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EXIL ON MAIN STREET Pit stop à Knock le Zout

Mardi 15 Mai - 8H30 Quel mal de dos. Si le périple commence de cette manière, la traversée d'Europe à moto risque d'être coton. Et voilà que je (...) suite

Mardi 15 Mai - 8H30 Quel mal de dos. Si le périple commence de cette manière, la traversée d’Europe à moto risque d’être coton. Et voilà que je me réveille emprisonné dans un lit à la parure rupestre, bien trop bordé pour pouvoir m’en échapper. Me voici ici, au bord de la mer du nord, dans un bed & breakfast taillé sur mesure pour les touristes anglais. Et voilà que j’ai droit à un putain de petit déj sucré/salé; saucisse/corn-flakes. A cette allure, mon budget de traversée va être consumé en moins de deux. De toute manière je compte sur la légendaire hospitalité russe. J’ai vu dans une émission sur M6 que ceux-ci accueillent très facilement les étrangers; ils acceptent même les Corses. Alors il n’y a aucune raison que je dorme dehors.

Mon périple avait donc commencé hier: fuite de Paris, direction la Champagne. Je ne pouvais pas quitter le pays sans aller voir une dernière fois ma terre natale. Le ronronnement de la moto et Paris défilant à toute allure, la ville balayée par le vent… Me voilà volant vers la liberté. S’éloigner du parisianisme, des métro bondés, du périphérique bondé, des bars bondés. Quitter le monde des codes et des couleurs. Je commençais à penser poutrelle de fer, travail utile, la Russie qui meure jeune contre la France qui se lève tôt. Passer sous les lignes aériennes du métro et me dire que bientôt j’allais participer à tout cela. Finis les tracas intellectuels, le noeud au cerveau culturel. Le vent fouettait mon visage, les cheveux au vent sortant de mon casque en forme de bombe. Mes yeux étaient uniquement protégés par les ray ban reflétant les lumières de la ville. Je ne regrettais qu’une chose cependant: le chat qui s’était accroché à l’écharpe. Le pauvre n’avait pas l’air d’apprécier de retourner à la nature. Il s’est barré avec, le salaud. Je suis libre!

Arrivé en Champagne et dans ses vignes florissantes. Je crois que je suis en train de choper la crève. Mais qu’importe, les vallons sont tellement beaux. Tous ces citadins ne savent pas ce qu’ils manquent, le soleil se levant, découvrant la verdure à perte de vue. Cela dit j’aurais du faire un plein sur l’autoroute. Mais quand on est assoiffé de nourriture spirituelle, on ne pense pas aux réalités terre à terre de la mécanique. Les gens sont debout de bonne heure ici. Ils sortent de leurs caravanes, à peine vêtus d’une robe de chambre, pour aller pisser en pleine nature. Les joie de la vie en plein air, même quand ça pince sec… je comprend qu’ils ne me rendent pas mon salut jovial. Il faut dire que tous ces gens sont bien occupés: ils construisent eux-même leurs propres maisons. En Champagne les terrains se cèdent pour une bouchée de pain. Et puis il n’y a tellement rien à faire, le chômage n’aidant pas; porter des placo-plâtre et faire couler des dalles de béton semble encore une occupation bien saine. Il n’y a même pas de zone commerciale où se perdre le samedi apres-midi. L’activité la plus proche? Danser le Square Dance à disneyland. Non c’était une connerie de venir ici. Et puis je n’ai fait qu’y naître après tout, ce n’est pas comme si j’y avais vécu. Repartons vers la Belgique… C’est ce que conseillait Michelin.

Saloperie de nationale. Il faut dire qu’une autoroute entre Château Thierry et Calais, ça allait être compliqué. Et tous ces putain de tracteurs, un lundi à l’aube. Tellement lents que j’ai peur de tomber de la bécane. Et puis hors de question de les doubler: entre les 35 tonnes Witz Bertz et les commerciaux alcooliques au volant de Volvo Break. Déjà des Volvo. Je hais ces bagnoles, elles puent le représentant en luminaire, l’abstinence sexuelle et les mauvaises pizzerias au bord des routes. Mais je ferais mieux de m’y habituer. Au moins j’ai le temps d’apprécier la Picardie et ces villages atypiques. Les jeunes ici sont bien plus saints qu’à Paris: ils ne subissent pas la désillusion adulte, ils n’ont jamais connu l’espoir. Dieu merci me voilà bientôt dans le Nord Pas de Calais.

Ah, les térils! Je suis projeté dans toute une ambiance “Middle Class Heroes”. Les mines, le coût de grisou, Zola, Renaud. La fierté des dogmes socialistes, la région du blues français. Bien qu’il parait que ça vote FN dans le Nord. Remarquez, j’avais senti le truc venir avec mon oncle maraîcher à Dunkerque: entre deux Jupiler, il sort toujours une blague raciste. Mais ça sent encore bon la France ici, une vision comme dans un film de Phillipe Toreton. Apparemment ça vote même énormément FN à en croire les affiches électorales. Comment ces salopards ont-il pu piétiner l’héritage de leurs grands- parents, ça me répugne. Bon, je vais pousser jusqu’à la Mer du Nord, mais uniquement une fois arrivé en zone libre: la Belgique. Ce pays m’écoeure définitivement. Et je me promets de crier un “mort aux vaches” une fois la frontière dépassée.

Un commentaire

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Commentaire par EXIL ON CLEANED STREETS - Chevauchée gonzo | Gonzaï, le Lundi 21 mai 2007 à 21:21

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