Rencontre avec une grande dame de la chanson française, Frehel à la fois Punk et Pop, à l’occasion de la sortie de son nouvel album avec Jacques Duvall. Marie France, qui traverse l’underground français comme l’on va au bal en robe de soie et escarpins vernis, se prête pour nous au jeu des questions réponses avec une franchise à toute épreuve.
Trente ans de militantisme diva et une carrière rose pourpre qui la voit tourner avec les plus grands (Téchiné) sans oublier de construire sa propre légende à l’Alcazar… Un mythe en perpétuelle évolution avec la sortie en mai d’un vinyl deux titres composé avec Jac Berrocal autour de Marie-Antoinette (forcément..), puis la parution d’un autre album, acoustique, avec les collaborations de Jacques Duvall, Miossec, Marc Almond et Chrissie Hynde des Pretenders. Rien que ca..
Charles von Strychnine : Bon tout d’abord, vu que nous nous rencontrons dans le cadre d’une soirée en l’honneur de Jacques Duvall, j’aimerais que vous me parliez de lui et de l’importance qu’a à vos yeux le fait de participer à cet hommage.
Marie France : C’est très important, d’ailleurs tout mes rendez vous avec Jacques Duvall sont importants parce qu’il y a un capital affectif énorme et puis tout l’intérêt que j’ai pour lui et pour notre collaboration est très important ; aujourd’hui encore plus car j’ai enregistré avec lui et fantôme au mois de septembre un nouvel album.
CVS:Parlez-moi de votre nouveau disque avec Jacques Duvall.
MF:Duvall, j’ai débuté avec lui un premier disque punk Déréglée et on a réussi à revenir à ça…
CVS: Les pistes sont très brutes…
MF:Garage oui. Déjà raide ça fait penser à Déréglée, l’énergie est la même. J’aime le rock et puis Duvall je le suivrais au bout du monde, il a un don parce qu’on peut l’interpréter de divers façons. On a fait cet album à Bruxelles en quelques jours. Comme pour Déréglée.
CVS:Il y a un côté pygmalion chez Duvall ?
MF: Oui il l’a été avec Lio, il l’a été avec moi avant elle, et là sur ce coup il l’est encore…
CVS:On va passer à une sorte d’interview namedropping car à dire vrai, je n’ai pas preparé de questions…
Jean-Jacques Schuhl qui parle de vous, enfin qui vous évoque dans Rose poussière…
MF:Oui enfin c’est très romancé, il raconte n’importe quoi mais j’étais très copine avec lui à l’époque. Chez Castel et à St Germain des Prés… Dans Rose poussière c’est évidemment de moi qu’il s’est inspiré mais il a fait un roman de ce personnage.
CVS:Pour rester dans la même bande il y a Jean Eustache?
MF:Evidemment c’était un grand copain à moi aussi, on se voyait tout le temps, on était très liés, on avait des liens presque de fratrie j’habitais chez l’un, j’habitais chez l’autre…
CVS:Eustache, Eustache…Pacadis?
MF:C’est un peu plus tard. Pacadis, je l’ai rencontré pendant la venue des New York Dolls à Paris et puis en même temps il connaissait déjà très bien mon amant de l’époque, qui s’appelait Jean-Louis Chopin. C’est lui qui m’a présenté Alain. C’est pareil avec Alain, on a eu des liens très affectifs. J’ai habité chez lui aussi. Il était vraiment pris en charge par toute la bande de copines qu’on était, c’est-à-dire Elisabeth Tailleur, Edwig…
CVS:C’est vous qui lui avez présenté Dinah?
MF:Dinah, heu non, il l’a rencontrée dans la bande comme ça. Ce n’est pas spécialement moi qui lui ai présenté. On s’occupait vraiment d’Alain parce qu’il était comme une serpillière par moments, donc Babet le plongeait dans sa baignoire. Il fallait le laver, il fallait le nourrir. Il fallait tout faire, mais il était génial quelque part, enfin la preuve on ne parlerait pas encore de lui aujourd’hui sinon. Quand Libération a déménagé, après sur les murs dans la rue il y avait
pleins de mots pour Pacadis, ils sont effacés depuis…
CVS:Un peu comme chez Gainsbourg sur les murs du 5bis rue de Verneuil?
MF:Oui j’habitais en face de chez Gainsbourg à l’hôtel Idéal…
CVS: Si mes souvenirs sont bons, vous vous rencontrez pour la première fois avec Serge Gainsbourg sur l’émission Dents de lait de loups, que réalisait Pierre Koralnick?
MF:Oui je le rencontré là. J’étais danseuse avec Valérie Camille dans une troupe de filles. Et Gainsbourg, et bien m’a fait… une grande cour. Moi j’étais assez timide, en plus j’avais dix neuf, vingt ans, j’étais quelqu’un de très réservé et lui aussi était extrêmement timide. Enfin il y avait peut-être deux cents figurantes, des filles de toute beauté et c’est moi qu’il drague et qu’il invite à déjeuner. J’étais flattée tout en restant très distante parce que voilà… mais enfin on a eu une petite histoire après…
Oui, c’est drôle après il est venu habiter en face de mon hôtel.
CVS:Vous habitiez la rue de Verneuil avant lui??!!
MF:Oui, oui, je ne sais pas si il y a un rapport avec moi… Enfin je pense qu’il a visité et que ça lui a plu comme baraque.
CVS:Pour épater Bardot surtout…
MF:Vous êtes au courant de ce qu’il a dit à Bambou?
CVS:Heu non…
MF:Il a dit à Bambou - elle l’a rapporté dans une interview après sa mort - il lui avait confié que j’étais la seule femme avec qui il avait trompé Bardot…
CVS:Classe!!! Bon et après Gainsbourg un autre homme de grande classe : Yves Adrien?
MF:Ha oui ! Yves Adrien c’est comme Eudeline ou Pacadis, c’était mes copains. Je suis quand même contente, j’aime pas parler de mes conquêtes, mais j’ai quand même du goût parce que je suis sortie avec Gainsbourg, avec Leonard Cohen. Il y en a d’autre mais c’est toujours haut de gamme…
CVS:Vous avez encore des contacts avec tous ces gens là?
MF:Oui, Eudeline on se voit avec grand plaisir, c’est un garçon plein de charme ; et Yves Adrien je l’ai vu il y a pas longtemps a la fête de Façade…
CVS: Ha oui ! il a refait surface là-bas, perfecto blanc, chapka, favori poivre et sel…
MF:Il était très beau oui, je l’ai trouvé inchangé, très en forme.
CVS: Ça a été un tournant dans votre vie quand les Dolls, quand ce mouvement très glam, toute cette esthétique nouvelle débarque à Paris?
MF:Oui bien sûr ça a été un vent de folie avec les Dolls…
CVS:Ça vous a totalement changée ?
MF: C’est-à-dire qu’à l’époque je fréquentais un groupe de gens qui s’appelait les Gasoline, qui foutait la zone partout donc déjà j’étais habituée à cette ambiance un peu décadente qui choque, qui dérange.
CVS:En fait, quand ces gens-là arrivent, vous vous dites en fait nous ne sommes plus seuls ?
MF:Voilà c’est ça. Ça a collé avec nous parce qu’il venaient des États-Unis et nous qui étions à Paris, des Parigots avec notre folie et tout à coup, on s’est dit on a de la famille et puis on s’est parfaitement entendus.
CVS:Après la grande fête chez Serge Kruger… Mais ceci n’était pas si étonnant que ça pour vous, car avant vous étiez déjà à L’Alcazar avec des gens comme Alain Kan…
MF:L’Alcazar ça représente énormément pour moi. C’est là où j’ai fait mes premiers pas sur scène et c’est là que j’ai travaillé très longtemps, enfin pas si longtemps parce que je me suis engueulée avec Jean-Marie Rivière. Mais je n’étais pas prête pour travailler, j’étais trop folle, pas sûre de moi. Et puis toujours en train d’expérimenter des nouvelles drogues, donc je pouvais pas assurer. Je voulais bien travailler à l’Alcazar si j’avais des copains dans les loges, si je pouvais inviter les gens que je voulais, si on pouvait déconner. Mais si ça devenait trop sérieux, ça ne m’amusait pas, donc c’est pour ça qu’on s’est engueulés. Mais l’Alcazar représente énormément parce que j’ai debuté là, j’y ai fais mes débuts sur les planches.
CVS:Déjà qu’avant l’Alcazar il y avait cette envie d’aller sur scène?
MF:Mais non, je dansais seulement, je sortais la nuit, je faisais pas de spectacles, je ne chantais pas, je ne faisais rien, rien, rien si ce n’est d’être la coqueluche dans les clubs les plus privés, à être invitée partout, d’être dans des fêtes tous les soirs, de rencontrer le monde entier. C’était ça ma vie. Puis à six heures du matin, je rentrais dans mes hôtels à St Germain des Prés et là je dormais tout la journée. Ce n’est que lorsquel’Alcazar a été créé que j’ai pensé que je pouvais travailler et, pourquoi pas, faire du cabaret.
CVS:Votre vie de l’époque rejoignait assez la philosophie de pensée d’Eustache et de Schuhl. Punk avant l’heure, en somme.. NO FUTUR!
MF:On avait pas le temps de se poser des questions sur le futur à l’époque parce qu’on été pris dans un tourbillon de fêtes et de folie dès le réveil… Il fallait faire une descente au Flore, aller a la Coupole ou chez Castel, la Pergola, à la Closerie ou encore des clubs comme la Cage. Tous ces lieux où on était sûrs de rencontrer ceux qu’on aimait, les diverse bandes. Et j’avais la particularité de nager dans tous les milieux, j’avais des copains chez Régine, des milliardaires chez Castel, le Living Theater, les Stones. J’avais des copains et copines qui faisaient le trottoir, qui étaient des putes à la Pergola, je connaissais tous les gens, tous les milieux. Mais tout était naturel, ce n’était pas un calcul de ma part.
CVS:Mais si tout cela était si naturel, ça devait vous paraître quasiment banal de croiser les Stones et les Beatles chez Castel?
MF:Oui, on a toujours un petit flash quand il sont là. Mick Jagger est là, Keith Richards est là, Annita Pallenberg est là, houuuuua Dylan est là !!!
CVS:Bon revenons à Jean Eustache. Ça a été important pour vous quand son film La maman et la putain est sorti. Je veux dire, ça vous a touché personnellement ?
MF:Oui, parce que j’ai habité dans cet appartement où le film a été tourné. Parce que j’ai côtoyé à la même époque Catherine qui était la femme d’Eustache. Mais à l’époque on ne prenait pas des gants, les rapports étaient assez cruels, chacun devait accepter l’autre avec ses défauts. Mais c’est vrai que c’etait pas cool du tout pour Catherine. Et puis il était tellement paumé Eustache… Je me souviens vraiment de son regard : il avait un regard triste et très doux. Justement il m’a étonné quand il a fait ce film parce que je l’ai trouvé très dur, je me suis dit : comment il peut faire ça, moi qui le trouve si mignon, si tendre ? Tu avais envie de le prendre et de le câliner, alors que dans le film il se montre odieux. Mais il s’est suicidé, il y avait donc bien un truc qui n’allait pas…
CVS:Avec des gens comme Eudeline, vous êtes des survivants de tout cela. Comment vous le vivez ?
MF: J’ai perdu beaucoup d’amis, mais plus qu’une survivante, je suis une miraculée, je pense…
CVS:Ça vous énerve que parfois on vous caricature ? Je vous avais vue une fois chez Fogiel qui s’était assez mal comporté avec vous?
MF: Ça me mettait hors de moi, mais plus maintenant parce que dès qu’on s’aventure à parler de ma vie privée, je mets directement mon avocat sur le coup, je suis gagnante car quand vous lisez mon passeport, mon extrait de naissance, je suis une fille comme les autres. Je n’accepte pas qu’on essaye de me tirer ailleurs que là ou je suis. Donc j’emmerde les cons.
CVS:Une vrai reconnaissance du grand public vous manque ? Vous auriez voulu avoir une Victoire de la Musique, participer aux Enfoirés ?
MF: J’ai fais beaucoup de choses, mais ça a toujours été des succès d’estime. J’ai tourné avec Téchiné, j’ai travaillé avec Marguerite Duras. Je suis L’artiste undergroud dans tout sa splendeur. Quoi que je fasse, je reste Underground. Et puis on me met des bâtons dans les roues quand je vais faire ma promo chez Stéphane Berne. Au lieu de me parler de mon actualité, il me dit: “Oh mais vous avez changé de sexe ?”. Que voulez-vous… Je suis Underground malgré moi…
http://www.myspace.com/mariefrancedeparis
Photos: Muntz Termunch




ETRE DIEU
j’ai eu la chance de faire une de ses premières parties y’a quelques années alors que je n’étais qu’un jeune freluquet chanteur pour minettes et minets. Sa ligne de hanches est sensationnelle!
Respectueusement vôtre.