92

LA CHRONIQUE A DELUXE Les cavaliers de la lumière

Bertrand, Kevin & Robert… Les trois cavaliers de l’anti apocalypse. Je me réveille avec un goût amer au fond de la gorge. Lawrence Hayward, que nous avons tant aimé (...) suite

Bertrand, Kevin & Robert… Les trois cavaliers de l’anti apocalypse.

Je me réveille avec un goût amer au fond de la gorge. Lawrence Hayward, que nous avons tant aimé dans Felt, Denim et Go Kart Mozart est devenu SDF à Londres (dixit Marco son ex-collègue). Le génial petit maître de la brit pop est dans la mouise, lui qui avait la classe naturelle et un humour pince sans rire.

Pendant ce temps les Animal collectives changent de T Shirt sales trois fois par jour.

Heureusement il y a les nouvelles productions de Bertrand Burgalat, Kevin Ayers et Robert Wyatt pour me remonter le moral.

Tricatel vient de sortir de beau 45 tours This summer night avec Robert Wyatt et Burger & fries”/ “Chunky Monkey (le parfun d’une glace Ben & Jerry forte en calories mais qui est très, très bonne) d’Allegra.

J’ai rangé les 45 T Tricatel avec celui du groupe Tu seras terriblement gentille. Un trio feminin qui m’a fait peur quand j’ai appris qu’Emilie Simon, la Björk du pauvre, était aux manettes de la production, in-fine ce n’est pas grave. Le disque est une bonne tranche de rock comme seul sait le concocter le label Born Bad et son guru le genial Jean-Baptiste Guillot.

Avec Comicopera un album qui est un grand cru Wyattien. Alfie Benge (la compagne du maestro à la barbe fleurie) est de la partie et a écrit de magnifiques textes dans cet opus. Comicopera nous dit que la vie est une blague à prendre au sérieux. Un disque conçu en trois partie, Lost in noise, The here and the now et Away with the fairies. Vous avez remarqué à quel point les mots Fairies et Theories se ressemblent (la remarque ne vient originellement pas de moi mais de Jean-Pierre Turmel lors d’une interview donnée au “industrial culture handbook” de la revue re/search.).

Avec Be serious Robert Wyatt nous explique “qu’il aimerait bien croire” à l’une des grandes religions monotheistes. Mais la gageure est trop grande pour lui. Fairy tale et religion ne riment pas mais on sent que Robert ne peux s’empêcher d’y penser. Comicopera, opera “comique” pour 2008 s’achève avec les fairies en espagnol, avec en point d’orgue Hasta Siempre comandante chanson en l’honneur du Che qui était beaucoup moins cool que ceux qui portent des T-Shirts ne le pensent et n’auraient certainement tenu trois semaines avec les guerillos Gueveriste. Mr Wyatt lui le sait, et qu’on soit d’accord avec lui ou pas, on ne peut être que frappé par la pureté de sa demarche.

Le hasard des sorties ne cesse de m’amuser puisqu’en meme temps que Comicopera de Robert Wyatt sort The Unfairground,  le nouvel opus de Kevin Ayers dont Lio & Jay Alanski (Beautiful Losers) sont des fans absolus (le savais-tu lecteur, Bananasplit est un hommage au Bananamour d’Ayers). Le critique aigri, blasé et à la tête de crapeau que je suis a eu un sourire beat à l’écoute de ce Unfairground . Les nouveaux amis de Kevin, les Ladybug transistor, sont de la partie ainsi que des grand anciens qu’on aime à retrouver tel un oncle fantasque qui nous apportait toujours des petits cadeaux. Les oncles ici ont pour nom, Phil Manzarena, Hugh Hopper, Robert Wyatt pour “veille école” et Jeff Baron, Norman Blake, Francis McDonald, Gary Olson ….

Kevin Ayers sort de tanière, en interview au Train Bleu on sentait l’homme affable mais complètement crevé. D’un air laconique il me dit qu’il comptait surtout payer les traites avec cet album. L’interview avec M. Ayers in-fine ne m’a rien apporté de concret et à plutôt démonté le mythe que je m’étais innocemment fait de l’homme- bien fait pour moi- les héros ne courent pas les rues. A la fin de la journée comme le disent nos amis anglo-saxons, c’est le disque qui compte et celui-ci est magique. En 10 titres Kevin Ayers séduit les newcomers et les vieux fans avec une musique suave et pastorale, on sent les regrets et les occasions ratées mais aussi une humanité, une sagesse de vieux barde qui regarde le monde par sa fenêtre. Né en Angleterre Kevin Ayers préfère la Malaisie et la Méditerranée, Robert Wyatt lui se projette dans une amérique du sud fantasmée, Bertrand Burgalat recrée une version moderne et non derivative du Kraut Rock tout en réinventant une italie pop. Le monde est un “unfairground”, un terrain vague pas très “sympa”, ni très “convivial”, ni très “citoyen”. Bertrand Burgalat se penche sur le temps qui passe  avec Nous étions heureux, une chanson transcendante qui met l’accent sur un axiome que l’on oublie trop souvent : c’est quand ils sont passés qu’on se rend compte des bons moments. L’herbe est toujours plus verte ailleurs, parce que l’artiste toujours à la recherche de son Rosebud, son Xanadu.

Hier dans une quelconque brocante j’ai vu un gros paquet de bobo-crados gorgés d’eux même et de leur supériorité morale. Ils se mêlaient très bien avec les crusties/teufeurs, punks en fin de parcours et populasse en une masse informe. Là, moi aussi j’ai rêvé d’ailleurs et j’avoue que les trois disques précités m’ont permis de reprendre contact avec l’humanité.

La prochaine fois je vous parlerais de la BD US Miriam, de la mort de Superman, de musiques pop indienne, de femmes Scorpion et du retour des Ravonettes. A moins que d’ici là je tombe sur un autre McGuffin (c’est à dire, selon Alfred Hitchcock, une oeuvre de reference).

Burgalat, Allegra // Tricatel

Robert Wyatt // Comicopera // Domino/Pias 

Kevin Ayers // The unfairground // Tuition/Sphinx distribution

Laisser un commentaire