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MEMOIRE DE ROCK ET DE FOLK Philippe Koechlin

Le blues du pionnier La pipe au bec ou la cuillère d’argent dans la bouche, voilà l’alternative pour les bouquins rock d’aujourd’hui. Ecrire de longues sommes universitaires (les livres (...) suite

Le blues du pionnier

La pipe au bec ou la cuillère d’argent dans la bouche, voilà l’alternative pour les bouquins rock d’aujourd’hui. Ecrire de longues sommes universitaires (les livres Allia, superbes, rien à dire, mais finalement un peu vains, les dictionnaires en tout genre…), ou bien pondre des petits brûlots flinguant à vue, le chargeur plein de certitudes et de références généralement inattaquables – la couleur de la passion sans le goût du risque.

Dans ce contexte, Mémoires de rock et de folk de Philippe Koechlin est un livre rock définitivement à part. Question de regard, de génération peut-être aussi. Le fondateur de Rock&Folk, passionné hardcore de jazz, a vu le rock débouler, se métamorphoser en pop pour emporter l’ancien monde sur son passage. Il a eu l’intuition d’un basculement, lors du premier concert de James Brown en France, à l’Olympia ; avec ça, tout est dit, non ? Il a vécu en direct, l’excitation des années 50, 60 et 70, un pied dans les clubs de jazz, l’autre dans les festivals pop.

A ce rythme, on se construit une vie et un style. Celui de Koechlin tient en deux mots, finesse et flair. Une élégante rythmique binaire où rien n’est appuyé, comme du Kinks sixties déroulé sur 200 pages.

Koechlin réussit ainsi à habiter chaque ligne sans jamais user de la moindre ficelle, l’hyperbole restant gentiment au placard. La finesse, vous dit-on. Son regard transperce les apparats du rock (les mouvements, les ego, les dopes et les modes) pour déloger à coups sûrs l’histoire individuelle derrière le décorum : le flair, l’intuition. Grâce auxquels il montera une rédaction réunissant Paringaux, Dister, Garnier, Manœuvre, Yves Adrien…

Quand il évoque ces noms, Koechlin dose l’amitié, le respect, l’humour et une certaine mélancolie aussi. Il y a chez lui quelque chose du barman psychologue, capable de faire du bien aux clients sans lâcher un mot. Ce n’est le premier trentenaire venu qui récite sa leçon sur « Yves-Adrien-le-dandy-növo-prophétique », avant de coller des étoiles à un disque, tel un sénateur pigeant pour le Gault & Millau. Non, c’est un homme qui a tout vécu « à la source » et qui décrit « Yves Adrien, dix ans après. Cheveux longs. Vieilli comme nous tous. Yves a repris la plume. Il tend son manuscrit, parle peu, penche la tête, fixe le mur, s’émeut sur une idée, un constat : « Joe Cocker, il est superbe » (…) Décalé dans son lyrisme, sans la moindre concession à la banalité ambiante. » Cette retenue… c’est un dandysme, sans caricature ni panoplie de rebelle. Avec cette même délicatesse -intelligence souterraine qui éloigne instinctivement de la familiarité –Koechlin évoque Bob Marley, Barney Wilen, les copains de régiment ou les lecteurs de Rock&folk (superbe chapitre consacré aux lettres de types qui envisage de se tuer plutôt que d’accepter de se couper les cheveux. Effectivement, c’était une autre époque…).

Dans sa préface, Stéphane Koechlin parle de son père, malade, qui retourne toujours la même question : « comment retrouver ce superbe morceau de Love, entendu dans les 60’s ? » Le fils cherche, ramène des albums, mais aucun n’abrite cette foutue mélodie. Il repart en quête, remonte une autre piste mais les pères sont impatients, c’est bien connu, et Philippe Koechlin meurt avant d’avoir entendu le fameux titre. Insatiable, il doit sans doute le chercher encore. L’un des meilleurs bouquins rock français, l’un des plus émouvants s’ouvre sur ce souvenir. Lecteurs, la balle me paraît dans votre camp…

Philippe Koechlin // Mémoires de Rock et de folk //Editions Le castor astral

6 commentaires

Content de lire que flair et finesse habitent aussi certains articles lisible sur le net…

Commentaire par sylvain, le Lundi 23 juillet 2007 à 9:19

Merci beaucoup pour ce bel article sur mon père et son livre, (et oui, je suis d’accord avec Sylvain, du flair et de la finesse, vous en avez vous aussi à revendre…) ;-)
Très amicalement (et avec émotion),
Sophie Koechlin.

Commentaire par Sophie K., le Lundi 23 juillet 2007 à 19:07

Merci pour ce bel article. je me joins à ma soeur Sophie. Il m’a vraiment touché. J’y ai trouvé la même sensibilité, la même finesse de pensée et d’écriture que chez les grands journalistes de la presse écrite (peut-être l’auteur de ces lignes qui est un mélange du Charlus proustien et de Syd Vicious est-il un journaliste?).

Cet été, j’ai eu la chance de lire, au sujet de ma préface des “Mémoires de rock et de folk” et de l’ultime quète passionnée qui nous agita, mon père et moi, au seuil de notre séparation, un très bel article du talentueux Christophe Conte dans les Inrockuptibles (numéro du 10 juillet 2007, page 59, dans la rubrique “Chanson d’amour”). Le vôtre, cher Comte Charlus, est de la même veine. Merci. STEPHANE KOECHLIN.

Commentaire par Stephane Koechlin, le Lundi 23 juillet 2007 à 19:51

Je suis la femme de Philippe Koechlin, mère de Sophie et de Stéphane. Très touchée de ce que vous avez dit du livre de Philippe, je vous en remercie de tout mon coeur. Merci.
Chantal Koechlin.

Commentaire par CDhantal Koechlin, le Lundi 23 juillet 2007 à 19:53

(Hé bé voilà, toute la famille a débarqué d’un coup, ha ha ha !) ;-)

Commentaire par Sophie K., le Lundi 23 juillet 2007 à 20:06

Je crois que sans jeu de mots, tout ceci se passe de commentaire. Qui a dit que les familles modernes n’étaient plus soudées?

Nous sommes très honorés de votre présence ici.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 23 juillet 2007 à 22:04

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