Henri Vernes peut se targuer d’avoir créé un personnage aussi célèbre que Tintin ou Maigret. Un héros incorruptible et inoxydable qui se bat contre tout chacal, dès l’instant où le sort du monde est en jeu (à moins qu’il ne s’agisse de celui d’une jolie brune à libérer des griffes de l’Ombre jaune). Car Bob Morane - oui, c’est bien lui qu’il s’agit – aime bien les jolies brunes.
Henri Vernes & Bob Morane, une double vie d’aventures, paru au Castor Astral, est une double biographie. A la fois celle d’Henri Vernes et celle de son héros. A tel point qu’on finit par ne plus savoir lequel des deux est le plus réel.
Examiner l’itinéraire et les motivations d’un écrivain à succès est toujours assez passionnant. On découvre alors que les raisons qui poussent un homme à se lever le matin pour écrire sont des plus pragmatiques. L’argent est souvent le premier - sinon l’unique - moteur.
Henri Vernes a eu son compte de succès et de récompenses. Dès le premier volume des aventures de Bob Morane, La vallée infernale, en 1953, le succès est au rendez-vous. Commence alors l’enfer de la production. Vernes, auteur à la capacité de travail prodigieuse, fournit à son éditeur, Marabout Junior, un livre par mois. Comme Vernes possède autant le goût de la fête que celui du travail, il se bâtit très vite une légende : Vernes et l’argent, Vernes et les femmes, Vernes le globe-trotter, Vernes qui écrit ses livres la télévision allumée, etc.
Daniel Fano, son biographe, brosse le portrait d’un homme attachant : résolument anar, humaniste, flambeur, collectionneur de voitures et de femmes… Sur ces clichés où il pose dans un coupé anglais, en Levi’s blanc et veste de cuir, nous doutons de son identité. Ne s’agirait-il pas plutôt du célèbre auteur Bob Morane, qui écrirait les aventures d’un personnage nommé Henri Vernes ?
Cette biographie se compose de trois parties : une longue interview d’Henri Vernes, des témoignages de proches, et des extraits choisis de son œuvre. Si l’interview justifie à elle seule l’achat du livre, en revanche, ne comptons pas sur les témoignages réunis ici - pour la plupart, convenus - pour apprendre quelque chose sur le vrai Henri Vernes. Quant à la dernière partie, elle s’avère indispensable. Car si chacun connaît le nom de Bob Morane, qui peut affirmer sans mentir avoir déjà lu l’une de ses aventures ? Grâce à l’anthologie, l’occasion nous est donnée de réparer. En plongeant dans l’écriture de Vernes, on découvre que, même s’il écrivait toujours en quatrième vitesse, il pouvait se montrer inspiré et mérite de plein droit d’être traité comme un véritable écrivain.
Cinquante ans plus tard, la science-fiction et le roman d’aventures sont aux mains d’auteurs comme William Gibson. Et c’est pour le meilleur. La dernière parution de «l’inventeur du cyberspace» (comme le claironne la quatrième de couverture), Code source, est un bon et long roman, embrouillé et jouissif, que les amateurs du genre «embrouillé et jouissif» dévoreront. Avant toute chose, précisons que le titre original était Spooky country. Etrange traduction… A laquelle je ne vois qu’une explication : les éditeurs utilisent le mot «code» comme un talisman depuis le succès d’un certain Dan Brown.
Pourtant, le superbe bouquin de Gibson n’a pas besoin de tels artifices pour séduire. L’histoire a pour décor, l’Amérique post 9/11, et, pour personnages, une jolie brochette de paumés : un milliardaire, un junkie, une rock star au chômage, des barbouzes travaillant pour une officine plus ou moins officielle, un réseau maffieux cubain, des artistes contemporains, et un nerd aux compétences informatiques quelque peu inquiétantes…
L’univers de Gibson est contemporain, détaillé, plausible. Il est aux années 2000, ce que celui de K. Dick était aux seventies. Sans la dope, sans la paranoïa… Du coup, c’est encore plus fort. Ce qu’il écrit n’est ni tout à fait faux, ni tout à fait vrai. Code source est soit un reportage, soit un roman de science-fiction. Comment savoir ? Mais n’est-ce pas là ce que devrait être tout roman contemporain : une extrapolation de la réalité qui nous permet de mieux appréhender notre environnement ?
Dans Code source semble aussi percer la nostalgie «d’une époque où l’Amérique était gouvernée par des adultes». Nous la partageons.
Daniel Fano // Henri Vernes & Bob Morane, une double vie d’aventures // Le Castor Astral
William Gibson // Code source // Au Diable Vauvert




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