Ma rencontre avec Maxence Cyrin remonte aux années 2005. Coincés entre Boards of Canada et les Artic Monkeys. Entre le rock et l’électro. Comme si les artistes non identifiés se retrouvaient soudainement coincés dans un étau à forte compression.
Ma rencontre avec Maxence Cyrin, ce fut d’abord une suite de reprises bien léchées qui collaient au parquet. Au dancefloor plutôt. Un drôle de gout dans la bouche. Quelque chose comme un chewing-gum au gout marche funèbre qui m’aurait pris en otage. Motif du kidnapping : des reprises hallucinantes de simplicité gravées dans l’acétate (Modern rhapsodies). Montant de la rançon : Des dizaines de chansons prêtes à sortir et se diffuser dans le cortex des victimes. Sérum vénéneux. Nom de mon bourreau : Maxence Cyrin.
Un pianiste quasi culte à l’étranger, collaborant avec d’autres artistes (My sister Klaus… Château Rouge c’était Cyrin) au toucher soyeux, fan d’électro, rebel à sa manière. Anticonformiste.
Je retrouve enfin sa piste près de Pigalle début 2008. Maxence enregistre. Prépare surement un nouveau coup. Et comme dans tous les bons kidnapping, la victime n’a plus envie de quitter son bourreau. Stockholm syndrome.
Ton premier album sorti en 2005 chez F-Com mêlait adroitement electro et classique. Une vénérable marche funèbre que je réécoute en général à 4H00 du matin totalement imbibé dans mon whisky.. A quel moment parviens-tu à joindre les deux bouts –musicaux-?
J’ai fait de l’electro quand j’étais jeune. Je me suis retrouvé sur des labels en Hollande, en Allemagne… En France j’ai signé sur le premier label de techno, Rave Age Records, ça remonte à 1992. Parallèlement, je me suis toujours intéressé à la musique classique, c’est donc tout naturellement que j’en suis venu à cet album. Il faut dire que j’aime bien les détournements !
Pourquoi es-tu revenu à une formule plus dépouillée, en mode piano solo ?
Je n’ai jamais vraiment percé dans la techno et en 1996, je suis monté à Paris et j’ai acheté une k7 de burt bacharach qui a changé ma façon de percevoir la musique, c’était la mode de l’easy-listening…L’easy listening m’a ramené à la vie quoi ! (Rires) Là-dessus je commence à travailler sur Nova, avec des portraits chantés sur les invités de Nova. Peu de gens le savent mais c’était moi. Fin 90’ je me replonge dans les 60’, Pet Sounds, et je m’essaye aux crooneries punk sur piano, le trip Elvis. Vient alors l’époque du Baron, où je joue des reprises grandiloquentes. Vient un projet qui s’appelait Les valets de la hype, une opérette pop, très bien soutenu par la presse branchée !. Et puis seulement arrive Modern Rapsodies. Le public aimait bien les reprises, je le voyais bien alors je suis allé à fond dans ce projet qui unissait mon gout pour la musique électronique ainsi que celui pour les musiques répétitives. les mélodies même si elles sont minces, minimalistes, restent reconnaissables. Le tout sur un piano. Rien d’autre.
Il y a cette vidéo sur ton myspace, où l’on te voit jouer dans une salle au piano immense, seul contre la foule… J’y ai vu un parallèle avec Philipp Glass sur Glassworks. Le minimalisme du motif musical qui s’élevait dans les airs….
Ah c’était à Sonar, au Japon. C’est superbe Glassworks. Opening est un morceau hyper mélancolique. C’est peut-être le plus beau morceau de Philipp Glass.
Je reviens deux secondes sur tes débuts. Tu parles de montée à Paris, l’infiltration des cercles sociaux très durs à pénétrer… Moi j’y vois l’histoire de Lucien de Rubempré, le héro Balzacien qui monte à Paris pour s’approcher de la lumière, voir y bruler ses ailes. Monter à Paris et réussir. Finalement, la revanche n’est-elle pas là ?
Disons que c’était un symbole de signer chez F-Com, le label le plus prestigieux en matière de musique électronique en France à l’époque… Je n’ai pas grandi avec une cuillère en argent. mais j’ai eu un e bonne éducation et quand il a fallu choisir entre la gymnastique et la musique, le choix fut très simple J’ai débuté le piano à dix ans et j’ai composé dès l’âge de quinze ans. A partir de cet âge, j’ai toujours fait de la musique mon cheval de bataille et monter à Paris était assez logique pour moi car j’étais mal à l’aise en Province, j’avais l’impression d’être incompris. Il faut dire que je faisait de l’électro-industriel à l’époque…
Parlons du futur maintenant. J’ai cru comprendre que tu étais sur un nouveau projet. C’est même la raison pour laquelle je t’ai contacté au départ.
C’est un projet qui s’appelle Cosy Fan Tutte, en hommage à un opéra de Mozart. Qui parle beaucoup des femmes. C’est un album que je vais sortir avec deux chanteuses. Et moi derrière. Enfin derrière sur la scène je veux dire ! (Rires). Comme je le dis sur le myspace c’est comme si Jacno et les demoiselles de Rochefort se retrouvait dans un ascenseur…
Sans échafaud j’espère… Blague à part, c’est venu comment ?
Je ne me suis pas dit « Tiens je vais faire du Jacno » comme ca du jour au lendemain. Même si j’avoue que l’Ep Dorian m’a bien marqué. C’est le coté synthétique minimaliste qui m’intéressait. Et j’ai envie de mettre en scène le coté théâtral avec deux chanteuses. Visuellement c’est fort. J’y travaille en tout cas. Si tout se passe bien, ca sortirait en 2008-2009.
Et toi en solo, bordel, c’est pour quand ?
Moi il y a un projet qui chauffe depuis longtemps. Ca s’appelle The Fantasist. J’ai perdu un peu de temps dessus, trainé chez quelques labels et là je repars à zéro. Mais j’envisage peut-être un autre album de reprises au piano, mais cette fois-ci plus pop
Je repense à une interview de William Sheller qui disait qu’il avait commencé le piano trop tard, à l’âge de 10 ans… C’est cruel l’ambition d’un pianiste classique non ?
J’ai commencé tard aussi et j’ai abandonné assez tôt en fait, j’ai repris il ya quelques années quand j’ai eu l’idée de ce projet, cette image de pianiste est venue se coller à moi petit à petit sans qui j’y prenne garde. Ce n’est pas désagréable même si je sais que je n’aurai jamais la technique d’un virtuose, j’essaie d’apporter ce que j’ai, appelons ça de l’émotion. Tu le trouve comment mon album toi hein, il est pop non ?
Non, je dirai marche funèbre nocturne. Désolé… Comment tu en viens à aimer l’électro, lorsque tu étais ado ?
J’étais dans une boite paumée au fin fond de la province. Je gobe des champignons et j’entends Depeche mode pour la première fois. Je me demande comment en étant dans ce trou paumé je peux entendre une musique aussi noire ET dansante à la fois.
Tu penses quoi de la musique française actuelle ?
C’est consternant, chaque fois que je regarde les victoires de la musique, j’ai envie de m’expatrier. Le niveau est vraiment très bas. Les “tubes” d’aujourd’hui arrivent à peine, en terme d’écriture, au niveau des chansons secondaires de chanteurs des années 60 et 70.
A quoi aspires-tu maintenant ?
Faire de la musique populaire de qualité, voila ce que je voudrais faire avec Cosy Fan Tutte par exemple. Après j’ai d’autres projets qui vont intéresser trois personnes. Ca ne sonnera pas mainstream… mais je crois que ca va te plaire! L’important pour moi, en 2008, c’est de sortir des chansons. Faut que ca vive. Mes chansons ne peuvent pas dormir dans des placards. J’attends la suite.
http://www.myspace.com/maxencecyrin
Photos par Fiston




ETRE DIEU
J’espère que je fait partie des trois personnes!!