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LIAN FINN, LA FELINE Live in the flesh

C’est rare qu’il se passe quelque chose à un concert, vraiment quelque chose, de l’ordre du transcendant. Aussi je sillonne peu les bars et salles de concerts, préférant (...) suite

C’est rare qu’il se passe quelque chose à un concert, vraiment quelque chose, de l’ordre du transcendant. Aussi je sillonne peu les bars et salles de concerts, préférant quêter l’extase en me passant des disques dans ma chambre. Ambiance. Trop rock’n'roll le gars.

Mais cette semaine j’ai fait par deux fois entorse à la règle en traînant ma carcasse aux concerts de Liam Finn et La Féline. Je vous raconte ?

Mercredi 19 novembre. 20h30. Nouveau Casino. Ce soir joue un type dont le premier album solo m’a renversé. Ce type c’est Liam Finn, le fils de l’ex leader de Crowded House. Dit comme ça, ce groupe de pop australo-néo-zélandais ne vous dit sûrement rien mais leurs tubes des années 80, Don’t Dream It’s Over, Fall at your feet et Weather with you, vous ne pouvez pas ne pas connaître. Ce sont des joyaux qu’on ne peut décemment pas laisser aux seules mains de Chérie FM et RTL2. Bref, sans être Sean Lennon, le fils Finn a de qui tenir, et la conscience tranquille pour brûler ses idoles.

En attendant de le voir livrer live les pépites de I’ll be lightning que je me passe en boucle depuis août, on se farde la molle prestation stadium rock des jeunes pousses Scottish de Glasvegas. Ce triste spectacle de voir un sosie de Joe Strummer et son groupe se prendre pour U2, Coldplay et Arcade Fire réunis, sans avoir de chansons mais une grosse mélasse chantillesque, fait échos aux propos tenus quelques heures plus tôt par le vendeur de la librairie Parallèles : ”

Aujourd’hui des groupes comme Oasis et Paul Weller vendent à mort en Angleterre mais font peanuts en France.”

Pareil pour Glasvegas. Portée par un souffle patriotique et bigot, cette musique de fan (pour ne pas dire musique de bébé dans ses langes) cartonne chez les brit’ mais fait globalement plouf du côté des mécréants que nous sommes.

LIAN FINN, LA FELINE Durant la demie heure pendant laquelle Finn et ses roadies installent le matos, je me dis donc que ce serait bien que ça pète vraiment. Un jeune barde barbu et sa choriste Eliza-Janes Barnes se mettent immédiatement à mes ordres : une guitare, deux batteries, dont une petite, une harpe de poche et un dispositif d’auto-sampling pour chacun. Il paraît que Liam Finn est une vraie bête de scène. Je confirme.

Durant près d’une heure et demie (sans rappel, pas la peine), sans qu’on se dise à aucun moment qu’il surjoue et tout en restant cohérent dans sa sauvagerie orchestrale (parce qu’il a de vraies chansons écrites et tout), le type fut tout bonnement en transe. Comme branché sur 300 000 volts (Satan sort de ce corps !), il a sans cesse alterné, imprévisible, entre déluge de batterie (il multipliait littéralement les pains, pardon les baguettes, fallait voir ça, inouï !), déluge de guitare (à un moment, en plein coeur d’un morceau il a lâché un solo foudroyant, déchirant, cramé, comme une soudaine montée d’acide !) et instants délicats genre Perle de lait (très Elliott Smith pour tout dire) qui, sauvés de l’orage, et menacés à tout moment d’y retourner, n’en ressortaient que plus beaux. On a même eu droit à une pétaradante reprise du Birthday des Beatles.

Voilà, si sur I’ll be lightning Liam brille, privilégiant la joliesse des atmosphères et l’azur des chœurs, sur scène, équipé de son système d’auto-sampling qu’il déclenche avec un naturel désarmant au moindre de ses coups de sang (et il en a plus d’un, comme de s’autoriser un dantesque solo de batterie entre deux morceaux, comme ça, pour le fun et faire sortir son trop plein d’énergie), le gamin explose en mode “one man band” prog-grunge et son folk devient fou, furie. C’est comme s’il faisait sien ce célèbre vers tiré du Hey Hey, My My de Neil Young que Kurt Cobain citera dans sa lettre d’adieu : “Better burn out than to fade away”. On n’est pas prêt d’oublier ce Liam.

http://www.myspace.com/theliamfinn

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Jeudi 20 novembre. 22h. L’international. C’est la première fois que je mets les pieds dans cette petite salle parisienne qu’on dit avoir le vent en pop, au point de détrôner la Flèche d’or. J’y suis pour La Féline. Et je pense à David Hallyday. Oui, je sais c’est horrible, mais comme à chaque fois que je vais voir un groupe dont je suis proche musicalement et amicalement je pense à Hallyday fils et son tube Tu ne m’as pas laissé le temps. Parce que voilà, le temps passe et je n’ai toujours pas parlé de de ces groupes amis comme La féline. Des raisons à cela je pourrais en fournir des tonnes, dire qu’il y a tellement de disques qui me plaisent, que les journées ne durent que 24h, que je suis avant tout journaliste, pas bloggueur, et que c’est tellement plus facile de parler des groupes confirmés, de ceux qui ont déjà sorti un disque et qui évoluent loin de nous, que ceux qui sont sous nos yeux, surtout que c’est ceux-là que veulent les magazines papiers. L’éternel problème de l’actu.

L’actu, toujours l’actu. Mais la vie, la vraie, qui en veut ?

Ce soir, alors que je fume une clope avec eux sur le trottoir (une clope qui a le goût de la clope après l’amour). Je sais que c’est la bonne. Parce qu’ils viennent de donner un concert propre à balayer toutes ces broutilles d’obstacles et qu’il y a Gonzaï. Je sais qu’en rentrant chez moi je vais enfin coucher tout ça. Réparer mes torts si je puis dire. Et plutôt trois fois qu’une. Parce qu’en plus d’Agnès Gayraud, sa singer/songwritrice, et de Xavier Thiry, son claviériste, La Féline compte à la batterie l’ami Stéphane Bellity, aka Ricky Hollywood et leader de Poster Moderne, et à la deuxième guitare l’ami Jérôme Pichon, aka Scott Of The Antartics et leader de Bellegarde.

La felineInsatisfait chronique (ou perfectionniste), Stéphane déplore comme à son habitude que le set n’ait pas été tout a fait carré. Moi je n’y ai vu que du feu. Et je ne suis pas le seul. Le public était tellement en osmose qu’il a vu des choses. Certains trouvaient que ça sonnait parfois comme Portishead (pas faux, même le chant d’Agnès a quelque chose de la cristalline froideur des vocalises éplorées de Beth Gibbons). Celle-ci jubile qu’une spectatrice lui ait même confié avoir senti un côté Siouxsie dans La Féline. Et c’est vrai qu’il y avait de ça dans la jeune femme et sa musique, derrière un côté simple et chaleureux, une profondeur cold, perchée, hypnotique. De l’élégance et du fantasme.

Fruit de l’expérience acquise sur scène (couronnée dernièrement par une première partie d’Aliser à la Cigale), du travail actuellement passé en studio pour coucher leurs morceaux sur bande et du récent départ de leur deuxième guitariste (qui a donné plus d’importance aux atmosphères de synthé), leur musique n’a jamais dégagé autant de personnalité. Doté d’une aura plus sombre, psyché et capiteuse, les anciens morceaux folk western à la Morricone comme La Passegiata et Mystery Train et les nouveaux, le krautrock Il est comme le vent et le dansant These Are The Boys, ont mis en évidence un univers affirmé, mis en lumière par une superbe reprise du Floating Into The Night de Julee Cruise, chanteuse fétiche de Lynch et Badalamenti (Blue Velvet, Twink Peaks, Lost Highway).

Et quand Agnès bougeait (ce qu’elle fait bien, attention les mirettes), avec des gestes graciles un peu arabisants et azimutés à la Diterzi/Ringer, pris dans un film sans nom, je me disais que cet auto-déclaré “cat-sized power trio” commençait vraiment a être affûté. 22h30. J’ai écrasé sur le trottoir cette clope qui avait le goût de la clope après l’amour. J’avais vraiment envie d’écrire et de tenir bientôt le premier album de La Féline pour pouvoir l’écouter seul dans ma chambre les soirs où aucun concert digne de ce nom ne me pousserait dehors.

http://www.myspace.com/lafeline

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