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MICHEL BULTEAU New york est une fête.

"John Coltrane, un stéthoscope se balançant à son cou, aurait pu participer à cette jamsession de 1970 - hélas trois ans plus tôt il avait faussé compagnie (...) suite

“John Coltrane, un stéthoscope se balançant à son cou, aurait pu participer à cette jamsession de 1970 - hélas trois ans plus tôt il avait faussé compagnie à tout le monde - avec Jimi Hendix à la guitare et Jim Morrison à la batterie et ses plaintes ressemblant aux yeux mi-clos de Bouddha, pour ravager Sunshine of Your Love des Cream. Peut-être aurait-il pu s’adjoindre Juno Lewis aux percussions, celui que l’on entend dans Selflessness.

À New York au milieu des spectres, Michel Bulteau

Poète, cinéaste, rocker, occultiste…
Auteur d’une vingtaine de livres et réalisateur d’une dizaine de courts métrages dans lesquels on retrouve les thèmes qui lui sont chers: La magie cérémonielle, les stars, la métaphysique des drogues, le luxe et la mort.

Michel Bulteau publie en 1971, à vingt-deux ans, en compagnie entre autres de Mathieu messagier, Le Manifeste électrique aux paupières de jupes aux editions Le Soleil Noir. Il est encouragé par Henri Michaux et Aragon,qui voit alors en lui l’héritier de Breton et le prolongement de Burroughs, tout deux le poussent à poursuivre sa quête de poètes insoumis.

Mais Bulteau a “d’abord écouté les disques avant de lire les livres”et c’est peut être pour cela en un sens qu’il fonde Mahogany Brain, groupe qui se veut un habile mélange de Captain Beefheart, du Velvet Underground et d’Antonin Artaud, auquel participera un tout jeune batteur du nom de Patrick Eudeline…

Pour Michel Bulteau “Mahogany Brain était un gang plutôt marginal, un laboratoire où des poètes électriques pouvaient jouer de bons tours à la folie, un groupe fantôme qui ne donna qu’un seul concert au Lucernaire un soir de l’été 70. Patrick Geoffrois, saxophoniste, guitariste, bassiste, m’a initié aux drogues et plus tard à la doctrine indienne du yoga. Je lui ai fait découvrir la Beat Generation et il a bien sûr immédiatement adoré William Burroughs et Jack Kerouac. Nous n’étions proches de personne dans ce foutu pays de morts-vivants ! Il nous a fallu attendre quatre ans pour sortir le deuxième album de Mahogany Brain, Smooth Sick Lights enregistré en 1972!”

Quant à sa relation au rock en général c’est carrément une profession de foi: “Le rock a beaucoup à voir avec la jeunesse qui est une force marginale. Et puis le monde du rock est vraiment un monde en dehors du monde. Les rockers ont du mal avec le monde quotidien. Ils sont comme des aiguilles de boussoles déréglées. Je parle des musiciens qui savent ce qu’ils veulent. Je vois ça très peu chez les poètes.
Il y en a tellement de mauvais! Je ne parle pas de la qualité de leur oeuvre mais de leur vie. La vie m’importe plus que ce qu’on met sur le papier”

Costume de velours bleu nuit et seringue Pravaz, Bulteau et ses amies sont les dandies électriques, décadents dans un siècle qui ne l’est pas..

En 1976, bouleversé par le Velvet Underground, il part pour New York écouter Elliott Murphy clamer : “Le rock ne ment pas. Il ne promet jamais une fin heureuse” il y croise Lou Reed et Alan Vega, y fréquente Warhol et Mapplethorpe faisant sienne la phrase de Frédéric Berthet: “J’ai des souvenirs comme un defilé de mode, une mémoire comme un soir de cocktail, je n’évolue jamais dans ma chronologie sans avoir un verre à la main, se souvenir c’est comme sortir”

C’est de cette façon qu’il nous parle de cette époque dans New York est une fête, trilogie qui s’ouvre sur Flower. Un livre que son auteur définit ainsi: “Une tentative de montrer que le romantisme noir du rock est un élément essentiel de la culture de notre fin de siècle” et dont les axes principaux sont la peinture “Fours flowers” de Warhol et Siegfried de Richard Wagner suit. À New York, au milieu des spectres, longue promenade dans une ville fantôme, Bulteau se perd dans les méandres de sa mémoire passé-présent ; qu’importe. Il va visiter Burroughs dans son Bunker et file au Max Kansas city brûler la chandelle par les deux deux bouts tel un Francis Scott Fitzerald 60’s .
Edie Sedwick quant à elle sourit dans son cerceuil… Et enfin le livre qui clot cette trilogie New Yorkaise, La reine du pop, portrait de l’artiste ambigu, de l’homme secret et difficile que fut Warhol, Bulteau se souvient, se rappelle de l’époque où il le fréquentait et en profite pour faire une hagiographie de la culture pop et de la peinture américaine.

D’une interview de Gérard Malanga à une etude du cinéma underground américain, de Jonas Mekas à Jack Smith et ses flaming creatures, Bulteau explore New york comme un Jack London Rockn’roll, explosant tout les formes d’écritures car il aurait pu dès le depart regouper ces trois textes en une seule grande oeuvre romanesque. Et s’il s’y refuse c’est parce que ce n’est ni un roman ni une autobiographie qu’il nous offre ici. “Juste” une suite de petits poèmes en prose, où le mot doit être à point, la mise en page adéquate. Car il est le seul, avec Schuhl, à ecrire comme l’on porte un costume, ajustant chaque mot, chaque phrase, pour que la coupe de son receuil/linceul soit parfaite.

Chantre du rétro futurisme:
«Être moderne, écrit Bulteau, est le chemin artistique le plus périlleux. Être moderne, c’est refuser d’être inexact, irréel ”
Et de l’usage raisonné des drogues:
“Il n’y a pas de sainteté de la drogue sans sainteté de la poésie” Michel Bulteau se complet dans la marge car pour lui “c’est un endroit important où se trouver si l’on veut bouleverser un état de fait. Le centre, c’est le troupeau et la marge encadre le troupeau.
Shelley a dit : “Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde”. La marge n’est pas une situation de révolte contre le réel mais la mise à l’écart de la banalité et du provisoire au profit de l’universel.
La marge n’est pas le nihilisme.
Le vrai nihilisme, c’est le refus de l’universel par le noyau fort”

Les éditions de la différence reééditent ces trois receuils en un seul volume sous le nom de New York est une fête. Voler un titre à Hemingway avec autant de classe, seul Bulteau pouvait se le permettre…

3 commentaires

yes,…il apparait dans quelques scènes du film “le dernier des immobiles”, film qui tourne autour du co-auteur du manifeste électrique Matthieu Messagier et de ses phrères-acolytes au paupières de jupes, film rare s’il en est ,,,
une question :

-le manifeste électrique est-il dans la réédition ? assez introuvable depuis pas mal de temps, (à la même époque : une autre tentative poétique “manifeste” à notée :… le manifeste froid… pareil difficile à trouver..))

une remarque fainéante:
je ne pense pas qu’il furent les seuls avec Schuhl, non

à part ça c’est qui, c’est quand et c’est quoi la modernité ?

“le film doute de l’écran” gil g wolman
“en me tournant les pouces je crée des cataclysmes” le manifeste nucléaire (bibi)
“Nous étions dans le feu tu parlais du suicide
Universel”
Roger Gilbert-Lecomte

et bravo et merci pour ces deux papiers

jérôme

Commentaire par amoderne ex-dandy cimetière, le Lundi 24 mars 2008 à 5:13

Les notes d epoichette du Live 69 du Velvet, un extrait du Journal de Trève de Frédéric Berthet… wow !

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 24 mars 2008 à 11:35

«Ne t’occupe pas d’être moderne. C’est l’unique chose que malheureusement, quoi que tu fasses, tu ne pourras pas éviter d’être.»

Salvador Dali.

Commentaire par Umberto Fantini, le Lundi 24 mars 2008 à 13:59

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