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MR UNTOUCHABLE Le Héros d’Harlem

Il était dans un bar et se servait un Coca-Cola. Moi, toutes les fois où j’avais vu ce mec, c’était de l’alcool qu’il servait dans son verre. Je (...) suite

Il était dans un bar et se servait un Coca-Cola. Moi, toutes les fois où j’avais vu ce mec, c’était de l’alcool qu’il servait dans son verre. Je m’étonne : c’est la chaleur, l’ambiance populaire d’un bar qui retransmet l’euro de football qui le met dans cet état ? Je m’approche et lui lance « tu veux pas de l’héro plutôt ?? » il me répond que non, « je suis sous antibiotiques » Va comprendre.

Alors je lui ai raconté une histoire : mieux que le symbole de l’américanisme gazeux du Coca-Cola 25cl, celle d’un symbole de Harlem, de la réussite d’un Al Capone black à Harlem surnommé «Mr. Untouchable» par ses détracteurs, car piratant tout un système. C’est aussi le nom du DVD de chez Wild Cast qui édite un document signé Marc Levin.

mr_untouchableOn débute dans un grand bureau, avec un grand noir en costume, cravate rouge, qui ne montre que ses mains. C’est Leroy «Nicky» Barnes, on ne verra pas son visage.

Il cherche aujourd’hui la discrétion. On a trop souvent l’image du mafieu bourrin donnée par Scarface (un film légendaire parmi les plus mauvais du genre), mais loin des tronçonneuses dans les salles de bain, Barnes débute sa plaidoirie en parlant littérature : Melville, Shakespeare, Marlowe, Hawthorne, Barnes fait l’étalage de sa bibliothèque, et détaille sa passion pour Machiavel, pour la capacité qu’avait l’auteur à décrire l’importance des rapports de force. Tout le documentaire sera ponctué de phrases de l’auteur de Le Prince.

Comme ce livre, Le Prince, qui rend aux puissants leur grandeur tout en dénonçant la manipulation dont ils font preuve, on se perd dans le documentaire de Levin entre la fascination pour le truand et le rejet de ce meurtrier qui, dans les années 70, a tué, sans sentiments, des milliers de junkies de Harlem. La faute à un parcours dès le départ délicat, Barnes explique qu’à 10 – 12 ans, son père rentre dans son appartement et tabasse sa mère, le môme apeuré sort un revolver et tire sur son père, le rate, le vieux flingue lui claque dans les mains.
La voie est déjà toute tracée pour le black qui fricotera avec les ritals. La qualité de sa drogue, il la tirait de là: les Italiens lui réserveraient la meilleure pour son «territoire». Barnes supprime les intermédiaires, achète directement en gros aux Italiens, et le succès le propulse au sommet du trafique de drogue. A l’époque, l’héroïne est simplement l’ennemi publique numéro 1 aux USA, sa consommation ne cesse de croître et le président Nixon en 1973 en fait sa cible : la création de la DEA déclare « La guerre à la drogue », sans résultat.

Légende d’une communauté black, Nicky Barnes trouve aujourd’hui sa place dans bon nombre de titres de hip hop (LL Cool J dans un titre éponyme, NAS dans Silent Murder …) Son surnom de «Mr Untouchable», donné par le New York Times en 1977, n’y est pas pour rien. Il est de ceux qui ont échappé à la justice, car protégés, que se soit par leurs avocats aussi bien que par le pouvoir qu’Harlem leur donnait : ils étaient les parents d’Harlem, comme l’était Bumpy Johnson avant sa mort.

Nicky BarnesAux côtés de Bumpy Johnson, on retrouvait à l’époque Franck Lucas, lui aussi immortalisé par les caméras de Ridley Scott dans American Gangster, et interprété par Denzel Washington de la meilleure façon, au cinéma cette fois-ci.
Si le documentaire en lui-même reste ponctué par quelques scènes «clichés» dignes des plus grandes émissions de Julien Courbet (gros plans sur des montagnes de billets accompagnant les mains de Barnes, les mêmes mains coupant des montagnes d’héroïnes, des travellings sur les gros cigares de l’ex gros bonnet de l’illicite, sa montre bling bling …) les bonus du DVD valent leur pesant d’or. Notamment cette conversation téléphonique entre les ennemis jurés de Harlem, Franck Lucas et Nicky Barnes, le premier en chaise roulante, le second caché au téléphone, à l’abri des caméras : chacun s’explique, raconte sa chute, celle de deux balances, l’un, Nicky Barnes, dénonçant les bandits après quelques mois de prison, l’autre, Lucas, lâchant le nom des flics les plus véreux, participant au démantèlement de tout un système, de la fratrie justice/mafia aux USA dans les seventies. Plus décalé, on apprend que la fille de Franck Lucas a refusé Puff Daddy, et qu’il était le fils d’un autre mafieux, proche de Lucas et de Barnes.

Enfin on ne peut pas parler de Mr Untouchable sans un passage sur sa bande son qui regroupe le meilleur de la black music des 70’s : James Brown, Isaac Hayes, Earth Wind and Fire, Curtis Mayfield …

Une heure trente de rush vidéos et photos sur le Harlem de seventies, de black music, et d’interviews des différents protagonistes de l’époque : flics, voyous, juristes … Laissez-vous piquer par le documentaire de Marc Lévin, mais gardez les yeux ouverts.

http://www.mruntouchablemovie.com/

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