Sur Lou Reed, j’ai des théories plein ma poche gauche, celle des grosses sommes.
Je pourrais expliquer pourquoi Sally can’t dance est un disque bancal mais important, illustrant parfaitement une facette du génie de la Bestiole pleine de bile, pourquoi le premier album solo est -malheureusement – une clé qui explique toute l’œuvre à venir, pourquoi New-York annonce à mon avis Is this it ? des Strokes, comment un rapprochement John Cale-Robert Quine trace le portrait du partenaire idéal pour Brooklyn Lou… Et mon « spécial », qui ne se refuse pas, offert par la maison : pourquoi Lou Reed est-il le dinosaure 60’s qui a survolé les années 90 avec le plus de réussite (mieux que Bowie, pas photo). Oui, je pourrais.
Berlin: liveMais à la question « Pourquoi Louis de Reed a-t-il remis le couvert avec Berlin pour ses dernières tournées ? », je reste sec comme une prof de maths. « Pour le pognon » diront les plus jeunes et les altermondialistes du rock. Mouais… Dans ce cas, autant reprendre Transformer en faisant venir Bowie sur deux titres. Parce qu’il a chopé une bonne crise d’inspiration, de celles qui durent, qui bloquent, un gros moellon dans l’engrenage ? Plus probable. Mais là encore, pourquoi ne pas tourner avec un bon Best-of des familles ou renouveler la set-list avec des titres qu’il ne joue plus depuis des lustres (Ennui, Coney island baby, Heavenly arms, que sais-je encore…) Non, franchement, Berlin, le loukoum gothique, je cale.
Ce qui est encore plus incompréhensible, c’est de retrouver le live issu de cette série de concerts et sa pochette « camionneur » dans ma platine, de l’écouter en entier. Et de le remettre. Puis de virer quelques nouveautés pour lui faire de la place et voir les journées de novembre tourner au sombre sur fond de The kids ou Sad song version 2008. Improbable, inattendu, inexplicable.
Ne nous mentons pas, nous ne sommes pas là pour dorer une légende qui n’en a pas besoin et qui d’ailleurs s’accommode autant de la purée de pois que des cieux lumineux : ce n’est pas le retour du souverain (le bruitiste de White light, le styliste hors pair de Coney island baby ne réapparaîtront plus jamais) et Berlin Live at St Ann’s Warehouse comporte sa part de cochonneries. Un son très net pris « à la console », quelques « innovations » vocales limites, des interventions de basse qui risquent d’enrichir les gastroentérologues… On peut même rire méchamment quand le groupe traîne la patte sur Lady Day. Ce batteur de studio banal galope derrière les parties originales du sublime BJ Wilson.
Mais il en faudrait plus. Quand Old rotten Lou attaque Berlin d’une voix vieillie, unique, tout se met à frémir : carcasse, murs d’appartements et souvenirs. L’ensemble se réveille après des mois d’hibernation entre les albums récents et les musiciens poilus. Que dire de son approche fatiguée d’How do you think it feels ou de son ton sec sur The kids ?
Ce disque rappelle que jusqu’en 1982-83, Reed était un chanteur absolument imprenable.
Les guitares lourdes, absentes de l’original, déferlent sur Sad song. On sait bien que l’on ne devrait pas cautionner mais… ça marche, tout comme sur Men of good fortune. Et ces sons cradingues sur Caroline Says Part I que viennent enrubanner les arrangements d’orchestre… On en lèverait le petit doigt en buvant son thé, vêtu d’une robe de chambre de soie sauvage, d’un pantalon de tweed, la braguette ouverte. Tu as dit décadent, jeune graphiste à lunettes, en parlant de Poni Hoax ? Eh bien, goûte-moi cette saloperie grand cru après t’être lavé les mains.
Lou, 2008Plus tard dans la tournée, le groupe prendra de l’assurance. Dommage. C’est toujours mauvais avec ce genre de requins, il vaut mieux les voir jouer la trouille au ventre. Ce soir à New-York est l’un des meilleurs, des plus retenus. Les rappels –ignobles durant les dates suivantes- tiennent ici (presque) debout et Reed s’engage même dans une version (presque) sobre de Sweet Jane. Télérama et Technikart me signalent qu’il faut mentionner Anthony et sa version très « je brosse popaul avec amour» de Candy says. C’est fait. Mais sans doute vaut-il mieux écouter Lou la teigne lâcher du bout des lèvres ce Rock Minuet vicelard. Ce soir, pas de Satellite of love massacré. Pourquoi ? Je ne l’explique pas. Je me retrouve simplement à écrire que Berlin at St Ann’s Warehouse est un de ses live les plus décents, lui qui les a tous consciencieusement massacrés (parfois avec génie, Take no prisoners, le plus souvent bêtement comme Rock’n’roll animal ou l’immonde Live in Italy). C’est ainsi. Pas de théories finaudes, d’arguments historiques sur ce disque, rien. D’habitude, en automne, pour cadrer avec le soleil qui vient pâlir sur les façades, j’écoute Coney island baby, le nostalgique. Pas cette année.
Lou Reed // Berlin: Live at St. Ann’s Warehouse // Beggars
http://www.myspace.com/officialloureed
2 commentaires
Oui, bien sûr, ça se tient Neil Young. Mais j’ai l’impression que Neil Young a surtout été redécouvert dans les années 90 (vague grunge) pour ses albums fantastiques. il a donné des concerts mémorables, enregistré ragged glory mais en fait écrit assez peu de bons morceaux à cette époque (2 ou 3 bons titres sur Sleep ith angels, certes).
Aors que Reed… on trouve un de ses meilleurs titres sur Magic ang loss (Sword of damocles) et quelques autres bons trucs (What’s good), Set the twilight était assez inespéré dans son genre “intime” même s’il ne passe pas vraiment v les années (mais NYC man tout de même et Eggcream) et sur Ecstasy il trouve le moyen de balancer 5 ou 6 grands titres (modern dance, ecstasy, Paranoei key of E, Baton rouge, Rock minuet…) et des textes particulièrement bien sentis (”You can call 911/ I’m gonna hold you tight”, de mémoire). La-dessu, un projet prétentieux et raté, The raven, mais qui prouve que l’homme ne lâche pas l’affaire et qu’il ne se contente pas de la roue libre.
Bon, c’est subjectif comme on dit ici…




PLAY BLESSURES
Le dinosaure 60’s qui a survolé les années 90 avec le plus de réussite ce serait pas plutôt Neil Young ?