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KID CREOLE Résu-érection du paradis perdu!

Kid Creole aurait-il pu s’appeler Kid Pilaf ? Sans doute. L’homme qui fut managé par Chris Blackwell puis par Tommy Mottola était juste trop fort. Des convictions plein (...) suite

KID CREOLE Kid Creole aurait-il pu s’appeler Kid Pilaf ? Sans doute. L’homme qui fut managé par Chris Blackwell puis par Tommy Mottola était juste trop fort. Des convictions plein la tête et une passion pour le cinéma qui vous emmène au bout du monde. Car avant la révélation au grand public, Kid Creole s’appelait August Darnell et distillait des one takes à travers le monde.

Des tracks introuvables ou disséminés. Jusqu’au travail d’inventaire orchestré par Guido Minisky, qui offre à notre Kid une pétillante biographie musicale de ses premières années d’expérimentations sonores. Rencontre et chapeau bas. The August Darnell Years 1974-1983, ce n’est pas une compilation, c’est un volcan qui recrache ses cendres. Et cette fois-ci, pas question d’évacuer les populations.
KID CREOLE
Gonzaï : Il y a une quantité presque plus importante de styles musicaux sur cette dernière compilation que de titres, comment êtes-vous arrivé à jouer autant sur les genres et leurs caractéristiques ?

Kid Creole : Je ne pense pas vraiment que ça vienne de moi mais plutôt de la manière dont j’ai grandi. Grandir dans le Bronx te fait devenir une part de ces musiques. Il y avait, entre autres, beaucoup de Portoricains dans le Bronx, il y avait donc beaucoup de salsa. C’est, en quelque sorte, devenu la B.O de ma jeunesse. Mais il suffisait d’aller dans le «block» d’à côté pour écouter des mecs qui jouaient du Johnny Cash, et encore plus bas, c’était Motown.
KID CREOLE Donc quand j’ai commencé à faire de la musique, je ne voulais pas maîtriser le funk, la salsa, le reggae ou la country, mais je voulais maîtriser toutes les formes de musique qui s’offraient à moi. C’est finalement ce qui m’a réellement influencé dans la vie et c’est la raison pour laquelle ma musique est colorée. `

Gonzaï : Plus que ça encore, il est difficile finalement de parler d’une musique plus que d’une autre lorsqu’il s’agit d’évoquer votre travail.

Kid Creole : En effet, c’est finalement devenu une carte de visite cette espèce de pot-pourri. Et pourtant c’est juste tellement le Bronx ! Il y avait majoritairement deux grosses stations de radio à l’époque. L’une était plutôt rock avec beaucoup de Presley, des Rolling Stones ou de Franck Sinatra. L’autre diffusait plus de soul et de R’n B avec les four Tops, les Temptations, Al Green, James Brown, … Et quand Kid Creole est apparu, il est vrai que les gens se demandaient vraiment ce que je faisais, si c’était de la pop, du funk, du R’n B.

Gonzaï : Cet album ne nous donne pas franchement de quoi trancher sur la question !

Kid Creole : C’est certain, et j’en suis très heureux. Je pense que je n’aurais jamais été capable de réaliser ce qu’a fait Guido (DA du projet, NDR). Car c’est vraiment son travail, il est simplement devenu fan de l’univers de Kid Creole et puis il a associé différents styles émanant de notre répertoire. C’est tellement obscur …Et tellement coloré, c’est juste une musique pour le plaisir. Et je range plus ces types de sons dans les origines même de la musique pop comme elle l’était à l’origine, vraiment populaire, et puis ça a changé et les gens ne voulaient plus admettre qu’ils aimaient cette musique. Cela représente juste mon amour pour la musique caribéenne, pour le funk et les guitares des JB’s et tellement d’autres choses.

Gonzaï : L’explication de votre succès ne tourne-t-elle pas essentiellement autour de l’exotisme sur lequel vous surfez ?

Kid Creole : En fait, c’est avant tout un amour pour l’exotisme qui a découlé d’une réelle passion pour le cinéma. C’est par là que j’ai découvert les paradis perdus et que j’ai commencé à être fasciné par les tropiques, le pacifique sud et finalement tous les attributs de l’exotisme mis en avant par Hollywood. Naturellement, tout ceci est devenu une part importante de ma musique, ce côté sauvage, et puis il y a surtout tout ce que vous pouvez croiser et rencontrer dans votre vie qui prend une part importante dans vos créations.

Gonzaï : Il y a aussi Cab Calloway me semble-t-il à l’origine de votre inspiration stylistique ?

Kid Creole : Oui, j’étais gamin et je l’ai vu avec mon père dans un film des années 30 qui s’appelait Stormy weather, dans lequel on le voit débarquer dans un magnifique zoot suit ( Costume très large souvent porté par des hispaniques, NDR) avec un énorme chapeau et des chaussures bicolores. Quand j’ai grandi, j’ai voulu ressembler à ça, entre autres aussi parce que j’adorais les comics. Je voulais ressembler à toutes ces vieilles stars qui étaient devenues mes idoles. Il faut dire qu’à l’époque le cinéma était un véritable échappatoire pour moi, je n’étais plus dans le Bronx à ce moment-là, j’étais à Paris, à Casablanca, super loin d’ici, là où les gens ont l’air différents mais surtout cools et élégants. Je peux même te dire que je suis souvent tombé amoureux, la première fut Ingrid Bergman.

Gonzaï : Des gens très impliqués comme Bono ou Springsteen ont fait bien des choses qui n’apportent rien au quotidien alors que, l’air de rien, des morceaux comme Don’t take my coconuts nous envoient directement sous les tropiques et permettent d’échapper aux soucis du quotidien.

Kid Creole : Tout à fait, le but était comme au cinéma de permettre à chacun de s’évader. Chaque effet, chaque son a une certaine capacité à vous emmener à tel ou tel endroit et finalement à se détendre, à relativiser.

Gonzaï : Et près de trente ans plus tard, les morceaux de Kid Creole sonnent toujours comme s’ils sortaient du four. Quel est le secret de la recette ?

Kid Creole : Je pense que nos morceaux paraissaient tellement étranges à l’époque où on les a sortis qu’il fallait du temps aux gens pour s’habituer peut-être ou simplement qu’ils deviennent compréhensibles. Un peu comme du bon vin, il a fallu les laisser se reposer quelque temps.

Gonzaï : Vous avez eu une influence énorme sur les années 80. Mais au sein de la cour de cet autre Kid de Minneapolis, Prince Roger Nelson, des gens comme Morris étaient totalement kids créolisé.

Kid Creole : Certains disaient que Lou Bega était très kid créolisé et j’ai trouvé cela vraiment flatteur d’avoir pu autant influencer, moi aussi. De la même manière, on aime tous le côté aventureux du cinéma et l’atmosphère qui entoure le voyage. Le voyage qui n’est pas physique bien évidemment mais mental, et ce voyage que vous faites est un bon indicateur de la qualité du film, de la musique ou du livre auquel vous vous intéressez.

Gonzaï : Vous faites de la musique nomade donc ?

Kid Creole : C’est vrai, j’étais fait pour voyager. À travers le cinéma bien sûr, ma première femme venait de Suisse, mon premier voyage en Europe s’est fait à l’aube de mes trente ans. J’ai toujours voulu voyager, découvrir. Je n’étais qu’un Américain né dans le Bronx et puis j’ai découvert l’Europe et son mode de vie, et puis l’amour. Bref, lorsque j’ai vu des endroits comme les Alpes, j’ai juste eu envie de pleurer à l’idée que ces endroits existent vraiment. Et puis, il y a eu toutes les tournées mais pour moi le plus merveilleux dans l’histoire de Kid Creole & the Coconuts, ce sont bel et bien les voyages.

Gonzaï : Parlons un peu business aussi, et notamment de ce qui s’est passé entre Fresh fruit et Tropical gangster.

Kid Creole : Ce qu’il faut savoir c’est qu’on avait eu beaucoup de temps pour enregistrer Fresh fruit alors que pour Tropical Gangster la maison de disque est venue me voir en me disant que j’avais eu une grosse avance et qu’il leur fallait vraiment un hit. Cela m’a mis beaucoup de pression. J’ai d’ailleurs commencé à devenir dépressif quand j’ai réalisé à quel point ils avaient investi dans cet album. Il a donc fallu faire un compromis pour que nous puissions avancer avec la compagnie. Mais l’Amérique a une société particulièrement raciste et estime que des artistes «ethniques» doivent faire de la dance. Alors que mes albums étaient trop expérimentaux, trop conceptuels. Finalement, on a fait ce qu’on nous demandait : du funk quand il en fallait, de la salsa quand il en fallait, puis Tropical gangster s’est réalisé comme une grosse blague qui m’est revenue dans la gueule avec le temps puisque cet album est mon plus gros succès et j’ai forcément dû jouer ces morceaux un nombre incalculable de fois, j’ai d’ailleurs commencé à les apprécier. Mais je dis toujours maintenant : « fais attention à ce que tu fais parce que tu risques d’y arriver ».

Gonzaï : Les Américains ont-ils compris que Survival, qui chante la gloire du rock’n roll, ait été écrite par Kid Creole ?

Kid Creole : Ce qu’ils n’ont pas compris c’est le rythme de salsa qui allait avec. C’est Coati Mundi qui s’était pointé avec ce rythme de folie. Il faut savoir qu’il y avait beaucoup de salsa à l’époque sur les radios généralistes et finalement je pense qu’on peut dire que nous avons baisé le système en faisant véritablement ce dont on avait envie, ce qui n’était pas facile aux USA. Mais c’est aussi là où le travail de Guido est admirable, car les associations qui sont faites sont presque ridicules et c’en devient merveilleux d’associer de telles idées. On est complètement à l’opposé du mainstrean sur cette compilation et chaque morceau offre une perspective radicalement différente sur le monde.

Gonzaï : Vous êtes peut-être le champion toute catégorie du concept album, pouvez-vous nous parler de Mimi et de King Nignate ?

Kid Creole : Mimi était le concept original de l’album Fresh fruit où Kid Creole recherche Mimi. Mimi correspond au moi et au surmoi, à ce qu’il y a à l’intérieur de nous, ce que nous sommes vraiment, qui nous sommes vraiment. Le plus grand compliment qu’on m’ait fait à propos de ma musique a été de comparer Fresh fruit à Sergent Pepper. King Nignate était lié à un autre concept qui m’a permis de mettre en lumière les mauvaises habitudes établies dans la conscience collective qui tendait à admettre qu’un artiste devait faire telle ou telle musique. De la même façon qu’on appelle aujourd’hui Obama l’homme noir alors qu’on ne qualifie pas Cilton de femme blanche. Aux USA, ce qu’on oublie c’est que cette nation a été fondée par des terroristes blancs qui ont attaqué et volé cette terre aux Indiens. King Nignate est le personnage qui dicte aux Noirs ce qu’ils doivent faire.

Gonzaï : Vous lorgnez sur une tournée depuis un petit moment déjà, qu’est-ce qui s’annonce exactement ?

Kid Creole : Des petits boulots, par-ci par-là. Je suis un peu effrayé à l’idée de faire une grosse tournée comme on faisait à l’époque mais j’aimerais beaucoup que ma musique traverse les générations, c’est pourquoi je préfèrerais faire plusieurs petites tournées. Pour le reste, je travaille depuis deux ans maintenant sur un projet en deux parties pour le cinéma qui pourrait être une comédie musicale. J’espère finir d’ici décembre et commencer à démarcher des producteurs.

Gonzaï : Pour finir, pourquoi vos Coconuts, si jolies soient-elles, avaient du poil sous les bras ? Pour éviter les émeutes à chaque fin de concert ? Ou était-ce simplement lié à l’époque ?

Kid Creole : C’était dans l’air du temps. C’était une manière de rire de notre époque, des années 80 car c’est juste la nature alors qu’aux USA c’était considéré comme vraiment dégueulasse. Bref, des idées reçues, toujours des idées reçues. En tout cas, nous, on s’est bien marrés.

http://www.myspace.com/therealkidcreoleandthecoconuts

4 commentaires

ça c’est de l’itw ! Kid Creole je connaissais pas du tout, je vais aller écouter (c’est la deuxième fois que je dis ça ce soir, suis-je manipulable, docile, ou les gonzai boy décidément trop fort ? aha !)

Commentaire par sylvain, le Lundi 12 mai 2008 à 0:41

Je voudrais juste remercier dans l’ordre : ma femme Pénélope, Muntz Termunch pour ses questions pertinentes que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaïtre et bien sûr mon bien aimé Bester, pour ses conseils, sa patience et sa confiance… Merci papa

Commentaire par doud, le Lundi 12 mai 2008 à 1:39

Oui, c vrai, ça donne envie d’écouter le bonhomme!
Très bonne chute! ;-)

Laure

PS/ book photo en construction

Commentaire par Bigourd, le Lundi 12 mai 2008 à 22:51

merci les mecs!

amour éternel,

Commentaire par guido, le Lundi 12 mai 2008 à 17:28

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