Lorsqu’un patron de label freaks belge (Miam Monster Miam) questionne un artiste fou à lier (Man From Uranus), cela donne ça: un entretien parfaitement cohérent entre deux névrosés mélomanes.
Sorti cette semaine en France, dans une indifférence que je ne peux même pas critiquer tant il est logique que les bonnes choses soient passés sous silence, Science Friction volume 1 pourrait parfaitement réconcilier l’expérimental et le sauvage, le weird et la pop. Mais la France n’est plus le pays des synthétiseurs, on les a remplacés par de faux Steinway électroniques en carton-pâte. Un peu comme si Morricone la rejouait western avec le fils de Lee Van Cleef. Man from Uranus n’a pas ce genre de problèmes, il assume tout, sans retenue, sans se soucier des modes modales.
Bonjour Man from Uranus, peux tu expliquer en quelques lignes le concept de Science Friction volume 1?
Le titre est emprunté à un livre des années 50 qui s’appelle Amazing Science Fiction, j’y ai même récupéré des images présentes sur l’album, dans le livret. Cet album, c’est une compilation des 5 dernières années qui sort sur mon nouvel label, Outer Music. Bien évidemment le fait qu’il y ait un Volume 1 implique le fait que ce n’est qu’un début.
A quoi ressemble ta vie? C’est intriguant quand même.
MFU Live!Disons que j’ai la chance d’avoir un studio complet où je peux expérimenter à volonté, à côté de la ferme où je vis avec ma famille. Pour payer le loyer, je travaille dans un hospice où je m’occupe de six personnes âgées un peu folles. C’est pas très loin de chez moi, c’est pratique, car cela me donne le temps de composer. Surtout en ce moment, où les idées fusent.
Ta musique ne ressemble pas vraiment à ce qui se fait actuellement, même visuellement tu es un peu sur la marge quand même…
Je suis né à la fin des années 60 d’une mère américaine hippie et j’ai rapidement été “confronté” aux Beatles, Hendrix, la scène de San Fransisco, etc… Je suis heureux d’avoir connu cela, même si après je me suis ouvert au punk, au rock, la new-wave, j’ai parcouru tous les courants. J’ai même été punk iroquois au début des années 80, j’ai aimé les Stooges, The Fall, les Ramones. J’ai découvert récemment le rock thaïlandais des 70′, qui m’a renversé, très proche du french yéyé.
Mais en 2000 j’ai découvert l’Avant-Garde et je suis tombé amoureux de Stockhausen, Pierre Schaeffer, Olivier Messeian, Iannis Xenakis et de tous les mouvements électroniques pionniers. Man From Uranus débute à ce époque: j’ai juré à ce moment précis de ne plus jamais écouter de rock ou ne serait-ce qu’une seule musique avec un rythme classique. L’arrivée d’internet a permis de démocratiser l’accès aux musiques obscures, perdues, peu médiatisées. Et c’est la même chose pour les films. Je pense aux enregistrements pop/synthesizer/experimental de gens tels que RogerRoger, Jean-Jacques Perrey, plein d’autres…Ce que j’aime chez eux c’est qu’à l’époque ils enregistrent et produisent sans avoir aucune référence ou background, ce qui n’est plus le cas, forcément, des musiciens électroniques contemporains. Ces gens étaient tout simplement les pionniers. Les mélodies de l’époque sont joyeuses, modernes et pour moi cela tient à cela: c’était nouveau.
Cambridge, où vous vivez, est-ce une ville avec une scène électronique importante?
C’est un bel endroit pour développer ses expériences dans le calme, et c’est ce que nous faisons moi et mes amis. Nous avons récemment participé à un tribute to Syd Barrett, ici. J’ai joué dix minutes d‘Interstellar Overdrive dans une version Man From Uranus. C’était bien.
Des noms de musiciens anglais que vous trouvez intéressants?
J’adore The Chap. Mais la plupart des artistes que j’aime ne sont pas anglais.
C’est une des raisons qui explique que vous ne jouez qu’en solo?
J’aime jouer avec d’autres musiciens, mais je préfère quand même tout controler, être en prise directe avec le “me alone against the crowd”. C’est mon penchant héroïque, j’aime être au centre des tempêtes. Si vous regarder les notes de pochette du livret vous remarquerez qu’il y a des musiciens additionnels comme un violoncelliste, des musiciens électroniques, un batteur…. La majorité de mes enregistrements vont dans ce sens, les collaborations avec d’autres musiciens venant d’autres univers que le mien.
On note des guests sur Amazing science friction, pouvez-vous nous en parler?
Le guest le plus connu est celui effectué avec les Anglais de Broadcast avec qui j’ai enregistré des jams dans leur salon (qui sert aussi de studio d’enregistrement). C’était un véritable bonheur. Quelques pistes sont aussi le fruit de travaux avec un guitariste hongrois, Agaskodo Teliverek, fan de Break-Beat guitar thrash. On peut aussi parler d’Adrian Bronson au violon et trompette. C’est un garçon que j’ai connu très jeune, quelqu’un qui a également découvert l’Avant-Garde et Stockhausen et qui hait le rock ou la pop. L’exemple parfait c’est Space Jewelry no. 3 disponible sur mon site. Il y a même une photo d’Adrian avec Stockhausen. C’est une bonne connexion pour Man from Uranus. Mais si l’on doit parler des collaborations les plus étranges, je me dois de citer tous les batteurs amateurs dont j’ai récupéré les pistes sur Youtube en audio. Il y a eu une période où j’étais fasciné par tout ces solos de batterie joués trop vite, parfois avec de la maladresse. J’en ai ralenti certains en studio, mais conservé certains, notamment un qui ressemble à un solo de John Bonham joué dans un mixer! Sinon y a mon fils de 6 ans qui joue aussi sur New Planet Professor.
Pourquoi un tel amour pour le son des vieux synthetiseurs?
Etre né au début des 70′ y est pour beaucoup. Le Moog remplissait les génériques TV, les jingles, les publicités à la radio, et ce son sonne en moi comme si rien ne pouvait jamais m’arriver. Je pourrais vous raconter comment j’ai espionné très méthodiquement Jean-Jacques Perrey jouant du Moog dans un restaurant futuriste de Disney World, vers 1970, et comment cela changea ma vie. Mais c’est une histoire trop longue. Reparlez-m’en lorsque je suis bourré.
Vous qui êtes un grand fan de Sun Ra, avez-vous réussi à trouver sa discographie complète?
mfuJe possède un satellite en connexion directe avec Sun Ra. Si vous me regardez jouer en concert, que je joue quelque chose en total désaccord avec le reste, mais qui semble logique à jouer à ce moment précis, c’est l’influence de Sun Ra.
Je suis bien sûr au courant du fait que Sun Ra a publié presque 150 albums, cela m’a longtemps fasciné et impressionné. J’ai passé presque 2 ans à tout compiler, j’ai fini par comprendre que le seul moyen de tuer le mythe était de tout posséder. Et j’ai réussi (j’en ai presque 100). J’aime le message cosmique qu’il véhicule comme une métaphore. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur lui. Reparle m’en aussi lorsque je serai bourré.
Quand vous jouez live, vous semblez bien perché tout de même. Prenez-vous des drogues artisanales, un truc dans le genre?
Je suis définitivement du côté des Pays-Bas sur ce point. En fait, j’aurais aimé être né là bas! J’ai été profondément marqué par le livre Brave new wold dans lequel les gens prennent une drogue nommée Soma, qui se prendrait avant les sex parties, le genre de drogues permettant l’accès à la musique psychédélique grâce à un instrument, le Sexophone. Cet instrument permettrait de diffuser des couleurs dans l’air et vous relaxerait pour les orgies. Si je pouvais faire d’un livre mon principe de vie, ce serait définitivement celui-là. who is the monkey on your artwork ?
Quel est ce singe sur la jaquette du disque?
C’est moi, espèce d’imbécile. Moi en train de jouer ma musique.
Man From Uranus est en concert aux Disquaires le jeudi 20 novembre.




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