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LES BRATS Sombres matadors

Nous sommes dimanche soir, il est 21h00 à ma montre quand je pénètre dans une loge moite et enfumée. Les Brats sont assis sur un canapé miteux et (...) suite

Nous sommes dimanche soir, il est 21h00 à ma montre quand je pénètre dans une loge moite et enfumée. Les Brats sont assis sur un canapé miteux et sirotent une bière. Nicolas se met à tourner en rond dans la pièce tout en m’expliquant que la soirée doit être réussie, que ce sont eux qui la produisent et que, par conséquent, l’argent sort de leurs poches. Ils sont remontés mais ça n’empêche pas JB (guitares) de causer littérature en avalant une dernière bière.

La dernière fois que j’ai vu les Brats jouer c’était en 2004 au feu Bar Three. Comme chacun sait ces concerts étaient une vraie claque dans la gueule des trentenaires du rock endormi(s). Il y avait de l’énergie et de la sueur… de la sauvagerie même. Le tout recouvert de cuir noir dans un sous sol à 40°c. Forcément, ça a rappelé des souvenirs à certains. Mais depuis, plus moyen de croiser ceux que j’avais alors reconnus comme mes frères. Du moins mes camarades. Sûrement une question de timing.

Les Brats par Fiston #1En 2004 les Brats et leur public ne maitrisaient rien et c’est l’énergie du chaos qui prenait le dessus. En 2008 ils ont pris des épaules et dompté leur rage. Ils jouent à la manière d’un torero. Faire monter la pression et resserrer le collier jusqu’à l’étranglement. Puis une nouvelle bouffée d’air, avant le coup fatal. Il en va de même pour leurs compositions. Ils s’amusent des mélodies et des rythmes, toujours sur le fil de l’incohérence et retombent finalement sur leurs pattes. Mais en plus de morceaux en béton armé et d’une grande présence scénique, les Brats sont aussi des gars loyaux, honnêtes et droits…si vous me passez l’expression.

Vous faites votre premier concert en 2004. D’où vient la motivation ?

Au départ on est toute une bande de potes, et chacun a monté un groupe différent. D’abord on était Youri et moi. On jouait les Ramones, lui à la batterie et moi à la guitare. Puis Makcim est arrivé. On a fait notre premier concert au Bar Three avec lui. On a ramené les personnes qu’il fallait et tout le monde s’est pris au jeu. D’abord des gens de notre âge puis les grandes personnes.
Mais pour le premier soir, les gens venaient voir les Naast. On était que la première partie mais c’était très fort. Rien n’était construit, on misait tout sur l’énergie. On reprenait Psycho des Sonics et on faisait beaucoup de chansons en anglais. Puis on s’est mis en français et ça en a choqué pas mal. Les autres groupes de la scène, qui chantaient majoritairement en anglais, n’ont pas bien compris. On nous a pris pour des mecs courageux.

Vous n’avez pas l’impression que la scène d’alors a complètement explosé ? Peut-être n’était-ce qu’un phénomène de mode ?

Brats par Fiston #2Non ce n’est pas du tout une mode. On avait ça en nous et puis ensuite chacun a fait son truc. On avait besoin d’être ensemble, de se donner des conseils. On allait voir les répètes des autres. On se soutenait. Ensuite chacun a pris son envol sans pour autant couper les liens. On est toujours potes.

Contrairement à se qu’on rabâche souvent, vous n’êtes pas vraiment passés par Myspace pour vous faire connaître. Vous c’était plutôt le live non ?

Au début s’était les blogs. Le blog de Busty par exemple.
Nous, on allait sur les concerts, on gueulait nos noms le plus fort possible et quand on voyait un mec qui avait l’air intéressant on lui mettait le couteau sous la gorge en lui disant de venir nous écouter.

Puis vous avez arrêté de jouer…

Non ! On ne s’est jamais arrêté de jouer. On ne faisait plus de concerts à Paris mais en province. Après le Zénith, on s’est aperçu que nos trois personnalités n’étaient pas équilibrées, ce n’était plus cohérent. Et puis la presse a commencé à prendre ça pour elle. Les gens venaient plus voir un phénomène global qu’un groupe. C’était chiant. On avait beau faire nos concerts comme on le souhaitait, ce qui ressortait à chaque fois c’était ce sempiternel «baby rocker» ! On a cherché à se détacher de tout ça. On s’est retiré pour réfléchir à comment faire notre propre truc. On a donc recruté JB lors d’un concert à Amiens.

(Une pause. Nicolas proteste : mais pourquoi personne ne lui apporte son coca ?)

Et JB de reprendre :

Moi j’étais le seul jeune d’Amiens à écouter les Ramones. Puis j’ai entendu qu’il se passait des choses au Bar 3. On s’est retrouvé dans la rue après un concert, on a passé le weekend ensemble et la semaine d’après Niki m’a appelé pour me demander si je voulais faire partie des Brats. Pendant un an on a refusé les articles de presse intitulés Baby rocker. Les mecs ne comprenaient pas qu’on réagisse comme ça après avoir fait le Zénith.

“On a commencé à jouer dans des squats de province et en banlieue sous des faux noms.”

C’était juste pour se confronter à la réalité de la scène et roder les morceaux.Et puis JB devait apprendre à jouer. C’est le moment où on a le plus travaillé.

Et aujourd’hui vous êtes prêts à signer ?

On est à fond. Et on commence à être contactés.

Par qui ?

Peux pas dire. Mais peu importe.

La pression ?

Les Brats par Fiston #2Non. On est prêt. Et nos derniers concerts étaient bons.

Vous avez fait la première partie des Stooges. Il est comment Iggy ?

Il est myope.

Il vous a dit quoi ?

La première chose qu’il nous a dit c’est: “Where is the fucking drummer of the Brats?” Il a adoré Youri.

Et sur scène ?

C’était génial. Une grande expérience. Le producteur des Stooges a été royal. Il nous a offert un rêve. Je ne crois pas que beaucoup de gens dans le show-business agissent comme lui. A l’époque on n’avait même pas un morceau enregistré. Rien ! Alors pour emmerder le monde, il nous a pris. Super classe. C’était un rêve de A à Z. Il y avait nos noms sur les tickets et les radios nous annonçaient. On a eu le son et la lumière qu’on voulait. On a eu le droit à quarante-cinq minutes de balance au Zénith. Les Stooges en ont fait six minutes. Ils jouent deux fois I wanna be your dog et c’est fini. On a eu l’impression de bosser avec des gens respectables. Une véritable leçon.

J’ai l’impression que beaucoup de vos amis qui ont fait des groupes en même temps que vous s’orientent aujourd’hui vers des influences assez précieuses. Alors que vous êtes restés dans du rock plus lourd que les autres. Vous précisez encore que vous aimez Led Zep…

On est un groupe de rock et point barre. Et on a une culture française. Je suis fanatique de chansons réalistes: Trenet, Aznavour, Piaf. D’ailleurs j’ai écrit une chanson qu’on ne joue pas encore mais qui s’appelle La ville inconnue. C’est un hommage à Piaf.
Mais on essaye de toujours garder une ligne propre : être puissant et élégant. Musicalement le groupe repose sur Makcim. Un peu comme les Who dans les années 70, avec une basse très lourde. De toute façon on n’est pas bons musiciens. Si on joue chacun dans notre coin on ne vaut pas un clou. Ensemble on est les meilleurs du monde.

Vous croyez que ca va être un problème pour votre ascension de chanter en français ? Je veux dire : vous comptez peut-être jouer en Angleterre…

Les gens ne me diront rien parce que j’ai une grande gueule. Et puis je crois qu’il faut s’assumer. Je ne crache pas sur les gens qui chantent en anglais et je ne suis pas fermé à cette idée. Quand Piaf allait chez Ed Sullivan elle traduisait ses morceaux en anglais. Quand Aznavour va chanter aux Etats-Unis, il fait une introduction pour expliquer le morceau.

Vous avez récemment joué dans un film sélectionné pour la quinzaine des réalisateurs à Cannes…

Oui. En fait le réalisateur Ian Gonzales nous aime bien et nous a demandé de jouer pour son film. Ce qui est bien c’est qu’on joue vraiment live. Dans le public il y avait tous les potes qu’on avait invités. Il y avait du vin à volonté et ils se sont bourrés la gueule comme des salauds pendant qu’on travaillait.

Votre avenir immédiat ?

On sort bientôt un single. On veut surtout continuer à jouer. On travaille pour ça : être sur scène.

Les Brats c’est devenu un boulot à plein temps ?

Nikki (Chant, guitare) : Non parce qu’on a besoin de fric. Je travaille et je n’ai pas honte de le dire. Je fais de la vente par téléphone. C’est super chiant. Mais quand je sors de là, je sais pourquoi je suis content d’aller répéter.

JB : Moi je suis vacataire à la maison de la culture d’Amiens. Je vais du bar à l’accueil en écoutant de la musique classique.

Vous avez représenté la dernière chose intéressante à Paris…

Non il y a Didier Super aussi.

Il n’est pas de Paris…Mais en bref, je voulais savoir si vous sentez un nouveau mouvement arriver prochainement ?

Tu sais la notion de mouvement…Je veux dire : il suffit de bosser. Si tu veux faire de la scène : fais un groupe. Il faut croire en soi. Je ne crois pas aux mouvements genre retour du french touch et compagnie. Les journalistes se branlent parfois un peu trop. Moi j’aime bien voir ce qui se crée alors je suis allé voir Justice. Là tu te rends compte que la moitié du public ce sont des gens qui écoutent Chérie FM ; ce n’est pas ça un mouvement. Ce ne sont pas des gens impliqués. Ce n’est ni Woodstock ni 1977. Le problème c’est que trop souvent, les journalistes cherchent à combler des trous dans leurs pages.

Ça n’a pas été le cas de Rock’n’Folk ?

Non. Manoeuvre a été très bien. Il nous a permis de faire le Gibus tout les vendredis. C’était une occasion rêvée. Il nous a aidé à évoluer. On attendait le vendredi pour se retrouver et s’amuser. Là je parle plutôt de la presse généraliste.

Mais cette presse vous a quand même bien servie…

Pas tant que ça. On n’a pas attendu qu’ils parlent de nous pour prendre le Bar Three. Après c’est vrai que ça fait toujours de la pub. C’est l’appellation de mouvement qui ne me parle pas.
Mais si tu veux vraiment connaître le prochain gros truc à Paris, je vais te le dire. C’est Lou Reed dans une semaine. Ça c’est du sérieux.

Photos par Fiston

http://www.myspace.com/lesbrats

4 commentaires

Amen ! Just perfect. Rien à enlever. Surtout pas cette chute idéale. Chapeau bas.

Commentaire par Syd charlus, le Lundi 23 juin 2008 à 13:44

Bon article, j’aime le style & le répondant.

Commentaire par Mary-Astrid, le Lundi 23 juin 2008 à 22:32

[...] LES BRATS Sombres matadors [...]

Commentaire par Makcim, le Lundi 23 juin 2008 à 6:16

bof les brats

Commentaire par karlito, le Lundi 23 juin 2008 à 13:44

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