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LABEL BORN BAD Under a bad sign

Il préfère sortir des disques français, mêmes moins bons, que des grosses productions étrangères. Il marche nerveusement, parle très vite. Souvent avec des mots en majuscule pour étayer (...) suite

Il préfère sortir des disques français, mêmes moins bons, que des grosses productions étrangères. Il marche nerveusement, parle très vite. Souvent avec des mots en majuscule pour étayer le propos. JB Wizzz, patron du label Born Bad, reste une personnalité à part. Cheveu, Magnetix, Frustration ou Tu seras terriblement gentille sont déjà passés entre ses mains; et pendant ce temps, Rock & Folk fait sa couverture du numéro estival sur Kiss.

A la réécoute de Relax, par Frustration, sorti cette année, on sait qu’on a ici affaire à une étrange histoire. De celle qu’on ne lit pas tous les jours dans les journaux. Que le minimalisme industriel du label (JB Wizzz, pour résumer) est pour beaucoup dans la réussite des productions. Lorsque la majorité des geignards pleurnichent sur la crise, les ventes qui bandent plus et les licenciements qui montent, JB Wizzz balaye l’argument d’un retour de main. Le digital, les Majors, la modernité (celle dont on vous parle toutes les semaines sans s’étendre sur ses vertus, ses faiblesses), il en rigole.

Jb Wizzz par Muntz #1Dans ce contexte, résumer Born Bad à une affaire de punks casseurs de bouteille s’apparentait à une escroquerie. Je réapprends le plaisir d’entendre les guitares sans chercher la complexité, je remplis les cendriers de mon intérieur tout confort en songeant qu’il serait peut-être temps de rendre hommage à ce label militant et esthétique. Rendre meurs monnaies aux acteurs. Voila chose faite.

Je discutais récemment avec Marc Tessier Ducros des possibilités d’avenir pour la musique. Il évoquait les synchros, le cinéma, les productions parallèles. Pour un label comme le tien, c’est une solution possible? Et d’ailleurs, Born Bad a-t-il des problèmes? Comment vis tu, avec le recul, la jeunesse du label?

Les synchros…. Avec mon catalogue je ne vois pas qui va venir m’acheter du Cheveu, du Frustration.. (rires) Même au cinéma, qui va oser hein… Et pourtant Cheveu c’est le groupe dont je pense qu’il sera culte dans trente ans, que ses albums se vendront à prix d’or.

Pourtant j’ai l’impression que Cheveu décolle… (sic)

Ah mais tout marche chez Born Bad. Tout ce que je fais marche, et pour quelqu’un qui fait tout tout seul, j’ai vraiment pas à me plaindre.

Born Bad c’est toi, et toi seul? Tu réalises tout?

Expo Born BadExpo Born BadAh oui totalement. De la fabrication des disques au studio, les pochettes parfois, , flyer, la production.. Enfin, la production, disons que j’ai toujours une idée très précise de la production. Si tu viens avec tes bandes en demandant quand est-ce ce que ca sort, non merci.

C’est ton passage chez une Major (EMI) qui a forgé ton caractère, ton soucis d’indépendance?

Oui, bien sur. C’est d’abord un rêve de gosse: je voulais être directeur artistique d’une major, voila. Mais rapidement j’ai eu besoin de prendre mes distances. Plus précisément, chez EMI, j’étais à l’édition. Entre ce que j’avais pu fantasmé de ce métier et ce que j’avais pu y trouver, y avait juste un mur. Pourquoi? Parce que tous les gens qui y travaillent sont juste des nazes!!!! C’est de la science-fiction. Des mecs qui faisaient le même métier que moi et qui avaient pas acheté un disque depuis dix ans, qui avait pas lu un canard depuis autant de temps… Le nombre d’imposteurs dans le milieu est impressionnant.
Etant donné que je marche au challenge, c’était grisant, en dépit du constat d’échec avec lequel tu sors après une expérience comme ca. Ma seule réussite, chez EMI, ca reste Anis (http://www.anis-music.com/), dix personnes aux concerts au début et 150.000 ventes l’année d’après. Entre temps je me suis fait licencié mais bon… (Il s’énerve)
Mais bon attention je ne suis pas TALIBAN hein, j’étais pas là pour faire du Frustration ou du Cheveu! J’en ai rien à foutre, AZNAVOUR C’EST MIEUX QUE LES CRAMPS BORDEL, CA S’APPELLE DU PRAGMATISME… Le rock, ca reste une musique mineure, pour le meilleur et pour le pire. Souvent pour le pire. J’en ai rien à foutre du rock’n'roll.

Tu le montes en quelle année Born Bad?

2006.

Tu choisis un nom pour ton label qui prédestine le quotidien du rock actuel: Une longue descente aux enfers…

Tu sais j’ai un parcours de rockeur de base: bricoler des bécanes, pas de meufs, les bastons, la murge, traîner avec des loosers et écouter la Souris Déglinguée…. Je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui, pour la jeunesse, LSD… Bref, à l’époque j’écoute les Skatalites dans le meilleur des cas, les Meteors, Prince Burster. Et une prédisposition très claire à avoir mauvais goût.

C’est encore le cas aujourd’hui? Tu estimes avoir encore du mauvais goût?

Jb Wizzz par Muntz #2Non, je me suis éduqué. Mais je viens de là: Le rock’n'roll bas du front, le rock middle-class à la Margerin, avec les embrouilles à deux balles. Heureusement je n’écoute plus la Souris Déglinguée à 35 ans, ce serait triste. Même si cela a été important pour moi. Je trouve juste que lorsque tu as seize ans c’est légitime d’écouter ces groupes. Ce qui me fatigue chez les BB Rockeurs ce sont leurs goûts UDF: Nick Drake, le Velvet, Dylan… Ca fait trop pitié merde. Moi je n’écoute toujours pas Bob Dylan, c’est de la musique de vieux mous. T’écoute ça quand t’es à l’article de la mort, QUAND TU RENONCES QUOI. Je trouve cette érudition suspecte en fait: un jeune homme de seize ans qui écoute ces musiques c”est impossible, c’est juste un singe savant. Pour avoir bon goût il faut avoir eu mauvais goût. Sinon tu n’es que le produit de ta classe sociale, c’est du mimétisme. C’est facile, c’est gagné d’avance. Moi à 16 ans tu me faisais écouter le Velvet je comprenais même pas. Je pensais que c’était de la musique de merde quoi. ET DYLAN QUOI!!!! NAN MAIS L’ENFER, L’HORREUR!!!!! (Rires) A l’inverse ce qui est triste c’est d’être resté collé au psychobilly, ça aussi c’est triste.

L’esthétisme de Born Bad, la qualité des pochettes, ca te vient d’où? Cela vous évite tout de même de tomber dans l’étiquette rock indé français de base qu’on croise sur tous les festivals.

Il faut le dire, je suis un esthète. Chez moi j’écoute Terry Riley, je m’intéresse à tout, Steve Reich, White Noise, Silver Apples… Mais encore une fois le bon goût je m’en méfie. Comme tout ces mecs qui te parlent de CAN. Pas de soucis, j’ai tous les disques, je peux en parler aussi. J’ai une collection de disques de malade, et mon challenge cela reste d’être le premier à me positionner sur un créneau musical, que les gens s’extasient par la découverte.

“Après j’aime bien jouer avec l’image de Born Bad, je sais qu’on possède une bande de détracteurs qui nous prennent pour des mecs simplets qui se cognent dessus, qui écoutent Gene Vincent du matin au soir en savatant des vieilles”

T’as pas idée du nombre de gens suffisants, même dans les médias, qui nous prennent de haut.

Quand on a croisé les Cavaliers ne serait-ce qu’une fois on peut comprendre ça non?

Compil IVGCompil IVGOuais mais les Cavaliers c’est de leur âge! Je préfère cent fois les Cavaliers qui font du surf en écoutant Link Wray que d’autres groupes de la scène parisienne. Tu leur proposes un concert ils te répondent que machin a un bras dans le plâtre, le soir d’après l’autre s’est battu. Ils sont constamment bourrés, baisent au minimum 20 nanas par semaine.. Voila, ça c’est drôle! Au moins ils n’ont pas l’arrogance de faire croire à des allégories à la Dorian Gray sur le miroir (Rires). A mon niveau je lutte contre le dictature de pensée, contre le journaliste médiocre qui va vouloir te faire faire que les Cavaliers c’est nul. Ouais les Cavaliers c’est de la merde, mais ton groupe c’est AUSSI de la merde. Tout le monde fait des disques anecdotiques, faut juste l’admettre. Et qu’on ne vienne pas me faire chier hein!

Tu parlais de l’esthétisme; à quel moment décides d’associer Born Bad aux visuels d’Elzo par exemple (www.elzo.be/)?

Dès le début. Je suggère aux groupes des idées de visuels, et j’aime bien l’idée de bosser avec trois/quatre artistes qui définissent un esprit d’ensemble, sans être beaux-arts chiant. On fait de l’illustration, et j’ai une vision très précise du label; sans ça, surtout en France, tu meurs très rapidement.

Ta vision, justement, quelle est-elle?

Sortir des groupes français, essentiellement. Je ne pense pas qu’on puisse parler de nationalisme, mais je suis patriote.

“J’en ai marre du complexe français, où les gens se branlent sur des groupes norvégiens qu’ils ne verront jamais.”

C’est tellement plus intéressant d’être solidaire avec des groupes français, tu peux boire des coups avec eux, etc….
Encore que cela a peu changé ces derniers temps. La dernière soirée “ghetto” à la Maroquinerie a fait sold-out avec 200 personnes qui attendaient dehors. Faut dire que je ne vois pas beaucoup le jour, j’ai du mal à avoir du recul sur toute l’agitation qui peut s’effectuer autour de Born Bad. Simplement, je sens que le regard de certains journalistes changent: D’ailleurs, maintenant, ils répondent à mes mails.

Pas peur de devenir “trop” respectable?

MAIS JE M’EN FOUS! Mon truc à moi c’est ma nana, le cinéma en argentique, la bécane, rouler en Triumph…. Je suis un vrai gars de base, et le microcosme parisien je le connais: 90% sont des nazes et en France seuls journalistes peuvent être sauvés des eaux.

Comment trouves tu les groupes avec qui tu travailles?

T’as déjà vu les Magnetix sur scène?

Euh… non.

Eh bah voila! C’est DEVASTATEUR!!!!!! Pareil pour Cheveu, Frustration pareil! Dommage que les tourneurs soient encore trop frileux. On se tape encore Mademoiselle caca et Mass Hysteria. J’ai limite plus de sympathie pour Guerilla Poubelle. La chose qui me rassure, c’est que j’ai l’un des meilleurs groupes live en France avec Frustration. En toute objectivité, en toute modestie, c’est une machine de guerre. Ils sont devenus vraiment forts. Et qu’est-ce qu’ils foutent les tourneurs hein? Ils font quoi comme boulot hein? Forcément après le sold-out à la Maroquinerie le téléphone a commencé a sonner, mais trop tard. Voilà, c’est ça ma CROISADE, prendre la place des Mademoiselle K sur les scènes pour faire comprendre qu’il y a autre chose. Mine de rien, j’avance, et j’ai pas à me plaindre. Même Yves Adrien vient à la Maroquinerie et me dit qu’il aime Born Bad, qu’il a tous les disques, qu’il y en des biens, des pas biens… voilà. Zermatti est de la même veine. Daniel Darc itou.

Tes compilations, IVG notamment, ce goût du collector, tu le travailles comment?

Cela part toujours d’un travail de maturation, j’ai quatre projets en cours, mais tout prend toujours 3/4 ans.. le temps de faire les choses bien. La prochaine ce sera la Wizzz 2. Et une autre compilation post-punk français, tout ces gens qui avec beaucoup de cynisme tente de reproduire du punk en studio, type Ca plane pour moi. Des punk novelty joués à merveille, avec du blind disco punk, toujours dans la caricature sans être potache. Je déteste le second degré. Mais je suis réellement dans une croisade anti-imposteur, du style de Bob Hazam avec son “Fais moi du couscous chéri”, tu vois, ces mecs qui sont de vrais usurpateurs! Mais musicalement, quand même, ca bastonne. C’est cela qui est amusant, la recherche, la mise en perspective.

Burgalat, ton alter-ego pop, ça te parle?

Burgalat c’est un ami que je respecte pour son travail. Lui aussi est un esthète. Un homme qui me dépasse, beaucoup plus complet que moi. Moi je défends une ligne éditoriale précise, lui sort des choses plus différentes. Et il est musicien, ce que je ne suis pas.

Sa propre croisade, contre les médias, tu la partages?

Oui totalement. Cela ne sert à rien d’être gentil avec les gens: T’avance pas. T’as pas idée des difficultés qu’on rencontre au quotidien en faisant un label. Si les journalistes faisaient leur boulot, qu’ils écoutaient des disques au lieu de jouer les divas, ce serait déjà plus simple. Un peigne-cul qui te prend de haut, ça mérite des coups de pied au cul, justement. La moindre des choses, c’est de faire ton travail, en tant que journaliste… Je veux dire…

“PUTAIN T’ES JUSTE PAYÉ A ECOUTER DES DISQUES ET DIRE SI TU LES AIMES OU PAS!”

Comment t’explique que 90% des mecs répondent même pas à tes mails? Le mec qui bosse chez Bolino, il fait ça pendant trois jours il est viré! Ces gens là sont des freins, j’en ai pas besoin. “Tiens Jean-François (ils s’appellent tous Jean-François) a parlé d’MGMT alors il faut que j’en parle”, moi ca me fait vomir. Après tu as les médias Rotary-Club qui te répondent poliment et parlent de tes sorties en se disant “occupons-nous de nos pauvres” (Rires très forts)

Le virage Internet qui inquiète tout le monde, tu le prends ou pas?

J’ai pas envie de toucher les gens qui écoutent du MP3, je les emmerde.

C’est violent quand même.

Bah ouais, c’est ridicule de se disperser à écouter des trucs avec une qualité pourrie. Tous les mecs qui te disent que le digital c’est l’avenir… moi avec tout mon catalogue sur Itunes j’ai du faire 150€… Forcément si tu es EdBanger avec Justice ca télécharge. La musique c’est autre chose que de la musique numérique, c’est une pochette, des notes de livrets….

La boutique Born Bad, tu peux m’en parler?

La boutique existait avant le label, c’était des potes, je me suis greffé. C’était pour gagner du temps, disposer d’un point de vente direct sur Paris. Moi ma distribution se fait sur trois niveaux: PIAS, le distributeur officiel, Born Bad, la boutique, et puis le mail order, avec des commandes individuelles. Alors les mecs qui viennent me chier dans la gueule, ils me font sourire, avec leurs tickets-restaurant et leurs mutuelles et leurs treizième mois. C’est pour ça que je ne suis plus tolérant. Sinon j’aurais fait comme tout le monde: Un salaire, un confort. Mais je ne regrette pas mon passage dans une grande entreprise (EMI, NDR), ca m’a fait gagner deux/trois ans pour mon propre label. Aujourd’hui tout le monde nous respecte, Born Bad est connu partout, même à l’étranger (aux States notamment). Dans l’esprit des gens je suis un gardien difficilement attaquable. Et je SAIS que dans les disques de 2008 qui vont compter il y en aura deux de Born Bad: Celui de Frustration et celui de Cheveu.

Photos par Muntz Termunch
http://www.myspace.com/bornbadrecords

9 commentaires

[...] initiales, de leurs rves et leurs mthodes de survie? LABEL BORN BAD ::: Under a bad sign ::: http://www.gonzai.com/label-born-bad-under-a-bad-sign/Il prfre sortir des disques franais, mmes moins bons, que des grosses productions trangres. Il [...]

Commentaire par AFP[rofiteurs2Hype] » Blog Archive » Des punks, des punchlines, des branchés, le Lundi 14 juillet 2008 à 12:00

Born Bad sort vraiment de bons disques, c’est indéniable.
Mais faut pas être frustré d’avoir écouté LSD à 16 ans et d’avoir mûri après, c’est un discours idiot.

Commentaire par louie louis, le Lundi 14 juillet 2008 à 15:18

Putain c’est cool. Victoire du punk par chaos!

Commentaire par matt oï, le Lundi 14 juillet 2008 à 22:29

Pour répondre à Louie louis, J’aime toujours autant LSD, c’est sans doute le groupe qui m’a le plus marqué ado, mais disons que je me sens moins concerné , moins en adéquation avec les textes de Lai Tuc…..

Sinon, je vous ai gaté, j’avais pas souvenir d’avoir dit autant de conneries….

Commentaire par Jb wizzz (Born Bad), le Lundi 14 juillet 2008 à 11:34

Mais elles sont belles ces conneries! (droit de réponse?)

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 14 juillet 2008 à 0:11

Toujours aussi fort le JiBouille !
Bravo mec…

Commentaire par SF Sorrow, le Lundi 14 juillet 2008 à 16:40

Ce qui me fatigue chez les BB Rockeurs ce sont leurs goûts UDF: Nick Drake, le Velvet, Dylan…

ahahhaha bingo.

Commentaire par steak, le Lundi 14 juillet 2008 à 10:29

JB PRESIDENT !
au fait je me suis pris un pain dans la gueule hier !

Commentaire par Pat Cavaliers, le Lundi 14 juillet 2008 à 15:58

Bravo Pat pour ta régularité, au moins on peux compter sur toi…..

Commentaire par Jb wizzz (Born Bad), le Lundi 14 juillet 2008 à 17:56

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