Clairement, l’ombre de Gainsbourg plane sur L’homme libellule, le dernier album de Miam Monster Miam. De 69 love songs à la jaquette de l’album en passant par les arrangements de corde très «Marilou» de Sally, même passion pour la langue, même passion pour les concepts albums sans refrains et subtile juxtaposition de papillons noirs sur le canevas bubble-pop qui fait ici office de moustiquaire. La France, injuste centre du monde dès lors qu’on est à Paris, oublie un peu trop souvent que sa voisine peut à l’occasion lui concocter de merveilleux petits plats qui ne sentent pas le réchauffé. Miam Monster Miam, justement, nous livre ses recettes extraterrestres.
Ton album me procure les mêmes émotions qu’à l’écoute de notre Miam Monster Miam hexagonal, Dondolo. C’est un mélange de second degré et de chaleur mélodique. Tu as conscience à la réécoute que certains textes sont totalement débiles ?
Merci , je prends cela comme un compliment. Mais désolé de te décevoir, mes textes ne sont ni plus ni moins débiles que la plupart des textes de chansons pop que j’aime, des Beach boys en passant par Elli et Jacno, Françoise Hardy et les Beatles, les rois des textes un peu minables ! Mon idole absolu c’est Jad Fair en matière de texte, il est trop fort le gars, j’ai eu la chance de jouer avec lui cette année, c’était fun ..
Cette dérision textuelle est-elle dû à une réelle envie de décadence des mots (Qui se retrouve jusqu’au très Keith Jarrett Plutanus), une volonté de démystifier la langue française afin d’en faire quelque chose d’un peu moins sérieux (L’anti-mode Jacques Brel en un sens…) ou est-ce la volonté de sonner moderne ?
Oui tu as raison sur plusieurs points ! Dans l’écurie Freaksville ni Jacques Duvall ni Juan D’oultremont (Les auteurs maisons) ni moi-même n’aimons Jacques Brel. A ces poses théâtrales, sa grande gueule et sa poésie scolaire, on lui a toujours préféré la fantaisie acidulée et le côté fun des premiers Antoine, Jacques Dutronc et France Gall. Le seul truc que j’aimais dans les disques de Brel, c’était les ondes Martenot mais il fallait tendre l’oreille pour bien découvrir ce son magique. Putain le mec, il avait Jeanne Loriot en studio et la sous mixait, quel idiot !
En Belgique, la chanson Belge s’est arrêtée de vivre à partir de cette époque glorieuse, la génération suivante a pris la tangente en inventant une pop musique mélangeant jazz, electro, disco, pop anglaise, je pense au production de Marc Moulin, Jacques Duvall et Dan Lacksman, le trio qui a révolutionné la pop Belge et la norme radiophonique. Depuis lors, on a bien eu une scène rock indie et quelques ersatz de M et autres Benabar, mais tout reste encore à inventer ici en Belgique ! On sent un vent de liberté artistique surtout sur une ville comme Liège. J’adore Kingfisher G, Android 80, King Lee, Chantal Goret , toute cette nouvelle scène électronique assez étrange… Par contre , sonner moderne ou ancien ,n’a aucune importance pour nous , on essaie de sonner comme on peut ! L’avenir nous dira si cela était moderne, raté ou avant-gardiste. Honnêtement je m’en fous.
L’homme libellule est de ton propre aveu le récit de la découverte d’un homme divin, celle d’un homme insecte. Les français ont mis vingt-cinq ans à accepter un homme à tête de chou, tu penses avoir besoin de combien de temps pour imposer ici ton concept raelien ?
Tu as raison ! Le pauvre Gainsbourg, il a quand même bien ramé avec ces disques concepts bizarroïdes ! Melody Nelson, il a du en vendre 5000 exemplaires à l’époque. Un disque concept que j’adore aussi c’est celui de Johny Hallyday , Hamlet , double lp, qui fut un vrai bide à l’époque mais qui est vraiment génial à la réécoute. Bref les albums concepts français ne se sont pas trop vendu en France, c’est vrai… Mais je reste persuadé que mon album traite de thématiques très actuelles qui peuvent intriguer le peuple français. Des questions de notre époque auxquelles même Sarkozy n’a pas les réponses : Et si les terroristes financés par de riches entrepreneurs japonais avaient le code de l’amour qui peut installer la paix dans le monde et nous l’envoyait en bombe via des attentats, serait-on prêt à les remercier ? Et si le stade de l’évolution humaine se faisait via l’enfant “sérotonine” cosmique libellule, le seul être humain qui contient suffisamment de sérotonine et de lumière en lui pour éviter tout les maux dépressifs sur terre , est-ce que l’association des psychiatres serait prête à l’accepter sans faire grève ? Leur jobs seraient sérieusement remis en cause !
J’ai l’impression en écoutant l’album que tu te caches derrière chaque partie de clavier, de guitare et d’instrumentation. Et pourtant tu dis avoir enregistré l’album avec les Love Drones au Danemark. Deux questions : Qui sont tes love drones ? Et deuxièmement ne serais tu pas, au fond, un maniaque de studios du type à tout contrôler ? Le côté monarchie belge quoi…
Bien joué ! Je suis très respectueux de la monarchie Belge. D’ailleurs chaque fois que nous faisons un disque nous l’envoyons au roi et à la reine. Ils sont obligés de répondre et nous recevons alors une lettre signé par eux avec “Nous avons bien reçu L’homme libellule et ce cadeau nous va droit au cœur” signé le roi. La classe ! Oui j’ai produit et composé le disque en écriture quasi automatique, en solitaire dans mon studio le labo 19 à Liège mais quelques prises ont été réalisées là bas au Danemark , le petit cousin de mon père a un fils qui fait dj là bas et il m’a envoyé quelques beats via internet que j’ai évidemment modifié.
Le reste est inventé pour impressionner les journalistes Belges qui trouvent super cool le son des pays nordiques, alors j’ai inventé que j’ai été là bas. Les Love Drones qui jouent la rythmique sur le disque c’est simplement l’orchestre de Freaksville, affublé de noms polonais, qu’on appelle aussi selon les projets Phantom, Freaksville roots band, Ufo goes Ufa, on change de nom pour chaque disque !
On sait justement de Gainsbourg qu’il avait vers la fin de sa vie le projet d’aller vers le blues, les enregistrements New Orléans. As-tu l’impression, toute modestie gardée, de dérouler le fil là ou il s’était arrêté en 1991?
Oui Peut être, bonne idée je vais y réfléchir un peu plus .. Quoi que ces derniers disques Funk m’avaient laissé de marbre… C’est vrai que j’utilise sur cet album une grammaire Gainsbourienne poussée à outrance, ça m’amusait que dès le début du disque, l’auditeur lamda puisse se dire : “Ce gars il se prend pour un Gainsbourg Belge” puis petit à petit le disque est parasité par pleins d’autres éléments et Gainsbourg devient alors un simple électron comme tant d’autres choses dans la galaxie musicale de L’homme libellule. Pendant l’enregistrement, j’ai beaucoup été influencé par les Moules et les objets pop art détournés de Marcel Broodhaerts. Mais ce qui est étonnant quand on joue en Angleterre , c’est que Gainsbourg est devenu une figure pop universelle avec un style et un phrasé qu’ils connaissent très bien (”Yeah this is gainbourg it sounds fucking great”) un peu comme Burt Bacharach, John Lennon et tant d’autres..
Comme notre BB national, Bertrand Burgalat, tu es musicien, producteur et patron de label (Freaksville), comment arrives-tu à gérer toutes les casquettes ? N’est-ce pas au bout du compte aimer la complexité ? Tu penses quoi de l’état actuel de Tricatel par exemple?
A cela il faut ajouter que je suis dessinateur et illustrateur et que je suis chroniqueur pour une émission culte de la radio belge, le jeu des dictionnaires. Tout se passe assez naturellement et je ne m’ennuie jamais car je ne fais que ce que j’aime dans la vie et je travaille avec des gens que j’adore et que j’admire. On bosse pour l’instant avec Kramer et ce type est un grand producteur méconnu du grand public. Et puis avec Marie France, on a joué avec elle à Paris en décembre dernier, elle est incroyable ! Burgalat et tricatel , il a fait de grand disques, c’est un gars dont j’aime évidemment le travail : April March, Michel Houellebecq, Etienne Charry, ces disques seront des classiques, comme certains disques Saravah, mais il faudra attendre10/15 ans pour qu’on s’en rende compte en France. Vu de l’extérieur, j’ai l’impression que le label a un peu perdu de sa superbe à l’heure actuelle, peut être est-il difficile de surmonter la hype et de concilier “prétention d’auteur” et “grande distribution”, je ne sais pas, en Belgique c’est très difficile de se procurer leurs dernières productions ..
Pourrais-tu définir en une phrase par artiste ton excellente écurie musicale?
Jacques Duvall : le véritable grand Jacques de la chanson belge ! Un putain de génie et un fameux personnage celui là !!
Juan d’oultremont : un auteur vraiment hallucinant à l’univers très particulier qui mélange happening et pop musique. Tom Waits rencontre Pierre Lapolice !
Android 80 : Un one man show electro décadent par un anglais qui se prend pour un extraterrestre Belge ( A voir au moins une fois dans sa vie)
Ufo goes Ufa : ça c’est le son freaksville à l’état brut, avec Kramer à la production , un mélange de tout ce qu’on aime (rock garage, blues , punk , bubblegum pop) mais en Anglais dans le texte, normal le chanteur c’est Android 80 qui est de Liverpool.
Sophie Galet: Une voix magnifique proche de Vashti Bunyan et de Stina Nordenstam pour un folk en apesanteur.
King Lee : ca c’est du funk hip hop lofi fait par un gars pavé qui ne sort jamais sans sa cape et son service d’ordre zombie.
Elisa point : j’adore son disque l’assassine et les textes qu’elle a fait pour Christophe , alors on a sorti l’album qu’elle a fait en duo avec Duvall.
Tu participes depuis quelques temps au Jeu des dictionnaires, célèbre (de ce que j’en lis) émission radiophonique belge où l’invité doit trouver la bonne définition du mot… alors si moi je te dis miam Monster miam, tu penses à quoi là, tout de suite comme définition ?
“Miam Monster miam” est le cri que pousse le chanteur de charme Herbert Leonard lors de ses rapports sexuels derrière le stand barbecue de la brocante annuelle de Tilff avec deux groupies extraterrestres venues de la planète pubis32 et qui ressemblent aux sœurs jumelles Holsen. Elle sont venues dans un vaisseau en forme de cheveux de Mireille Mathieu pour le cuisiner sur les informations nécessaires à la compréhension de la chanson Pour le plaisir, chef d’œuvre pop étudié à l’université de Lockerbie. L’avenir de la terre en 2020 dépend de cette mission…
www.myspace.com/miammonstermiam
www.freaksvillerec.com/




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