Dans le monde actuel, celui du music-business, tout le monde cherche à vous faire croire qu’être artiste c’est “un sacré challenge, un rêve”, “quelque chose de pas commun pour une caste de personne au dessus du lot”. Pendant ce temps, sur la même terre, on peine à cacher les ventes confidentielles de 90% des artistes sous le tapis, convaincu que les choses finiront par s’arranger dès lors que la prochaine guerre nucléaire aura réduit à l’état de poussière le peer to peer, la folk chiante, Pascal Nègre et le vote par SMS. En attendant le déluge, c’est JR Ewing au pays des merveilles, le prix du baril à la hausse et le déclin industrielle qui ouvre la porte à toutes les bassesses, toutes les injustices. Et tout ces albums dont quelques personnes vous parlent sans que cela entraîne une hausse des ventes.
Melpo Mene, de prime abord, personne ne connaît. Ma femme, le patron du PMU, ta prof d’anglais à l’école, la voisine qui fait le bruit le soir avec ses talons sur le parquet, ton oncle qui boit trop le dimanche. Et pourtant, il y a un myspace, des commentaires, un album qui sort, un label qui se retrousse les manches pour défendre les compositions. Bring the lions out, deuxième album d’Erik le suédois (Melpo Mene, en dépit de son nom à consonance grecque, vient du pays des meubles en pièces détachées), n’est pas l’orage sonique et électrique que son titre pourrait annoncer. La suède, comme souvent, contient la violence dans une nappe de douceur. Un regard bleu, une voix frêle, des sentiments, et un amour prononcé pour la pop mielleuse sans message. Une idée de la mélodie, où les paroles comptent somme toute assez peu, tant que le rythme et les arrangements tiennent la route.
Melpo meneDans ce contexte, il reste assez difficile de parler musique avec Melpo Mene. La musique parle pour elle même, et mon dictaphone, comme souvent, fait des siennes. Tout au plus ai-je l’impression d’être gay si j’aime l’album de Melpo Mene, que l’insouciance flirte carrément sur le fil, que seules deux chansons surnagent au dessus de ce bocal à marshmallows.
Alors bien sûr, il y a le marketing, les extras. Toutes ces questions que l’on peut poser lorsque la musique n’évoque rien d’autre que l’été, le bonheur (Snakes & lions, NDR) ou la fidélité entre gens consentants (We were kids). Il y a bien la publicité pour Volvo (un constructeur, je vous le donne en mille, d’origine suédoise, bien que racheté par Ford en 1999) que Melpo Mene a récemment signé. Que le groupe a accepté de faire, pas dupe du fait que cela boosterait sûrement les ventes du deuxième album. Et que le constructeur adore au premier coup d’oeil, lui promettant monts et merveilles à l’écoute de I adore you, la chanson choisie. La PIRE de toutes les chansons de Bring the lion out, parce que trop réductrice, dégoulinant de bons sentiments, de douceur, d’amours feints.
Il y aura sans doute quelques mauvaises langues pour douter de l’honnêteté du groupe suédois face au marketing. Même moi je doute, en regardant Erik dans le bleu de ses yeux, le suédois me confiant que “toutes ses chansons parlent d’amour, et qu’il est content d’avoir eu beaucoup de retours suite à la diffusion de la publicité. I adore you, quoique j’en pense, est un tube d’été pour les filles qui marchent au ralenti en mangeant des yahourts au bifidus actif.
Au moment de partir, alors que les questions se sont effilochées trop rapidement, j’aborde tout de même le cas de Kling Klang Clock, la chanson la plus expérimentale de l’album.
Bring the lions outLe genre de chansons qui laissent les journalistes de marbre, trop concentrées sur le tour de poitrine de la chanteuse, les origines de la mères du batteur et le producteur qui a eu ses faits de gloire avec une rockstar tombée dans l’oubli. L’oeil d’Erik s’illumine soudain, subitement content que quelqu’un parle d’autre chose que de mièvrerie, content de pouvoir parler de son amour des musiques cinématiques, des tambours qui battent le rythmes et du déconstructivisme musical.
Le soleil à son zénith, on se quitte, il est près de 15H dans le Paris qui claironne en terrasse. Un samedi comme les autres, une rencontre de plus, un bon album sous le bras, quelques compositions s’inspirant tout autant de Ravel (Hit the boy) que de la Californie 70′ (Society) à faire du skate avec un Rhodes sous le bras.
Suis-je gay, ou fait-il tout simplement trop chaud… Toujours est-il qu’en rentrant chez moi, j’ai regardé le prix des billets low-cost pour la Suède.
Melpo Mene // Bring the lions out // Imperial (Differ-ant)
Myspace de Melpo mene




ETRE DIEU