A l’occasion du Videodanse (120 projections de films de danse contemporaine, du du 11 avril au 7 mai au Centre Pompidou), et puisque la culture est une vieille putain qui mange à tous les râteliers, nous rencontrons cette semaine Kermotreff, cette belle inconnue connue des cercles parisiens, couche avec toutes les cultures avant d’en recracher l’essence dans ses propres créations : Danseuse, chorégraphe, script, amoureuse transie de Ponihoax, initiatrice du Collectif Larsen, habilleuse pour Mocky….. Rock & Roll le Mocky ? Kermotreff l’est aussi.
Kermotreff, tu es ce qu’on peut appeler une hyperactive ; danseuse, chorégraphe… Tu fais quoi en vrai ?
Souvent les gens me demandent exactement ce que je fais.. Il n’arrive pas à me caser dans une rubrique.. Même Bruno Solo dont je suis très proche, et qui était sur le premier film de Mocky, me demandait encore la semaine dernière comment je faisais, en marge de mon fil conducteur qui est la danse, pour me lancer dans autant de choses. Moi j’ai commencé avec le piano, puis la danse, en tombant très jeune dans le rock. Et le clip vidéo m’a rapidement passionné. Voila pourquoi j’ai fait de la danse contemporaine, car la partie création y est très importante, plus que dans le classique. Avec le contemporain, c’était la possibilité d’aborder la chorégraphie, en modulant ses interprétations. Puis le Conservatoire National Supérieur à Paris, à fond dans la musique, les concerts, notamment avec mon ami Jean-Vic Chapus.
Puis je suis retombé par hasard sur un ami qui travaillait avec Jean Pierre Mocky. De fil en aiguille, je lui ai demandé à faire de la figuration, mon ami me précisant que personne n’était payé sur les tournages de Mocky ! Enfin pas les figurants.. De là je rencontre Mocky qui me propose direct de travailler en tant qu’ habilleuse, je fais une scène dans le film, je rencontre Michel Serrault pour le film Le bénévole, puis Mocky m’a rappelé par la suite pour travailler sur le script du Deal (Sorti en salle voila un mois, NDLR). Bref, j’ai un peu fait tout et n’importe quoi, par différents biais, c’est une suite d’accidents heureux. Quand tu es script tu dois faire attention aux textes, au rapport à l’image, c’est très intéressant.
La je sors d’un troisième film, avec une chorégraphie pour une comédienne, quatre films pour France 2 pour l’hiver 2008, qui tourne autour de l’opéra. En parallèle de tout cela, je travaille au conservatoire de St Maure des fosses. Voila, c’est à peu près tout en quelques mots (Rires)
C’est assez impressionnant.
Oui mais cela va bien avec ma démarche du début, qui est de faire du clip vidéo. Je faisais déjà de la mise en scène avec Rigolus, donc tout se lie naturellement.
Donc je suppose qu’un clip comme celui de Daft Punk, Around the World, doit être un clip pilier pour toi non ?
Oui totalement. Il a fait parti de mes clips fétiches, avec aussi TV is my radar de Blur par exemple. C’est le clip indépendant qui m’a toujours plu, c’est une bonne démarche pour mixer le monde du cinéma et de la musique.
Et donc je suppose qu’il y a des artistes avec qui tu as envie de travailler…
Oui évidemment (Rires). Ponihoax pour commencer, car je les connais bien. Nous étions au Conservatoire Supérieur ensemble, ils ont plein de groupes à coté, dont Rigolus avec qui je vais surement travailler. Quelques membres de Ponihoax viennent du jazz, j’adore leur travail et leur approche. Ils sont totalement fous, très rock dans l’attitude alors que fondamentalement ils viennent du jazz. Il y a un décalage qui est très intéressant.
A partir du moment ou j’accroche musicalement, tout est possible. Des qu’un groupe a une esthétique marquée, je suis partante, surtout si les groupes se démarquent un peu du mouvement. J’ai failli bosser avec Feist avant son premier album, car elle connaissait Rigolus. Elle m’avait alors proposé de faire son deuxième clip. Rendez-vous chez la maison de disque, puis cela ne s’est pas fait pour de sombres raisons, le réalisateur m’annonce que finalement il n’y a pas de danseurs dans le clip… Finalement elle a tourné le clip en région parisienne, cela ne lui a pas du tout plu, et elle a finalement tout refait au Canada avec Buck 65… Bon voila.
J’ai failli également travailler avec Katerine, qui voulait absolument que je fasse partie de son spectacle autour de son dernier album, mise en scène par Mathilde Monnier. Problème de timing et d’effectifs, cela ne s’est pas fait. Ce sont deux rencontres intéressantes qui n’ont pas abouti, mais bon tant pis ! Et à coté de cela, il y a des rencontres concrètes comme Mocky ou Bruno Solo où les projets avancent et donnent des résultats intéressants.
T’as quel âge sans indiscrétion ?
24 ans.
Ca change des jeunes qui ont le cul rivé devant la Star Ac’…
J’ai eu la chance d’avoir un père maitrisant bien l’orientation professionnelle, qui m’a toujours bien conseillé en me disant que j’avais autant mes chances de trouver un travail dans le milieu artistique que dans un autre secteur. Il suffit d’être bien orienté !
Le collectif Larsen, c’est quoi exactement, la vidéo est dispo sur ton myspace, avec cette mire placée en fond…Tu peux en dire plus ? Collectif Larsen, c’est assez sexy comme concept !
Sexy oui ! (Rires). Je suis assez amoureuse de la mire à la Tv, je passais des heures devant, à m’imaginer un monde, à fantasmer dessus, en imaginant que chaque étage de couleur correspondait à un étage de la Maison de la radio, avec des étages, des escaliers.… Bref. Le collectif Larsen a été crée avec mes deux meilleures amies qui étaient au conservatoire avec moi, cela faisait longtemps que j’y pensait, et la rencontre avec Mocky a été le déclencheur. L’idée était assez simple : Tu rentres dans ta chambre, tu es adolescente, tu allumes la TV, et la mire reste à l’écran. La rock & roll station arrive (la radio rock typique quand tu es ado, radio en fond sonore sans l’image car la mire reste présente à l’écran. D’autres gens arrivent dans la pièce, avec leurs différences, tous ces gens zappent sur la radio avec un générique à la fin, qu’on ne voit pas dans la video teaser. C’est un travail sur le zapping, avec les relations à l’autre, tous confinés dans une pièce. Le fait de mettre des gens dans une pièce crée déjà en soi un mouvement. C’est un peu l’idée du D.I.Y.
Il s’est déjà joué ce spectacle, en live ?
Il s’est joué l’année dernière avec la mairie de Paris. On l’a fait au Theatre de Saint Maur Des Fossés, qui est un théâtre énorme de 700 places au mois de janvier, et là on est en plein démarchage pour le jouer dans des festivals. Comme à Aix les Bains avec un festival numérique. Sauf que la, Bruno Solo a vu l’intégralité du spectacle qui fait en vrai 50 minutes, et m’a demandé pourquoi je n’essayais pas de le vendre tel quel. Il y a également une camera embarquée sur la guitare du musicien qui joue dans le spectacle. Et l’idée de Solo est bonne. Car les conditions de live sont plus dures que pour un concert, ce n’est pas comme ramener sa guitare au Triptyque. On a placé la barre super haut en fait, car jouer ce spectacle à notre âge nécessite des moyens qu’on n’a pas encore à notre âge.
La on part sur l’idée de réalisations de clips vidéos, avec des séquences de danse dedans, en investissant des lieux.
Le Monde a récemment proposé un article sur les concerts sauvages, l’investissement de lieux improbables, des appartements pour donner des concerts… Investir la rue ca t’intéresse ?
Oui comme les Hushpuppies par exemple…. Oui pourquoi pas. Plein de choses sont possibles en fait. Tout est possible avec le collectif, je dis bien collectif car c’est un projet ouvert qui s’adapte en fonction des idées et réalisations. Je suis à la base de ce collectif, mais c’est un ensemble de personnes qui travaille avec moi. C’est une réunion autour d’un projet collectif, avec chacun notre vie artistique à coté.
Bon et entre nous, Mocky, il est comment en dehors des plateaux de télé, où j’ai l’impression qu’il joue un rôle en fait, celui qui est obligé de vendre ses films de manière médiatique ?
Il a vraiment un coté grande gueule, personnellement il m’impressionne. Il aime bien s’entouré de jeunes, peu de personnes aiment tourné avec lui car financièrement pas intéressant. Mais il est super populaire, je l’ai vu aller sur le Marché de Montreuil et serré les mains de tout le monde. Il est totalement lui-même, sympathique et simple. Il se lave s’il a envie de se laver, gueule quand il a envie de gueuler… En tournage, il est vraiment à quatre pattes par terre à regarder le combo en criant « Mais qu’est ce que c’est que ce bordel !!! ».
L’autre fois lorsque j’ai été voir son film, Le Deal, au Braddy, ( Sa salle de cinéma, NDLR), il n’y avait que deux personnes dans la salle… C’est un autre monde, mais il est impressionnant par sa maitrise, il gère tout mentalement, du nombre de personnes qui voit ses films au nombre de personnes dont il a besoin pour la réa’…. Je pense que cela est du à son expérience du cinéma. Il vit totalement pour son art et je pense qu’il mourra avec. Là je crois qu’il travaille sur un projet d’écrits d’Hitchcock jamais tournés. Très intéressant ! Mais il faut voir le Braddy avant qu’il ne ferme ! Cette salle est un spectacle hallucinant, une sorte de Factory avec un cinéma indépendant……
http://www.myspace.com/motreff
Le clip d’Around the World des Daft
Le clip de Music is my radar de Blur




ETRE DIEU
[...] L’interview de Kermotreff [...]