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MODERNITÉ#5 Le labyrinthe

«When I Saw // Mushroom Head // I Was Born // I Was Dead.» C’est elle, la responsable de nos douleurs. Celle qui nous élève au rang d’homme. Elle (...) suite

«When I Saw // Mushroom Head // I Was Born // I Was Dead.»

C’est elle, la responsable de nos douleurs. Celle qui nous élève au rang d’homme. Elle a donné raison à Lucifer. Son cœur bat sous la terre, son souffle s’échappe des bouches. Nous l’arpentons, les épaules frôlant nos congénères. Elle est un monstre, nous l’avons crée. C’est la ville. Les rues comme les écailles d’un dragon immense. Elle a compressé l’espace, forcé la confrontation entre les hommes. La vie urbaine pousse a l’ambition : écraser son voisin trop proche. Elle est le cadre de notre compétition, nous happe et écartèle. La vie urbaine, invention de Lucifer, scène du Dandy, cadre des passions… Écoute… elle appelle.

Les gouttes de pluie viennent me fouetter les yeux. Des cris s’échappent de la fenêtre encore ouverte, le jeune écrivain pleurant sa propre mort. Je regarde la rue vide, de son pavé luisant. Mes yeux voient des ombres y danser, accueillantes. Le pavé lui aussi est accueillant. Il m’invite à lui marcher dessus, y faire glisser mes pas. J’enjambe un caniveau, tressaute au contact du macadam. Ma tête dandinant, chaque mouvement de jambes accompagné d’une cambrure de hanches…

Les rues défilent, si noires. Aux immeubles comme des arbres trop hauts, étouffant tout espoir de vie sur le sol. Les lumières aveuglantes, singulières, aux contours ciselés. Mes jambes me portent dans un fracas incroyable, contrastant avec le silence noir de la ville. Quelques frottements se font discrets, des yeux se reflétant en miroir de la lumière. La lumière appelle l’étrangeté, le noir enferme dans la croyance.

Le fleuve est figé telle une fenêtre glaciale. Les bâtiments y sont difformes, la vie pleine de morts. Les immeubles crient, tordus et torturés. Je traverse le pont, devant chaque fois accélérer mon pas. L’eau est à bannir. Elle est un témoin du vide. Une invitation a la disparition.

L’herbe fraîche vient se coller a mon oreille. Un morceaux de bois fixé dans mes reins. Une pilule brune plus tard… Le labyrinthe se referme sur moi, chassant les fantômes qui l’habitent.

* * *

Un bout de bois se retrouve dans mon œil. Un enfant me regarde, au pied de son tricycle rouge. Le jardin est ouvert, des familles y flânent. Un sans-abris défèque dans un sac plastique. L’odeur fait rire les gamins. Je me relève, en quête d’un endroit plus calme pour m’assoupir… Finir le flacon de gélule brune.

Les travaux partout, et j’ai oublié comment la nuit est déjà tombée. Ma main est engourdie, et je trébuche sur les cailloux du trottoir mis a nu. Mes yeux tombent sur le sol, je suis pris d’un vertige immense. Une masse passe a coté de moi, je me rattrape à son épaule. On me pousse vers l’obscurité. Mes pas dans le sable. Ma tête attirée par le sol. Mes yeux partant inévitablement vers la gauche.

Deux autres masses viennent vers moi. Elles s’arrêtent. Je m’arrête pour les observer. Je vois des muscles de joue se contracter, un bourdonnement continu atteint mes orteils. Je penche la tête sur le coté.

Une main m’attrape le col du manteau. Je sens une douleur sur mon cou. Ma vision est floue : on secoue ma tête. J’entends le bourdonnement de plus un en plus fort. De la salive sur mon visage. Une main dans ma poche intérieure. Ma main qui l’attrape au poignet. Un coude s’enfonce dans ma cote. Je me plie en deux. Ma main cherche ma poche arrière. Un éclat de lumière y jaillit. Ma main se précipite vers une jambe. Du sang coule entre mes phalanges. Et ce n’est pas le mien.

Un pouce vient écraser la mâchoire. Je me dégage. J’entends un cri suivi d’un bruit de pas derrière moi. Une des masses est à mes pieds. Une ombre couvre la mienne. Je me retourne pour la distinguer. Une matière froide vient s’étendre contre ma joue. Je tombe par terre, aveuglé de souffrance. Mon esprit se reprend. Je tombe au sol, une joue sur le bitume. Une brique tombe a coté de mon visage. Elle est couverte de sang. Le mien. Mes yeux cherchent les deux masses. Elles s’éloignent.

Des ombres se penchent sur moi. Une lumière rouge et bleue inonde mes yeux. Une casquette rouge se colle a mon visage… Dessus, un « pompier » dans une broderie dorée…

C’EST AINSI QUE TOUT S’EST PASSÉ.

Gratuitement, et sans raison.

* * *

J’ai plonge mes pupilles au-delà de la lumière, dans l’eau noire des astres. Ma tête y roule à l’infini. Heurtant une tour s’élevant devant mes yeux. Des fœtus s’y étranglent. Mes membres mangés par des chiens jouent une musique déconstruite. Un serpent rentre dans ma bouche, sa tête se dessinant sous ma peau. Une coupe de sang s’éloigne dans un tunnel blanc. Des lèvres au rouge embrassent mes yeux. Les foetus se serrent par le cou. « Disparaître Ici ». Une main me caresse le bras. Un murs d’yeux exorbités me fixent. Une lame coupe de la peau. Mon cœur serré dans pas six doigts… Les fœtus s’étranglent. Un buffet de plat vide est amené près de moi. Des soupirs s’en échappent. Et les foetus s’y étranglent. Des lèvres embrassent mes yeux. Une main caresse mes bras. Ma tête roule dans l’infini des astres. Mes poumons sont remplis de l’eau noir. Et je n’ai pas peur… car des foetus s’y étranglent.

Mes paupières sont collées. Les soulever me demande un effort surhumain. Je les laisse donc fermées. Je sens la chaleur, le souffle de quelqu’un à mes côtés. J’entends un bourdonnement accentué de Bip. Une odeur faussement saine règne dans les lieux. Ma tête vient certainement de finir sa course.

Quelque heures plus tard, un médecin vient constater que je suis sortie du coma.

Il a l’air d’être aussi joyeux que moi.

***

A suivre : Modernité#6 : Renouveaux.

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