Il faut être un peu obsessif et totalement obstiné pour tourner « ça » : La France, un film tellement à contre-courant de tout.
Car Serge Bozon a repris le boulot là où Ray Davies l’avait laissé avec Arthur (or the decline and fall of the british empire). Autant dire que pour raconter une telle histoire, il n’y avait qu’un Davies, un Paul Weller ou un Bozon.
Il s’agit ici de déclins d’empires et de chutes de nations. Tout ce qu’on aime !
Heureusement qu’en France, on ne se drogue pas. Sans quoi, on n’hésiterait pas décrire ce film comme un long « trip ». Mais un de ceux dont on revient vivant et entier, contrairement à Apollinaire, Cendrars, Fournier, et tant d’autres. Tous ces jeunes mecs sexy, beaux comme des rock stars, tombés sur les champs de bataille – d’honneur ? -, en reprenant pour la vingt-quatrième fois la même colline, le même bosquet.
Est-ce là la seule forme d’honneur que connaisse la patrie ? N’est-il pas plus « honorable » de déserter ? De rester en vie ?
Je pense à ce type, à Drancy – désolé, je m’éloigne, mais pas tant que ça… - qui avait creusé un tunnel pour s’échapper. Il savait que le lendemain l’ouvrage serait découvert par les gardiens. Il pouvait encore fuir pendant la nuit. Mais il est resté. Par fidélité envers ses camarades : «On s’en sort tous ou pas du tout !» Imprimée, l’histoire est belle. Mais quand vous parlez à un rescapé des camps, il vous dit : «Non, même si tu n’en sauves qu’un, c’est important… Chaque vie compte !»
Considérons un objectif absurde, sur lequel un état-major borné fait charger, une fois de trop, treize jeunes mecs qui auraient tellement mieux à faire… Cela en vaut-il vraiment la peine, se demande Serge Bozon - après Stanley Kubrick ?
On en doute avec lui, et on suit cette troupe, sur ce chemin sinueux (road movie ?), qui adopte au passage un drôle de cadet androgyne dont les intentions ne sont pas des plus claires (Sylvie Testud).
Mais qu’est-ce qui est clair dans ce film ?
Déjà, le genre… A-t-on à faire à une comédie musicale ? Attention ! Je ne parle pas de ces kouglofs cinématographiques à la Parapluies de Cherbourg… Ici les comédiens se contentent de saisir de façon impromptue d’improbables instruments et d’en tirer ce qu’il faut bien nommer de la « proto-sunshine pop », millésime 1916. La musique est un peu utilisée comme dans ces films avec Alan Freed, où la narration est soulignée par un Jack In The Box nommé Little Richard ou Chuck Berry.
Sauf qu’ici, la partition du Jack In The Box a été écrite par Fugu. Ce qui n’est pas si mal, car il en résulte un décalage spatio-temporel assez stupéfiant.
Je sais pas, peut-être que je gonfle le truc, que je m’excite tout seul, mais… je ne crois pas ! Ce film m’a remué. En profondeur. Et je crois même qu’il dépasse son réalisateur, qu’il dépasse son scénariste, qu’il dépasse ses acteurs, qu’il nous dépasse tous ! Après l’avoir revu, j’ai envie de dire : voilà la France que j’aime ! Celle des déserteurs, des renégats, de ceux qui cherchent… L’Atlantide !
Ne hissons aucun drapeau, s’il vous plaît, pour une fois… Et déclarons ce film apatride. Débouchons juste quelques bouteilles de french champagne, et suivons la section fantôme de Pascal Greggory (le lieutenant) jusqu’au bout de sa nuit.
Que dire d’autre ? Il y a de super acteurs - mais c’est bien le moins -, chacun d’eux est vibrant. Et puis, il y a Guillaume Depardieu… Des gueules qui prennent la lumière comme ça, l’Histoire du cinéma n’en a pas connu beaucoup.
Courez le voir ! Ne perdez pas une seconde.
Cinéma pas mort, Mister Godard ! Mais on a tout de même eu chaud…
La France, de Serge Bozon //En salle depuis le 21 novembre
L’indispensable BO du film La France - Chansons //Disponible chez 3 Side/Discograph.
http://www.lafrance-lefilm.com/
http://www.myspace.com/lafrance_lefilm
3 commentaires
La B.O est géniale!!!
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JED
1000 fois d’accord - vive Mehdi-Fugu !




ETRE DIEU
Communiste.