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KENNETH ANGER Scorpio rising

"Scorpio Rising et un miroir de mort tendu à la culture américaine...Thanatos de chrome, de cuir noir et de jeans serrés." Kenneth Anger Ce film tout en génuflexion satanique de (...) suite

“Scorpio Rising et un miroir de mort tendu à la culture américaine…Thanatos de chrome, de cuir noir et de jeans serrés.”
Kenneth Anger

Ce film tout en génuflexion satanique de biker cocaïnomane restera  l’œuvre la plus aboutie de Kenneth Anger qui toute sa vie fera défiler les préceptes d’Alister Crowley dans un cinéma sans concessions.

Tout le caractère de beauté du dandy réside dans l’inébranlable résolution de ne pas être ému ; c’est bien cela qui défile sur la pellicule : l’élégance du chaos d’un Vince Taylor narcissique, la tension sexuelle du bourreau.

Chef d’œuvre fétichiste et sataniste d’une génération perdue, d’icône motorisée ou se mêle les désirs de sexe, d’angoisse, de destruction, de délinquance, de frustration, de mort et de violence.

Impression bacchanale cinématographique. Le tout  filmé tel un rite antique.

Plan quasi fixe sur un jeune homme qui se prépare, enfile un gant comme si sa vie en dépendait, choisit une bague tête de mort comme si il peignait une vanité.

Un soupçon de coke pour la route on enfourne sa bécane et on roule, roule. Des image du Christ se confondent avec celle du Brando de “The wild one” le tout relevé par un tube Motown mélangé à des bruits de pot d’échappement…

Anger crée une atmosphère ironique en apposant les tubes du top 50 d’alors sur ces images de mort pleines d’imagerie nazi homosexuellement décadente. Images lucifériennes de bikers défilant sur “standards” pop. Bobby vinton gueule et gueule encore qu’elle porte du velours bleu.

Les Shangri-las le crient haut et fort : “He’s a rebel”. Pendant ce temps, là sur l’écran, les bottes du jeune motard claquent sur l’asphalte, le pied un peu en-dedans, comme ces adolescents électriques que décrivait Schuhl. Les mâchoires se crispent.

Une fête dans un garage.”I see the light, I see the party light”.

Des hommes entre eux boivent de l’alcool. Beaucoup conduisent leur engin de mort à une vitesse folle.

Puis c’est la course finale transposée à des images d’un diable de cuir noir. On pense a James Dean, sa Porsche, ce qui doit arriver arrive. Francoise Dorléac en Jeanne d’Arc moderne, la mort s’est fait attendre. Elle est enfin là. Sublimée,elle n’a jamais été aussi belle qu’ici.

Quoi de plus parfait que l’image d’un top model dans l’amas de tôles d’une voiture accidentée?

Kenneth Anger a toujours préféré la solitude au succès facile.
Cinéaste intransigeant, inépuisable, il refusera tout sa vie de céder au récit linéaire, cher au cinéma.

Godard disait que que la marge était une place de choix car elle annonçait la page. La page qui accompagnait la marge où se trouvait Kenneth est encore vierge et ce n’est pas demain que quelqu’un arrivera a remplir cet espace laissé vide par le maître.

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