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MUSIC BUSINESS Déclin du rêve?

1998-2008. Dix ans de déclin industriel. Je me souviens, à l'époque, d'une barre de téléchargement fébrile, qui avançait lentement. Presque deux heures pour compléter le download d'un seul titre. (...) suite


1998-2008. Dix ans de déclin industriel.

Je me souviens, à l’époque, d’une barre de téléchargement fébrile, qui avançait lentement.

Presque deux heures pour compléter le download d’un seul titre. Du real bullshit en général (Clapton unplugged, les Daft, le best-of de Chicago, Nirvana, peut-être) que les pionniers du braconnage musical pompaient innocemment sur Kazaa, sans se douter qu’une décennie plus tard ils seraient montrés du doigt comme les principaux responsables du rise and fall of music business.

Fin du rve, par JuulAvant cela, il y aurait les grosses campagnes d’affichage type WWF pour sauver la musique, avec des gros bestiaux en 4X3 (Yannick Noah te serinant sur le fait que télécharger gratos la musique c’est vraiment pas bien) pour rappeler à l’ordre les masses, demander aux moutons de rester dans l’enclos. Il y aurait aussi les quolibets sur les labels, les maisons de disque, leurs tenanciers. Des brèves de comptoirs qu’on se refilait sous le manteau (”Tu sais quoi? Chez PIAS ils utilisent encore des PC sous Windows 95 pour les stagiaires”, “Quoi? tu bosses 65H par semaine chez Warner et tu touches 1200€?”) en gloussant secrètement, quelque part contents qu’on était de voir le système s’inverser. Vu de l’extérieur, il y avait jouissance à voir les choses s’écrouler, penser que des petits labels comme Tricatel survivraient à l’effondrement des plus grands.

C’est peut-être le jour où j’envoyais un mail au label Recall, resté sans réponse pendant plus d’un mois, que je revoyais mon jugement. “Après avoir fêté ses dix ans d’existence en juin dernier, le label Recall, placé en liquidation judiciaire, a cessé toutes activités depuis la mi-novembre”. Octobre 2007, le début des grandes vagues de licenciement, des rachats, des expropriations. V2, racheté par Universal, autant de coupes franches dans les effectifs, et un mail d’attaché de presse, envoyé comme un ultime message venu de l’espace: “Bonjour Bester, je t’envoie quelques albums avant le grand rachat, Universal nous rachète, c’est le bordel ici, pas sûr de te recontacter avant un petit moment”. Fin du message, et coupure définitive de la transmission.

Plus récemment il y avait eu du ramdam chez EMI, dont je m’étais dans un premier temps gaussé. Mécanisme pavlovien du pauvre. Il y avait eu des mails privés qui flattaient l’égo (”Salut Bester, tu peux enlever ton article sur les attachés de presse, y a un plan de licenciement chez EMI et là tu me mets à la porte avec ton article”) et des informations publiques un peu trémolo: Le rachat du label anglais par Terra Firma, un fond de pension anglais. Dont on apprend récemment (http://www.digitaljukebox.fr/) qu’il désire, après avoir foutu à la porte 1/3 des effectifs français, se séparer de la branche musique enregistrée au profit de la branche édition. Traduction: Faire fructifier le back catalogue et geler toutes les nouvelles signatures. Guy Hands (PDG monde d’EMI), décidément, n’y allait pas de main morte.

Il fallut encore supporter les clichés communs de toutes sortes, les débats avec d’anciens punks à chiens t’expliquant que les labels ne faisaient plus le boulot, que tous les chefs de projets avaient été remplacés par des directeurs marketing. Toute cette pensée janséniste bien française qui exclut le commerce de toute entreprise viable, et qui refuse d’admettre son nom: un communisme artistique incapable d’avancer autrement que par la réfutation du système.

Etre rock en 2008, pour reprendre un autre cliché véhiculé par d’autres que nous, c’est peut-être tout simplement rendre honneur à la musique au sens large, et aux gens qui mouillent le maillot jour après jour dans des conditions de plus en plus difficiles. Back to mono, disait Spector, back to hero dit Bester. Une façon, la seule selon moi, de faire comprendre que l’avenir de la musique, avec lequel TOUT LE MONDE nous bassine ces derniers temps, se joue désormais plus comme un acte militant que commercial.

Parce que résumer la chute des ventes de disques au travail des maisons de disques, c’est un peu facile, parce que les inepties genre “plus rien ne sort d’intéressant chez les labels” c’est une fainéantise intellectuelle de premier ordre”, et parce qu’il reste des gens passionnants dans cette putain d’INDUSTRIE….. Enquête sur ces hommes de l’ombre du music business, bourreaux et victimes. Question subjective.

Cette semaine, rencontre avec Marc Tessier Ducros, directeur de Record Makers. Un label pas tout à fait comme les autres.

4 commentaires

Les choses au clair : la crise du disque fait surtout mal à ceux qui en vendent. Pardon pour les lapalissades mais ceci pour mettre l’accent que cette “crise” ne concerne que très peu les artistes. Interrogés sur le sujet, une majorité s’en contrefout.
Les labels eux, mouillant plus le maillot que les grands éditeurs, se retrouvent un peu entre le marteau et l’enclume. Je m’explique : la dernière fois qu’EMI a envoyé un gars surveiller un enregistrement c’était pour tenir McLaren sur Nvermind The Bollocks, alors que les labels suivent souvent de très près la prod, les sessions, le mix d’un album. A ce titre, ils se retrouvent dans la boîte des créatifs, des artistes donc. Et pourtant leur taf est avant tout celui d’un éditeur.

Dilemme : faut-il les brûler pour conserver “the music evil” comme dit Anton Newcombes ?

Pour moi, et visiblement tout autant pour vous sir Bester, les labels font la musique, toute la musique, et les so-called majors se gavent dessus, pic-boeuf gloutons et inconvenants. Si le disque doit s’acheter chez les antiquaires, tant pis, et si EMI doit se séparer de ses gens de maisons, so be it. Mais qu’on laisse les labels indépendants faire leur job svp. Merci pour eux.

Commentaire par Billy HP, le Lundi 16 juin 2008 à 8:55

Je suis parfaitement d’accord avec Bester et pas du tout avec Billy HP.
Ce que tu dis Billy HP c’est typiquement le genre de bullshit absurde dénoncé par cet article…
“Les artistes s’en contrefoutent”. Mon cul, oui. S’il y en a qui prennent cette posture, c’est par pure démagogie, et ils ont raison vu que dès qu’un artiste essaie de défendre son steak (ce qui est légitime), il est vilipendé (cf Metallica).

Et de dire que EMI n’a rien foutu depuis les Sex Pistols… Ils ont quand même signé et développé Radiohead, qui pour les remercier se sont barrés en laissant tous les attachés de presse et autres employés se faire licencier faute de locomotive à ventes de disque. Bientôt des groupes comme Supergrass ou The Bees se feront rendre leur contrat. Et Radiohead continueront à passer pour les héros de l’indie… alors que quand ils n’étaient qu’un groupe de britpop parmi tant d’autres, au succès modeste, une MAJOR leur a laissé la liberté artistique totale et les clés d’Abbey Road pendant des mois, les ont maqués avec Nigel Goldrich, et les ont laissés sortir des singles de sept minutes sans refrain.

Commentaire par Bestor Nurma, le Lundi 16 juin 2008 à 12:27

Mise au point. En tant que journaliste je rencontre régulièrement des artistes qui, dans leur écrasante majorité à ce jour, m’ont confirmé n’avoir que très peu les yeux sur les compteurs, et vivent pour leurs majorités de revenus parallèles (chomage ou assistance sociales selon les pays et législation, ou petits boulots).
Les labels conservent en général une attitude assez tendue sur les ventes mais les chiffres filtrent peu, et encore moins auprès des artistes.
Cependant ce qui compte pour les groupes c’est moins de savoir si un album “se vend” que s’il est bien perçu par un public. Seule véritable rémunération.
Je pense cependant que les exemples cités sont un peu particuliers. Metallica a souhaité se battre comme une démo qui était sur napster avant que le titre soit en vente ; pas contre le téléchargement tout court. Et Radiohead a assuré qu’il ne voyait pas de raison de recommencer le coup du téléchargement àce jour, préférant vendre des disques qu’un paquets de fichiers sans âme.
Sujet que j’ai traité ici : http://www.expressway.fr/metallica-heros-du-jour-heros-dun-jour/

Commentaire par Billy HP, le Lundi 16 juin 2008 à 13:39

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