Le Festin Nu de William Seward Burroughs - 1959
“Je pense que tout forme de censure devrait être abolie. Je ne crois pas que les livres soi-disant obscènes aient jamais inspiré à qui que ce soit de commettre un crime plus sérieux que la masturbation.” William S.Burroughs
J’aurais bien aimé voir la tète des mecs composant le comité de censure qui a examiné le Festin Nu, ils devaient salement tirer la gueule…
Ou pas:
” - Hé mec, on a reçu un nouveau livre du même petit rigolo qui nous expliquait dans son premier bouquin que l’héro en vrai c’est vachement chouette.
- Et là il raconte quoi? Que l’héro en faite c’est meilleur coupé à la coke?!
- Je sais pas je pige que dalle a son nouveau truc… enfin si, il a quand même l’air de trouver cool d’enculer des enfant de dix ans… et de penser que, franchement, les drogues légales sont l’avenir mais a part ça, j’y comprends rien…
- On fait quoi avec ça, alors?
- Je sais pas Joe, c’est l’heure de la pause dej’ , mec.”
Vous voyez le genre…
Bon pour commencer le William, là, c’est pas un mec très affable.
Le genre de gars qui s’habille en costume trois-pièces gris pour pas se faire remarquer par les stups, qui sort jamais sans au moins deux armes sur lui et qui se barre habiter à Tanger (à l’époque zone internationale) juste parce que, là bas, l’héro court les rues et que la prostitution adolescente y fait loi.
Pour schématiser un peu, disons que le Festin Nu n’est rien d’autre que la substantifique moelle du cerveau on ne peut plus dérangé de Burroughs. Un corps malsain dans un esprit malsain, écrivant sur du papier bon marché dans un taudis, loué à la nuit, au cœur de Tanger, en pleine crise de manque. Un delirium tremens s’étalant sur plus de trois cent pages.
Bien que l’idée du titre revienne a Kerouac, c’est son auteur qui en donne la meilleure définition: “Le festin nu, cet instant pétrifié et glacé où chacun peut voir ce qui est piqué au bout de chaque fourchette”
Ecrit en partie à Tanger sous forte influence psychotrope, fragment de ce que sera le Festin nu, aprs un passage en cure de desintox du coté de Londres, Burroughs s’arrête à Paris et vit rue Git le Cœur au Beat Hotel, où il rencontrera Bryan Gysin avec qui il invente la fameuse technique du cut-up. Burroughs commence alors à mettre en forme une version définitive de son roman puis grâce à la précieuse aide jumelée d’Allen Ginsberg et de Jack Kerouac sort son livre chez Olympia Press.
C’est donc un éditeur français qui ose le premier en 1959 publier cette chose bouillonnante et informe qu’est le Festin Nu. Pour une publication américaine, il faudra attendre 1962 puis une interdiction de prés de 10 ans pour obscénité.
Bien que très lié au mouvement Beat, William Burroughs s’en éloigne par son style. Aujourd’hui encore ses textes et sa prosodie paraissent à des années lumières de toute œuvre littéraire.
Cahier des charges de ses hallucinations tangéroises le Festin Nu se voit comme une descente aux enfers aussi bien pour son auteur que pour ses lecteurs.
Cerveau grillé par la came, longue page d’une écriture paranoïaque, humour noir voir suicidaire, succession de chapitres qui nous conduisent à la folie, tumeur au cerveau de l’Amérique puritaine, le Festin nu ne se résume pas il se consomme.
Alors bon appétit messieurs.
3 commentaires
Il est de Cronenberg, et il ne dure pas plus de deux heures si mes souvenirs sont bons. Raconte davantage l’écriture du Festin Nu que le Festin Nu lui même, d’ailleurs ce film.
Difficile de décrire, voire même de qualifier cette œuvre marginale.
Mon avis oscille entre “Grosse bouse issue du délire paranoïaque d’un excité sexuel camé jusqu’au trognon” et “Chef-d’oeuvre psychédélique, incompris et sans doute incompréhensible.”
Est-il nécessaire de repréciser que l’auteur a entièrement rédigé son bouquin avec une bonne dose de came dans le sang ?
Il est cependant indéniable que Le Festin nu a déjà le mérité d’être drôle… D’un certain point de vue.
Ames sensibles ou critiques pointilleuses, s’abstenir.




ETRE DIEU
Je sais pas si vous avez vu le film tiré du livre (j’ai oublié qui l’a réalisé) : il est extraordinaire ! Et dure quelque chose comme 6 heures…