My brightest diamond, comme beaucoup de groupes américains dans la dernière décennie, véhiculent une vague idée de notoriété, sans que l’on soit capable d’en extraire un seul titre populaire. Des groupes qui continuent à tourner, sans passer sur MTV aux heures de grande écoute, ne se dopent pas perpétuellement, et entretiennent une vague idée du lowstream (comprendre des ventes par milliers au niveau mondial, l’équivalent de plusieurs centaines au niveau français). My brightest diamond, avec son deuxième album, rentre dans cette case des groupes strictement anodins, parce que ne passant pas sur les réseaux hertziens ou radiophoniques.
A l’heure de la mondialisation, il est malgré tout possible d’apprendre à aimer des artistes vivant à Brooklyn, ayant cotoyé Philipp Glass, portant des foulards dans les cheveux et propageant une musique à cheval entre Kate Bush, Goldfrapp et Maurice Ravel. My brightest diamond, c’est une femme, un ego, des directions artistiques pures, limite chrétiennes, qui donnent à ce Thousands shark’s teeth un goût de requin cuisiné au bain marie.
A-thousand-sharks-teethDes impressions de gros poissons nageant au-dessus des gondoles vénitiennes (The ice and the storm), et de monstres en carton prêts à fondre sur vous avec des rythmiques implacables de BO cultes. La voix, ici, est un instrument de haut calibre, et l’idée de rock moderne reprend couleur, comme lorsque Jean-Claude Vannier sortait L’enfant assassin des mouches. Les arrangements y sont orientaux, les accords couleur turquoise et l’ambiance sombre. Clair obscur, clair de lune avec des requins, justement, attendant ton heure pour te savourer toi et ton spleen.
A l’heure des rythmiques pataudes, des enregistrements no-budget et no-fi, A thousand shark’s teeth permet encore d’éviter la question du home-recording et des visions minimalistes. Un subtil bras d’honneur de Pierrot la lune qu’adresse indirectement Shara Worden, l’âme de My brightest diamond, à la scène indie-rock US.
Le temps de rédiger trois questions sur un bout de papier brouillon, direction Belleville pour rencontrer un petit bout de femme qui aime les joyaux en écrin, Morricone, Ravel et Marylin Manson. Si tout ce qui brille n’est pas d’or, buddies, My brightest diamond n’en reste pas moins un parfait exemple de disque à écouter l’été. Pour ceux qui n’aiment pas la chaleur.
My brightest diamond par Gaelle Riou-Kerangal
Je me dis que parler de votre nouvel album dans un parc, là, tous les deux, assis sur un banc, c’est aussi inhabituel que A thousand shark’s teeth, ton nouvel album. A la première écoute j’ai franchement flippé.
Ah bon?? (Etonnement suivi d’un hahahaha)
Les sonorités de l’album ne sont pas modernes, dans les courants habituels. On navigue plus dans Les dents de la mer rencontre Jean-Sébastien Bach, que dans la pop américaine type Weezer… Allez, tu le sais….
Je ne sais pas si je peux être objective là-dessus. Je n’arrive pas à me dissocier des chansons qui viennent d’être écrites. Pour moi c’est ma vie, celle avec laquelle j’ai vécu pendant plusieurs années.
Si on commence l’album par la fin, il y a cette chanson éponyme, The Brightest diamond, qui donne un nouveau sens à l’album, cette chanson est radicalement différente, on est moins dans le spectre nocturne/fantome/Ouh ouh du reste de l’album quand même.
Oh well, thanks. Cet été j’avais déjà dix compositions, qui datent pour certaines de 2004, c’était très vieux. Inside a boy, From the top of the world, ont été écrites cette été, et je crois qu’on entend la différence. C’est un peu plus “Wouah” que les anciennes chansons. J’en avais marre, à ce stade, de n’aller que dans une seule direction. Donc….
Tu mentionnes le fait que la moitié des chansons ont été créées avant même la sortie de votre premier album, c’est un peu étrange tout de même, non, d’avoir attendu aussi longtemps pour les sortir?
My brightest diamond par Gaelle Riou-Kerangal #2Il me semble que Bring me the workhorse (le premier album, NDR) était une meilleure introduction pour le public, je n’aurais pas pu débuter ma carrière avec ce nouvel album. C’est une approche assez pédagogique en fait, mais j’avais besoin d’appartenir au monde de l’indie-rock, et ne pas me faire classifier diva d’opérette.
Mais ta musique, pardon, n’appartient pas à l’indie-rock. C’est tout le contraire.
Tu trouves? Ah mince.
C’est un OVNI ton truc.
Je prends ça comme un compliment si cela ne te dérange pas hein. Il existe des sentiers parallèles, tout n’est pas que guitares et blah blah. Prends Tom Waits, Talk Talk….
Tout le monde parle de ta voix, pure et classique. Mais dans les compositions, tu assures tout aussi?
Oui et non. Je laisse une grande liberté aux musiciens. Le clarinettiste, la harpe, ont improvisé autour des thèmes. Je supervise le tout, la rythmique, les arrangements, mais la façon dont les musiciens jouent les partis influencent grandement la composition finale. Je travaille à l’oreille, plus qu’aux images et aux mots et consignes. Si tu écoutes The ice & the storm, avec cette partie de guitare démembrée et folle, j’ai simplement demandé aux musiciens de rendre la partie agressive, violente, brutale. Tout a à voir avec le backing band, les gens avec qui tu travailles.
“Je vais te dire, j’ai abandonné l’idée de créer une musique nouvelle, quelque chose d’original, je tente seulement de faire une musique que j’aime.”
To Pluto’s moon est un parfait exemple de “non-indie-rock-band”, je veux dire, une intro de trois minutes sans batterie, quand même….
C’est l’une des chansons où il y a eut confrontation avec le groupe. Comme Black and costaud, où je n’ai pas réussi à convaincre le batteur de jouer, j’avais besoin d’entendre une rythmique au-dessus de l’orchestre, et aucun moyen de convaincre le batteur de jouer dessus. Tu vois, je ne suis pas un parfait chef d’orchestre, les gens me résistent.. (sourire)
Je fais confiance à mes musiciens, et il me le rendent bien, ils ont joué avec Air, Seal, et ils aiment l’idée d’être impliqués dans un projet pop où ils ont un droit de regard. Je produis les disques moi-même, mais l’idiosyncrasie a ses limites.
Jusqu’à aujourd’hui, ta musique est unique, pardon de le dire. Ce n’est pas rock, ce n’est pas classique, Goldfrapp a tenté l’expérience sur son premier album, mais depuis….
My brightest diamond par Gaelle Riou-Kerangal #1Je ne peux pas te laisser dire ça! Si je reprends l’exemple de Tom Waits, il y a pas mal de combinaisons musicales que je lui ai piquées, l’utilisation des marimbas, de la clarinette, et ce n’est pas de la musique classique. J’ai une grande histoire d’amour avec les instruments dits classiques, ou ceux dits folks. Je mélange les deux, voilà tout. Bon…. Mais pour moi il s’agit de POP-MUSIC, merde, pas de mélodies classiques. Cela me vient de mes parents, mais aussi de mon éducation musicale personnelle.
Je lis pas mal de papiers sur toi, te comparant stupidement plus à Jeff Buckley qu’aux divas classiques, comme quoi tu fais finalement partie du monde où tu voulais être…
Ah oui c’est pas faux. Mais je pense que Jeff combinait les éléments du rock, comme Led Zep, et d’autres plus obscures, plus lyriques. C’est peut-être là notre seul point commun. C’était une “personne-pont”, un crossover entre plusieurs mondes. En concert je n’aime pas abuser de la partie lyrique sombre, classique, je reprends Tainted love, Freak out, Led Zeppelin, bref, j’aime casser les ambiances linéaires. Me contenter de me lamenter avec des compositions tristes et acoustiques, ce serait un peu facile. Let’s move on baby. Je me suis récemment retrouvée agressée par un journaliste qui me harcelait sur mes origines, mon identité, blah blah. C’est peut-être cela le plus gros carcan musical, résumer la musique à celui qui la fait. J’ai donné le bâton pour me faire battre, l’opposition classique/rock, palpable sur l’album, je la trouve dans toutes les interviews.
Dur de rebondir là-dessus (Rires) Pour finir, comment le public US répond-il à ta musique, il adhère ?
Assez dur à résumer, en fait. Nous n’avons fait que deux tournées nationales, avec des premières parties. J’adore mes fans, ils sont intenses, mais j’ai une relation assez étrange avec eux. Lorsque je consultais le web, je pleurais en lisant les commentaires faits sur moi, de bonheur je veux dire. D’autres sont très durs, d’autres très fusionnels. J’ai eu le malheur de me teindre les cheveux en rose un jour, et c’était la déferlante sur le web, avec des types qui me traitaient de nerd juste parce que j’avais les cheveux roses… Je veux dire, c’est dingue comme réaction. J’envie les artistes qui se foutent des réactions des autres, qui balancent des “rock&roll” comme un mode de vie… Moi je suis encore une enfant et le regard des autres m’importe encore beaucoup.
Photos par Gaelle Riou-Kerangal
2 commentaires
Quelque chose d’assez dur à définir par écrit. Une pudeur qui se dévoile lorsqu’on creuse. Sans métaphore.. bonne rencontre.




ETRE DIEU
Elle a l’air d’avoir quelque chose cette fille…