Vous pensiez que le monde contemporain vous avait déjà narré l’Amérique telle qu’elle était vraiment avant ? Avant Kroutchev et la guerre froide, avant les pompes à essence Texaco, avant l’invasion du monde Ottoman par des troupes GI-Joe, avant The rise and fall of Britney Spears… Vous pensiez que le livre était fini et les lignes écrites, vous supputiez que plus rien ne pouvait jouir en vous à l’idée d’une Amérique fantasmée hein ?
Je suppose que vous avez raison.
Mais l’avènement du groupe français Moriarty, l’excitation autour de leur premier album, représente une excellent alternative aux brochures de voyage qui proposent de vous faire découvrir le continent d’outre-Atlantique pour moins de 1000€. Avec Gee Whiz but this is a lonesome town, nul besoin de soudoyer le GO pour échapper aux visites organisées, pas besoin de draguer la serveuse portoricaine pour croire à l’amour éphémère. Pas besoin d’y croire pour espérer.
L’excitation est là, bien réelle, dans le casque. Dans l’imaginaire. Comme un tatouage indélébile qui laisse un sentiment confus : Nostalgie monochrome et envie d’un monde plus sensible. Sur Whiteman’s ballad, blues country accroupi, ce sont les Visions de Johanna qui resurgissent. Le cortex, soudain, est assailli par l’image d’une vieille octogénaire se balançant dans son rocking chair au bord la route avec Slim Harpo sur la platine. Et puis Private Lily, qui m’achève moi et mes certitudes.
Voici donc un collectif qui joue pour l’individu. Se remet dans la position du passeur d’émotions. Comme Don Cavalli voila quelques mois. Dans l’indifférence générale. Voire dans la déférence collective.
Peu soucieux du futur, Moriarty réanime les poupées vaudous, la quête du mojo avec une facilité qui écœurera tous les rockers qui cherche encore l’étiquette au fond de leur jean slim. Sur Motel, messieurs, je prends ma claque et entend siffler le train. Ah pardon, c’est un harmonica. La mécanique, quoi qu’il en soit, semble bien huilée. Sans le vague à l’âme rétro-nostalgique qui colle au blues actuel. Sur Cottonflower, je pleure… Noir.
Un bel album comme on n’a plus le temps d’en écouter. Qui mériterait d’être sorti en vinyle pour éviter la tentation du next.
Moriarty //Gee Whiz but this is a lonesome town // Naïve
http://www.myspace.com/moriartylands
4 commentaires
un groupe qui a été découvert au festival de Bourges en 2006 mais qui n’est pas vraiment français : il y a des américain et un vietnamien aussi je crois
sinon j’aimerais bien qu’on traduise le ‘Gee Whiz’
merci
Gee whiz veut dire “tape à l’oeil”
j’ai écouté un peu tard cet album, j’avoue mon retard mais il est dignement rattrapé. Une très belle melopé Private Lily ![]()
quelle voix, quelle intimité!
merci Bester*
Et dire que ma carte son vient de se planter… J’ vais tacher de trouver la chose en dure.




ETRE DIEU
Ah là le lien Myspace y est et on y va de suite parce que si ça a ému ce cher Bester qui semble tané de l’intérieur comme un vieil Eudeline c’est que franchement (on en doute pas) ce groupe a quelque chose pour lui…