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NEIL YOUNG 2008 Late Harvest

De passage à la foire aux vins de Colmar pour remettre à niveau les blancs de ma cave, je suis tombé sur type génial. Pur Dr. Gonzo. Un (...) suite

De passage à la foire aux vins de Colmar pour remettre à niveau les blancs de ma cave, je suis tombé sur type génial. Pur Dr. Gonzo. Un célèbre universitaire dont je tairai le vrai nom pour ne pas faire honte à sa faculté, qui connaît autant les grands crus de notre patrimoine que la généalogie des carolingiens. Vous voyez de qui je parle

Par le plus grand des hasards, nous avons évoqué Neil Young dans les ceps alsaciens, sans savoir qu’il venait d’y donner un concert. Je retranscris ici le rapport qu’il a bien voulu m’envoyer depuis sa chaire du concert en question.

«Je le savais ! Il y a bien une route occulte et mystique qui rassemble l’Alsace aux Rocheuses. Entre Las Vegas et Les Vosges (troublante et adorable similitude toponymique), il n’y a qu’un mile et huit cent mètres… Neil Young est venu à pied, à Colmar, pour honorer de sa musique et de sa poésie les festivités bachiques des inconditionnels de l’Edelzwicker et surtout du Riesling.

Neil pictureNous étions au-delà de la Champagne quand tout autour de nous est devenu plus clair. Vaste plaine, courbes subtiles du terrain aux abords d’un cours d’eau sauvage : le Mid-east lorrain est un pays de vrais cow-boys. La route est droite, on fonce. Pas le temps de s’arrêter. Et toujours cette impression de devoir rouler encore pour atteindre les frontières de l’Etat avant le soir… La Triumph vrombit quand l’orage menace au passage d’un col. Doux Jésus, quelle merveille : les nuées se désassemblent soudainement pour m’offrir, de ce point d’altitude, une vue sur un océan de vignes, une plaine qui s’étend jusqu’au confluent du Rhin et de l’Euphrate, par delà les steppes, jusqu’à la Mésopotamie, le berceau. Un peintre divin a mis du mauve et de l’or dans l’air du soir qui se couche sur le coteau.

Foire. And Loathing. La chaleur est écrasante. J’achète un demi-litre de « vendanges tardives » à un type du cru pour faire passer l’indolente première partie de Rodolphe Burger. Je m’installe un peu en retrait de la fosse envahie par le gratin du Haut-Rhin. Je paie des bières à la cantonade, on semble déjà m’apprécier.
L’ivresse est subite, des éclats orangés frappent mes paupières.

Enfin ! Le messie vient prendre son tour de chant. Love And Only Love. La peau du vieillard est tendue par un souffle calme et agile, il berce sa guitare sur son genou, comme il le fait depuis quarante années. Je lève les bras et le goût amer du houblon disparaît de ma bouche.

Le révérend Young appel les fidèles à se tourner totalement vers lui : Hey Hey, My My.

On chemine paisiblement, mais avec ferveur, le long de la Spirit Road, les sourires sont légions, les éclats de voix nombreux, tous impatients de demander un rappel après le troisième titre. Et, comme on a plaisir à remettre la même plage d’un disque en boucle, See Change est exécutée deux fois de suite, in extenso.

Les yeux de Young sont de plus en plus perçants, il est presque en lévitation, porté par ses acolytes, familiers rassemblés dans un décor de garde-meuble de banlieue, dont le téléphone rouge lumineux est l’élément le plus notable et le moins sensé.

Neil, forever oldLe son est d’une pureté exemplaire. L’acier, le cuivre, le nylon peut-être, s’accordent parfaitement aux pleurs de ce qui semble bien être un demi-queue Steinway customisé un beau matin de dans un ghetto black, repeint à la bombe. Le vieux Ben Keith, éreinté par la puissance des premiers riffs, trouve un salutaire et mélancolique repos, confortablement installé à la pedal steel guitar. L’air humide des Apalaches retombe en fine pluie. Chacun est à sa place, Anthony Crawford et Pegi aux chœurs, guitares, vibraphone, harmonium. Le jovial Navajo, Rick Rosas, sert fidèlement à la basse. Ralph Molina, dernier Crazy Horse, n’est plus. Remplacé sur toute la tournée par Chad Cromwell, batteur franc et efficace. Paix à son âme.

Mais toujours Neil qui attire cette lumière blanche sur le devant de la scène. Impossible à décrire vraiment, il ne serait que rides et cheveux longs, rares et blancs certes, s’il n’était pas avant tout voix, verbe, ongles sur les cordes, iris à 220V… transfiguré. Mes yeux ne l’ont plus quitté, le pourraient-ils seulement ? Le rock règne dans sa majesté simple et inhumaine, sans sueur, sans projecteurs inutiles. Ainsi, rendu à l’état divin originel et innocent.

Mon pied frappe frénétiquement le sol, mon échine se courbe, j’avance irrésistiblement autour d’un cercle sacré, emporté par les premiers accords de Mother Earth. Emporté par l’âme de braves au retour des terres de chasses kiowa, ou peut-être celle des fancy dancers d’une kermesse d’Arizona, peu importe.

Toute la gravité du monde accouche maintenant. Neil Young n’est pas venu seulement pour l’entertainement. Cortez The Killer et Rockin’ In The Free World sont bien plus efficaces pour affecter durablement les consciences qu’une résolution des Nations Unies ou le protocole de Kyoto. Les grands reporters peuvent remballer, les journalistes avides de sang et de foutre aussi, les écologistes, gauchistes et salops de libéraux en prennent pour leur grade. Neil nous en veut de vivre comme des cons égarés dans un cosmos abject. Il reprend A Day In The Life des Beatles pour l’édification des masses. Pas tout à fait le final. Un dernier bordel instrumental aux harmonies subtiles laisse la guitare de Neil Young excordée ; les débris de l’instrument ressèmeront la terre meilleure qu’il nous promet.

La troupe salue comme au théâtre. Neil repart avec un beau sourire et un geste d’adieu racé et fort à propos. Moi, je quitte le spectacle, hébété, transporté par une lucidité inquiétante, abreuvé. La meilleure vigne américaine vient de donner tout son jus. »

www.myspace.com/neilyoung

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Commentaire par Little Johnny Jet, le Lundi 25 août 2008 à 12:03

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