Dans son livre sorti (traduit serait plus exact) chez Scali voilà quelques semaines, l’ex-critique du NY Times tentait en quelques feuillets de trouver la pierre philosophale que tant de détracteurs ont tenté de briser avant elle : la dérive du Jackson brother, après deux décennies de règne sans partage.
L’alchimie parfaite de la belle et la bête, symbiose parfaite du monstre et de la beauté. Beauté monstre, agonie, inversion des couleurs, et une seule réponse possible en conclusion: “Je suis loin des hommes, plus près du lointain.”
Qui-etes-vous-mickael-jackson?
Et pourtant, en fouillant les archives récentes, celles de nos mémoires, la réponse paraît pourtant simple. Remonte à 1995, date du dernier album straighly correct du King of pop. History, un double album où Jackson est encore dans l’entre-chambre (c’est à dire pas encore tout à fait blanc). Dans les notes de pochette, une esquisse noire et blanche (sic) du jeune Michael, enfant blotti dans un coin de chambre, prostré, à l’abri d’un bourreau qu’on devine plus qu’on ne le voit.
L’identité du pédéraste pop se trouve peut-être ici. Dans les abus de l’enfance, celle que tout le monde connaît, les répétitions à coup de cravache imposées par Joseph le père, les moqueries de ses frères aînés sur son appendice nasale (”gros pif”). Puis le désir de revanche, de mutation, de conquête et d’amour. Le besoin d’aimer, le besoin d’innocence, et les “touche-mi touche-moi” avec des enfants de moins de treize ans. Peter Pan! chez les Teens. Le stratagème ne durera qu’un temps, jusqu’au procès de 2003, la descente à Neverland et les chefs d’accusation qui s’accumulent, les tentations, la médiatisation, les dérives. Un procès dont Jackson sortira blanchi, si tant est que cette expression puisse être employée sans contre-sens. Et toujours cette même image qui revient, en trame de fond : celle d’un Jackson blotti dans sa chambre, à l’abri des coups. A l’abri du monde.
Cette histoire, Margo Jefferson la raconte avec des mots bien choisis (bien traduits), des expressions très justes. Proche de la psychanalyse comme toutes les cautions intellectuelles se doivent de le faire. Mais plus de cinq ans après la mort (cérébrale, artistique) du king, je suis en droit de me poser une autre question :
“A quoi bon, pourquoi, dans quel but, écrire un livre sur Jackson, lorsque le grand livre a tout raconté?”
Jackson, premiere priodeQui êtes-vous Michael Jackson ? La prétention, la tentation plutôt, d’une réponse à cette question, demeure vaine lorsque toutes les cartes ont déjà été distribuées. A ce stade, autant s’inquiéter de l’engagement socialiste de Mitterand après son passé vichyste, ou des raisons qui poussèrent un jour Gilles de Rais (Barbe-Bleue pour les intimes) à torturer. Pour mieux se repentir. Le passé, toujours, donne les clefs, les raisons, sans excuse. Le meilleur argument de vente du livre réside sûrement dans son préambule, lorsque Margo assimile le phénomène Jackson au cirque Barnum, celui du 19ème siècle, où les monstres étaient présentés à la foule comme autant de miracles de la nature. Surnaturel, paranormal. Bigger than life.
Le livre se ferme ainsi, sur un point de suspension ; le même qui maintient Jackson en vie, celle qui fait qu’au sortir du livre on sort aussi sec qu’à l’entrée. Un roman de gare sur un type qui ne verra jamais la fin du tunnel. Une histoire haute en couleur où l’amour des blanches (dans tous les sens du terme) a poussé le héros vers sa propre perte. L’histoire d’un gosse qui aurait mieux fait de fuir, lorsqu’il en était encore temps.
Qui êtes-vous Michael Jackson // Margot Jefferson // Scali




ETRE DIEU
j’oublie ce livre dont personne ne voulait chez toi, et hop, tu en fais une jolie chronique.