“When I go to a place like Max’s Kansas City in New York and see a group like Annie and the Asexuals, I can really enjoy it. I don’t know if that band will ever get a record contract and I don’t think they care. I watched them for an hour , painful as it was - their show was real personal and disorganized. This girl was wearing winter underwear with a black leather coat on top of that, and she had a paper bag with a bottle of vodka in it, and she was backed up by five guys who had just bought their instruments, apparently. She was screaming about thorazine and being in a mental hospital and it was real !”
Frank Zappa, 1980
Prenez deux grands yeux au milieu d’une figure sans âge, collez lui un piano sous un nez cléopatra et faites mijoter le tout dans un grand chaudron de reprises bouillonnantes. Vous obtiendrez un excellent album de reprises qui, dans la plus grande tradition américaine, fait la part belle aux interprétations et au music-hall.
Loin du travestissement et des apparats superflus. Proche de l’os. Little Annie, encore une américaine que le grand public découvrira après sa mort. Comme Cash Johnny et ses American Recordings. En attendant, je me suicide tous les soirs avec Little Annie et son nouvel album pour dépressifs hédonistes.
Bonjour Little Annie. J’ai reçu l’album voila deux semaines et j’ai d’abord cru que vous étiez une débutante.. enfin je veux dire.. je ne vous connaissais pas du tout. Je me suis dit : « Tiens voila une nouvelle américaine dans le milieu »… Un truc comme ca…
(Elle éclate de rire) Si seulement c’était vrai…
Oui mais bon même en surfant sur le net, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Vous pouvez me dérouler votre bio en quelques phrases ?
J’ai commencé bien avant aujourd’hui comme vous l’avez compris. Au milieu des 70’, à New York. J’ai commencé par le gospel, le chant, la danse… Bref à peu près toutes les formes artistiques possibles. Sans vraiment me fixer. Et puis il y a eu le Max Kansas City où j’ai commencé à chanter sans vraiment le décider. Chanter cela a vraiment été un accident, un trac pas possible à en vomir. Et aujourd’hui je reviens un peu à mes débuts, le gospel, l’âme… Le trac en moins.
OK mais entre les années 80 et aujourd’hui il y a une sacré parenthèse.. Je n’arrive même pas à comprendre combien d’albums vous avez sorti.
Oh god… Je ne sais plus. Trois ou quatre. Trois ? Je ne sais plus. Sans compter les collaborations… Cinq albums en fait. J’ai fait cinq albums.
Cinq albums en 25 ans c’est quand même pas énorme.
Non, on peut pas dire, effectivement. Pour moi c’est toujours la même histoire, trouver des réponses à des questions très précises. Et puis il y a la peinture aussi, qui me prend beaucoup de temps. Chanter ce n’est pas une fin en soi, je n’ai pas besoin de cela pour exister. Je ne suis pas Madonna, merde ! (Rires) Ce qui me plait c’est la création solitaire, seule chez moi. C’est une grande fonction entre toutes les formes artistiques. Je peins souvent en chantant d’ailleurs !
Vous avez vécu en Angleterre pendant des années, puis vous êtes revenus à NY récemment.
Oui d’ailleurs à l’inverse là c’est mon premier retour en Europe depuis dix ans.
Le tracklisting de l’abum est assez étonnant. Le choix des chansons ?
Avec Paul (Wallfisch, pianiste de l’album, NDR), on s’est partagé le boulot. J’ai d’abord choisi les chansons pour les textes, et Paul pour les mélodies. On a mixé toutes les envies et voila l’objet. Après… en réfléchissant, j’allais quand même pas reprendre My way ou Somewhere over the rainbow.. Tellement prévisible. Je n’aurai rien pu y apporter. Une chanson comme de U2, c’est avant tout pour les paroles. La mélodie hein bon…. Mais les paroles… Quelqu’un l’autre fois me parlait de When good things happen to bad piano en me disant que c’était un album ironique, cynique. Je ne crois pas. Je crois que c’est un album intègre, authentique. Très sérieux !
La reprise de Brel (If you go away, NDR), c’est votre choix ?
Oui, j’adore Brel depuis des années. J’avais déjà fait une reprise auparavant, mais ma voix n’était pas prête. Maintenant je peux la chanter. C’est l’avantage d’avancer dans l’âge (Rires) !
Moult artistes se sont déjà frottés à Brel… je pense à Bowie, aux Dresden Dolls, Divine Comedy, Beirut… Je parle même pas des artistes français…
Oui mais je pouvais encore apporter quelque chose de neuf ! Merde alors j’ai mon mot à dire non ? (Rires)
Vu votre âge avancée –pardon- et l’art des reprises transfigurées, je ne peux pas m’empêcher de penser à Cash Johnny….
Oh sweetheart….. J’adore sa reprise de Nine Inch Nails…. Cet homme est la figure même de la rédemption, son humanité ressort au grand jour maintenant qu’il est parti. Si vous êtes honnête en tant qu’interprète, il faut toujours prendre un peu de bouteille pour une reprise. Attendre d’avoir un peu vécu, pouvoir y injecter un peu de soi. Reprendre une chanson lorsqu’on a 17 ans, bon….
Vous pensez vraiment qu’il faut attendre d’avoir la soixantaine pour reprendre des chansons ? Il y a un âge légal ? Je veux dire : Certaines chansons semblent vous appartenir comme si elles avaient toujours été de vous….
C’est gentil. Au départ j’avais assez peur en fait. Je me disais « Des gens ont déjà composé ou repris ces chansons, qu’est ce que je viens foutre là dedans uh ? ». Plus que l’âge, c’est peut-être l’incorporation des chansons dans son for intérieur qui compte. Se l’approprier. Cela a voir avec l’identité. Pour chanter des chansons tristes, il faut hélas (et c’est mon cas, j’aurai préféré qu’il en soit autrement) avoir gouté le prix de la tristesse. Avoir gouter à la désespérance, la honte, pour y injecter ses propres sentiments. C’est ca l’interprétation.
L’interprétation justement. Elle est minimaliste. Une voix, un piano…
Ca c’est le choix de Paul, avec son piano légèrement désaccordé. Un brillant travail sur les harmoniques.
C’est un peu comme se retrouver sur le Titanic avant la chute quand même…
Oh merci ! C’est la meilleure description possible. Le monde est un peu comme ca non ? Sérieusement, j’ai grandi avec Patti Smith, Helen Morgan, des chansons des années 20 qui remplissaient les étagères de mes parents, des vieux blues. Des choses très simples, enregistrées live. Des chansons très basiques. J’ai appliqué ce principe à l’album, avec des prises directes, sans retouche. J’aime aller vite, je ne crois pas aux re-recordings. Les overdubs quelle horreur.
Pour moi cet album est un album nocturne, à écouter au casque. Seul. Et je pense à Lou Reed, que tout le monde décrit comme le songwriter New-Yorkais par excellence. Et pour vous… Ecrire sur New-York, cela représente quoi ?
C’est une très bonne question. Je n’avais rien écrit depuis deux ans et actuellement je ne m’arrête plus. Ecrire sur NY, c’est parler des fantômes, des gens disparus, dont on ne sait pas s’ils morts. NY a beaucoup changé ces dix dernières années. Le downtown s’est singulièrement embourgeoisé. Tout ces endroits disparus, gosh… It’s a ghost town. C’est un son que je reconnais pas, celui des caisses enregistreuses !
Ce n’était pas la même chose il y a vingt ou trente ans ?
Non ! Tout a changé, même sur les cinq dernières années… Avant vous pouviez vraiment craindre pour votre vie, certains quartiers étaient vraiment mal famés (rires). Aujourd’hui tout est propre et conservateur. Avant NY, it was safe and dangerous at the same time. Artistiquement, c’est très dangereux de devenir un bohème newyorkais aujourd’hui. Je me surprends même à toiser certains étudiants en me disant « qu’as-tu fait de ma ville toi hein ? ». C’est très dur. Dans l’écriture c’est intéressant car avant il y avait un bouillonnement artistique qui poussait à se dépasser. Aujourd’hui on écrit sur le vide, le manque. Il y a eu trop de destructions. J’aurai bien opté pour la Nouvelle Orléans mais bon… en terme de destructions je crois que là bas c’est encore pire…
www.myspace.com/littleannieakaannieanxietybandez
3 commentaires
Faut surtout l’entendre parler, chiquer comme un cow boy avec ses grands yeux ouverts.. C’est bluffant.
J’ai beaucoup aimé moi aussi. La légèreté du ton et des propos du début amène subtilement vers un fond plus dense, plus personnel, plus vrai.
C’est bien joué ![]()




ETRE DIEU
bravo pour cette interview
le concert de Little Annie au Café de la Danse était merveilleux
il est temps qu’on parle d’elle.