« La modestie des orgueilleux est odieuse, insupportable. »
Rappel: Nous avons passé un pacte, rappelez vous! Vous qui lisez ces lignes, témoins muets de l’autopsie froide de notre monde. Vous avez accepté de boire le poison de nos âmes et regarder la réalité dans les yeux, flingue sur la tempe. Une position à la limite de viol.
Car notre monde est violent. Il faut être au-dessus du monde.
Les salauds peuplent notre monde. Émanation de la médiocrité humaine, ils font plus que polluer notre monde, nos esprits. Ils nous entraînent dans leur chute sans fin, s’installent comme leaders d’opinions bien pensant. Leurs doigts culpabilisateurs trahissent leur propre insécurité. Des peureux, incapables d’attraper la vie à la gorge. Ils ont l’horreur de la solitude, l’horreur du mépris. Alors il prennent ces armes en main, pour ériger des barrières entre notre être et nos propres aspirations. Nous empêcher de créer pour mieux régner.
Des centaines de voies célestes s’abattent sur mon échine. Je devine des présences, sans pour autant les voir. Face a moi, une allée brumeuse. Mes pas résonnent contre des murs invisibles. Peu à peu se dessine une forme. Un humanoïde vaporeux; un succube. Son souffle froid comme la mort, ses yeux profonds comme les abysses. Aucune expression ne transperce sa face indéfinie. Seulement une lourde autorité.
Derrière lui, un hôtel païen, plein de symboles anguleux et dangereux. Mes pas se font cotonneux, l’hypnose du rythme de ma démarche me porte jusqu’à lui. Il tient une couronne de bois, la présente haute à la foule invisible. Les voix se font plus fortes, explosant les aigus, comme le cris d’agonies de milliers de petits félins.
La couronne se pose sur mon crâne. Son contact est chaud, organique. Son étreinte se ressert, habillant mon crâne de centaines d’échardes. Le sang coule sur mon front, rend mes cheveux poisseux et épais.
Le succube s’approche de moi. A la place de sa bouche, un orifice immense s’étend, disproportionné, noir comme la nuit.
Un éclat de métal transperce l’air… un choc se fait ressentir.
Ma tête roule, indépendante du reste de mon corps.
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Les autres le regardaient d’un air interrogateur. Je me retirais du cercle, je savais qu’il n’allait pas le lâcher comme cela. Ils allaient certainement relever ce salaud pour le dépouiller. Puis, pour l’humilier encore, le ramener jusqu’à chez lui ou il le laisseraient sur le palier, nu et vulnérable.
Peut être l’avait-il mérité. Moquer l’overdose médicamenteuse de l’un des nôtres, nommer sa mémoire par les mots “handicap mental” avec une telle désinvolture… Il y avait eu comme une erreur de jugement.
Pouvait-t-il seulement comprendre le geste d’un drogué médicamenteux, buvant des litres d’alcool. Nous n’avions jamais pensé que c’était le geste des suicidés ou des dépressifs profonds. C’était juste comme cela que nous avions appris à maîtriser nos corps. A exprimer notre envie.
Lui, si jeune, qui avait déversé une bile factice dans un pseudo roman d’anticipation. Un récit de type apocalyptique dont le mauvais goût n’avait d’égal que son style brouillon. Prendre la littérature de genre dont le renouveau plaisait aux branchés, pour lui donner un contenu pseudo politisé, le tout saupoudré de jeunisme.
Et à ce jeune écrivain de nous pomper notre sève, s’inspirant largement du mode de vie de certains d’entre nous pour illustrer une jeunesse nihiliste. Ce livre n’était qu’un ramassis de saloperies.
Et maintenant, il tournait au ridicule la scène d’hier soir. Une mère, retrouvant le corps de son fils, étendu sur le sol de la salle de bain. Les vêtement maculés de vomissures, d’urine et de matière fécale… Annoncer que ce serait la scène d’ouverture de son prochain roman sur le handicap mental.
Les autres l’avait emporté dans une impasse sans lumière. Il continuait de pleurer, les suppliant de le laisser partir. Il se demandait certainement autant que moi quelle serait la suite de son supplice.
Il voulait fuir un châtiment certain, mais où pensait il pouvoir se cacher ?
Ces gars en avait fait un sport. Traquer le salaud. Le salaud assez fou pour baisser quelques secondes son masque de fierté, la seul armure qui pouvait le protéger de leurs coups.
C’était leur profession de foi, le service qu’ils rendaient au monde. L’humanisme poussé à son extrémisme: montrer que nous étions libres et non dupes.
Ils ressortirent seuls, comme si de rien n’était, quelques vêtements sous le bras. L’un deux me lança un regard entendu : pas la peine de raccompagner celui-là à son domicile.




ETRE DIEU