Je m’apprêtais à passer une nouvelle semaine de merde (sans crise mystique ni chèque d’à valoir…) quand l’incroyable vérité m’est apparue. Ça se passait au bar de l’Orange Mécanique, précisément entre le quatorzième et le quinzième Long Island…
Lundi. Aucun souvenir de cette foutue journée. J’ai beau fouillé dans ma mémoire : rien. Et mon agenda ne comporte aucun rendez-vous ce jour-là. Serait-ce possible que…
Mardi. Visionné le moyen-métrage dans lequel Sandy Lakdar tient le premier rôle. Oublié le titre du film et le nom du réalisateur, mais le coauteur du scénario est Yann Gonsalez, qui vient de terminer un film avec Marie France et Eva Ionesco. Sandy est une actrice incroyable, tout simplement cinégénique. Elle déchire tout sur un écran. Non seulement, elle porte le film à bout de bras, mais le pire, c’est que ça a l’air facile pour elle. Elle est surprenante de naturel, même si le naturel en question n’est pas elle, Sandy Lakdar, mais une pure création dramatique. Well done, miss !
thunder-expressMercredi. Il était temps d’aller écouter du rock’n’roll. Thunder Express ! Des types qui veinent de loin, du froid, du nord. Le chanteur joue aussi dans un groupe assez connu de vous, mais on s’en fout. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait avec les Thunder Express. Ces mecs sont glam, ils revendiquent un boogie graisseux comme on n’en a plus entendu depuis 1973. Ils jouent comme si l’histoire du rock s’était arrêtée vers 1975, et, après tout, qui pourrait le leur contester ? Pour finir, ils quittent la scène sur « I Can Feel The Fire », de Ron Wood. Et… comment dire, je n’ai jamais entendu personne reprendre ce titre de cette manière. Du reste, maintenant que j’y pense, je n’ai jamais entendu personne reprendre ce titre, tout court. Sans doute parce qu’il est très casse gueule à interpréter. Chez Ron Wood, tout ne tient qu’à un fil, tout repose sur un équilibre fragile. Il faut être bordélique, mais pas trop. La façon dont Thunder Express s’en tire est impressionnante. Je pense que si Ronnie avait été là, il aurait pleuré. Oui, il est comme ça, Ronnie, sentimental.
Jeudi. C’était assez drôle parce que j’avais rendez-vous avec Colin Newman de Wire, et que, finalement, je connais mieux sa peinture que ses disques. Il fallait bien que je lui avoue que j’avais dormi pendant des mois sous l’une de ses œuvres. Vous savez ce que c’est, les chambres des filles contiennent toujours un tas de trucs bizarres… Passé ce moment de sincère émotion (je garde un grand souvenir de ces nuits passées sous la toile de Colin Newman…), nous avons bossé. Une interview plutôt intéressante, menée avec Bester, que vous retrouverez quelque part au sommaire de cette édition.
A. BrownVendredi. Suis allé voir l’expo monumentale de Richard Serra au Grand Palais. Serra est américain, il a travaillé longtemps dans une aciérie et ses sculptures sont du pur heavy metal. Il construit des sortes de monolithes géants, qui ne sont pas sans évoquer ceux de « 2001 L’odyssée de l’espace ». Se promener à la nuit tombante, dans un Grand Palais désert, entre ses inquiétants géants d’acier était un moment magique.
Ensuite, il suffisait de traverser la Seine pour aller s’asseoir sur la pelouse du Champs de Mars et boire des coups pas chers. Il s’y tient chaque vendredi soir des free parties assez réjouissantes. Ou « s’y tenait », devrais-je dire ? Car je viens d’apprendre que la semaine dernière, il s’est produit un scénario à la Justice (vous avez tous vu le clip, j’imagine). Entendez : la rencontre violente de la culture suburbaine et de la jeunesse dorée parisienne. Je ne sais donc pas s’il y aura d’autres éditions. A vérifier.
Samedi. Participé à un débat sur mai 1968, à La Belleviloise. Il ne s’y est pas dit grand chose. Juste remarqué que les héros étaient fatigués et que les anti-soixante-huitards pouvaient dormir sur leurs deux oreilles : la révolution n’est pas pour demain.
Après ces oiseux débats, Arthur Brown prit la parole, à la manière d’un pyromane qui viendrait de découvrir l’existence du Zippo. Il bombarde direct un « A Hard Rain Gonna Fall », de Dylan. Son backing band est sur les dents. Arthur Brown ne leur laisse pas une seconde de répit. Ce type a 66 ans (j’ai vérifié), mais pendant deux heures il va nous donner une petite idée de ce que pouvaient être les concerts à l’UFO de Londres, en 1966. En l’écoutant, je me sui fait la réflexion qu’il était le seul type sur terre qui aurait pu prendre la relève de Jim Morrison dans les Doors. Pas un hasard si Hendrix lui avait proposé de rejoindre son Band Of Gypsies. Bien sûr, Arthur avait décliné… Vu la propension des deux hommes à allumer des feux de joie sur scène, ça valait peut-être mieux.




ETRE DIEU
Tu es Pierre, et sur toi je bâtirais mon église.
Une cathédrale que dis-je, le r’n'r hall of fame…