésie, l’humour et la spiritualité de Steinberg. Juste une fois, pour voir, en ouvrant les pages d’un de nos bien tristes hebdomadaires. Mais comme disait l’autre, un pays a la presse qu’il mérite.
steinberg-illuminationSteinberg est le talent donc. Pas étonnant qu’il ait officié pendant plusieurs années dans ce qui peut être - et doit être - considéré comme le meilleur journal d’information aujourd’hui publié. J’ai nommé le New Yorker. Concentré d’analyses politiques des plus pointues mêlées à de la poésie, cet hebdomadaire a accueilli dans ces pages quelques unes des grandes fiertés de la littérature internationale. On parle ici de Nabokov, Capote, Roth ou encore Salinger. Si ça ne vous suffit pas on peut ajouter que le canard en question fut précurseur en matière de ce qu’on a appelé le New Journalism, notamment grâce à Monsieur Tom Wolf (sans qui, dois-je le rappeler, ce site n’existerait peut-être pas).
L’été approche et on a tous envie d’un peu de légèreté afin de pallier l’excès de grossièreté et de crasse que peut nous offrir quotidiennement la vie dans une capitale européenne au XXI° siècle. Gonzai ne pouvait donc pas passer outre l’exposition qui est donnée jusqu’au 27 juillet à la fondation Cartier Bresson. Je vous livre ici quelques perles tirées de la bouche de l’artiste.
Vous avez dit Gonzo ?
« Le masque protège du dévoilement. Dans une société organisée, les émotions sont de nature antisociale et on les associe à diverses formes de folie. Seules sont autorisées les formes les moins menaçantes.
« J’ai toujours pensé qu’on ne peut énoncer certaines choses qu’en les transformant en canulars, en calambours, en bizarreries. Ce qu’on appelle humour en somme. Il faut travestir la vérité pour la faire admettre. »
En parlant de théories…
« Le Baseball est une allégorie de l’Amérique. Un pays défini par le courage, la peur, la chance, les erreurs, le sang froid devant les coups du sort et l’amour propre teinté de gravité. »
Exposition Steinberg // Fondation Cartier-Bresson, Paris // Gratuit le mercredi soir.




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