Modernité 2008: des jeunes de 20 ans se foutent complètement des conseils de leur aînés.”Ne faites pas de presse écrite, elle crève” disent les plus vieux. Réponse des twenty something : “faire des magazines gratuits, pour eux et par eux”. Logique. Aussi terre à terre qu’un pavé à la face, mais dans une version plus friquée.
Keith Magazine et Spring sont des espèces de cailloux jetés dans la mare aux préjugés, juste pour montrer à quel point cette génération peut être entêtée. Deux rédacteurs en chef donc, Basile de Bure qui du haut de ses 19 ans dirige le culturel Keith, et de l’autre, Charles de Consigny, 18 ans, imprimant son manifeste/mode Spring. Deux regards comme un mauvais strabisme visant la même cible: le futur.
Commençons par le début : quelle est la volonté éditoriale originelle de vos magazines?
Keith VS Spring par Virgile BichyBasile (Keith Magazine) : Keith est un gratuit culturel bimestriel tiré à 10 000 exemplaires et distribué à Paris dans 120 points de distribution. Avant de lancer Keith, je lisais pas mal de presse culturelle comme Technikart et les Inrocks, puis des choses plus pointues comme Vice ou Spray. Ce qui me dérangeait dans tous ces magazines, c’était cette espèce de prétention, un peu trentenaire bobo qui se la pète. Donc ça m’intéressait de faire un vrai magazine fait par des jeunes pour des jeunes. Parce que je partais du principe que cela n’existait pas. Le faire gratuit, ça part de deux volontés; contrer la crise de la presse où les gratuits arrivent à peu près à s’en sortir, puis aussi le contact avec ma cible. Etre distribué dans des lieux où je serais en contact direct avec elle.
Après, l’identité du magazine, ce n’est pas quelque chose qui est arrêté au premier numéro. Ca se façonne au fur et à mesure. C’est ça qui est fascinant : voir la ligne éditoriale s’affiner et devenir de plus en plus précise. Parce que mon but à la base, c’était de me faire plaisir. Mon parti pris, c’était de dire que si ce magazine ne me plaisait pas, il ne marcherait pas. Il faut réfléchir en fonction de cela. On aborde la culture de manière à être prescripteur, devancer les autres, et enlever le côté prétentieux. Ne pas avoir le complexe Inrocks où ils se sentent obligés de trouver des chefs d’œuvre tout le temps. Rester humble et être curieux. On veut découvrir des choses et les faire découvrir.
“On n’a pas la prétention d’apprendre des choses aux gens. Ce dont on parle, je le découvre en même temps que le lecteur”.
Charles (Spring magazine) : On a pas mal de points communs. Spring c’est aussi un magazine fait par des 18/25 ans. Même si on a des collaborations avec des photographes ou des producteurs qui sont en place. C’est un mélange d’étudiants et de professionnels du secteur genre Sonia Sieff ou Benjamin Caradec pour les photographes, et des rédactrices de Jalouse ou Citizen K. Mais il y a plus de jeunes que de confirmés. Sur le dernier numéro, j’ai fait bosser des jeunes de 19 ans qui n’avaient jamais fait de mode et qui s’en sont très bien sortis.
On est diffusés à 50 000 exemplaires, des sorties tous les trois mois dans Paris centre et Ouest. La ligne éditoriale est beaucoup plus mode et moins culturelle. Nos pages culture sont moins importantes à nos yeux, on suit plus l’actualité. La ligne est impertinente, insolente, parfois foutage de gueule, mais pas complètement. On donne la parole aux jeunes avec une nouvelle rubrique où il y a carte blanche à des jeunes rédacteurs. Après, on ne parle que de choses chères, les pages mode sont faites avec des marques de luxe et nos rédacteurs viennent des milieux friqués parisiens.
Au vu de notre génération, quel est votre regard sur la presse kiosque actuelle ?
Charles : Pour notre génération il y a pas grand-chose. Il y a Jalouse pour les filles et des choses comme Inrocks ou Technikart pour les mecs. Après, les jeunes, et c’est pour cela que l’on est gratuit, ne vont pas dans les kiosques. Il y a très peu de jeunes qui achètent des quotidiens… Surtout une cible friquée qui est plutôt fainéante et qui attend tout sur un plateau d’argent. C’est pour cela que l’on distribue gratuitement là où elle va prendre ses cafés, sort en boîte, va acheter ses fringues…
Basile : Ce qui est intéressent, c’est que les gens qui trouvent le magazine l’associent aux lieux où ils le trouvent.
Le choix du papier, c’est assez étonnant pour la génération Internet !
Charles : Sur Internet les gens s’en foutent de ton site. Ils font une recherche dans Google, et si ton site répond à leurs questions, ils vont y aller… Et puis c’est tout. Ils vont pas voyager dans ton site comme ils voyagent dans un magazine.
KeithBasile : C’est pour cela que lorsqu’on a décidé de faire un magazine, on voulait en faire un de très grande qualité. Pour moi la presse, c’est papier.
Charles : C’est comme un livre : c’est mieux pour les photos, pour lire. Tu ne peux pas lire tout un texte sur Internet. Faire du papier aujourd’hui c’est du luxe. Je trouve cela plus cheap Internet.
Basile : C’est tout de même génial : on parle tout le temps de la crise de la presse écrite, que l’on est la génération Internet… Et voilà, notre génération a encore un lien avec le papier. On voulait que ce soit un bel objet.
Vous représentez tous deux les penchants de notre génération : d’un côté, des gens cultivés tournés vers le passé pour construire de la nouveauté ; et de l’autre, des gens incultes et fiers de l’être qui font table rase de tout. Caractère qui transparaît dans vos baseline : « Who Is Keith », titre à référence, et « Nous Sommes l’avenir, Tant pis » pour Spring.
Charles : Il y a un parti pris effectivement…C’est vrai quand tu regardes les jeunes aujourd’hui qui ont du blé ils sont quand même assez perdus, assez atteints par la drogue, assez No Futur tout de même.
Enfin, depuis Bret Easton Ellis, ça a pas l’air d’être un truc vraiment étonnant.
Charles : Oui, mais ça continue comme cela et j’ai l’impression que ça empire. Y’a pas une soirée où je vais où tu as pas 2/3 de la salle qui est défoncée à la coke. Les gens en ont plus rien à foutre de rien, ils sont pétés de thunes et ont tendance à mépriser le passé et tout ce qui s’est fait de bien ces 50 dernières années. C’est pour cela que je dis « Nous sommes l’avenir et Tant pis » parce que de toute manière vous ne pourrez pas passer à côté de nous, c’est nous qui allons construire la suite. Malheureusement pour vous, on est un peu des blaireaux et un peu méprisant de tout ce qui s’est fait de bien avant.
Basile : C’est vrai que dans notre génération il y a deux groupes. Nous on ne regarde pas vraiment vers le passé. Dans ce Keith, il y a Keith Richards et Keith Haring … Bien sûr on s’inspire du passé, mais on regarde quand même vers l’avenir. On a une culture Keith. Aujourd’hui, la grande mode, c’est le Rock. Moi ça me plaît beaucoup.
“Mais ce qui manque à notre génération, c’est d’avoir accompagné la naissance d’une culture.”
keith-couvCharles : On a quand même l’électro.
Basile : C’est pas pareil. Il y a toujours ce retour en arrière vachement connoté et sans nouveautés.
Charles : C’est pas nouveau mais on a tout de même imposé des DJ reconnus internationalement. Il y a une culture française avec l’Electro…
Basile : Tout cela manque tout de même un peu d’âme.
Charles : C’est un mouvement musical qui va avec un style vestimentaire, un culte de la défonce et du paradis artificiel. Et un rejet de la société. Peut-être que l’on se rendra compte à posterori des choses qui se passent.
Il est étonnant d’observer que Keith qui a une culture Hip Hop/ Rock, est une tonalité moins mauvaise fois et parti pris que Spring qui a la culture du Luxe.
Basile : Je ne voulais rien m’imposer. Ne pas rentrer dans les idées reçues du type « la culture rock doit être irrévérencieuse ».
Charles : C’est un truc qui vient tout seul. Tu écris pas un truc en te disant que tu vas être provoc’. Tu l’écris et voilà, tu l’as été. Y’as pas un seul magazine qui s’enferme dans une façon d’écrire.Tu regardes, les mecs de Technikart, ça sort tout seul. D’eux-mêmes, ils vont tout critiquer.
Basile : Et puis ils ont un côté énervant. Il faut qu’ils découvrent des choses. Quand les groupes qu’ils approchent deviennent connus, ils disent que c’est de la merde. Moi je m’en fous, je parle de ce que j’aime.
Charles : Ils vivent un peu en autarcie dans leur rédaction. Un peu paumés. Ils ont beaucoup de mal à redevenir ce qu’ils étaient. C’est l’espèce d’esprit qui a donné l’esprit Canal +: se croire plus cultivé que tout le monde, plus drôle, plus branché. Au final ce sont des mecs qui s’enferment dans des poncifs pas possibles, qui sont super politiquement corrects, qui ne réfléchissent pas suffisamment.
Le Point a dit de Keith « Ne cherchez plus les petits Bizot… Ils sont là ». Ca vous aurait fait plaisir à Spring un compliment de la sorte?
SpringCharles : Ils nous l’on fait dans le Nouvel Obs. Une page pleine : Charles Consigny l’insolent. Et Technikart nous a descendu par ailleurs. Ils nous a descendu sur trois colonnes, le tout pour m’appeler 3 semaines plus tard pour que j’écrive pour eux. Complètement schizo.
***
L’interview continue, passe au crible Baby Rockeur, génération laissée pour compte de la presse, foutage de gueule. Est-il question de vision ? Non, sinon de gens qui ont l’envie. L’époque n’est elle pas à l’angoisse depuis les années 80 ? Avec quoi bassine-t-on ses enfants dès qu’ils sont en âge de baragouiner PAPA MAMAN? Puis les décourager, les prévenir des dangers du chômage, sida, l’écologie…
À une époque où mourir est un mot bipé sur TF1. Rien de plus normal que la prise de risque maximale. La bravoure inscrite dans l’encre et le papier.
Charles de Consigny parle de la rédaction de Jalouse
Keith et Spring sortent leurs nouveaux numéros au mois de juin.
Photos Virgile Biechy: http://www.virgile.book.fr/
http://www.whoiskeith.com/
http://www.spring-paris.com/
16 commentaires
Belle itw. Intéressante et tout. Mais diantre Johnny tes fautes d’orthographes sont HALLUCINANTES, MONUMENTALES, HORRIBLES !!! Que fait la SR chez Gonzai ???
Chouette et intéressante interview oui, même si je suis pas du tout d’accord sur la question moderniste et des “gens cultivés qui se tournent vers le passé pour construire de la nouveauté” —Renaissance 2.0, wtf ? C’est l’antithèse parfaite à toutes les définition de la modernité qu’on pourra jamais avancer, et, pour coller bêtement au sens, le vrai nihilisme serait clairement plus ici que dans la table rase, inculte fusse-t-elle.
Contre-point sur ce thème la semaine prochaine dans une chronique à l’heure qu’il est à moitié bouclée, si ça vous va.
Charles de Consigny l’insolent qui ose, en pleine crise économique et en chute vertigineuse du pouvoir d’achat faire un magazine axé sur le luxe et l’argent le tout pour dire que l’argent ça rend les jeunes débiles et que heureusement LUI est la pour les sortir de cette impasse immense avec son magazine fait par des “friqués” pour des “friqués”. Les grecs avaient Ariane et son fil, nous avons Charles et son rail de cocaïne.
Au delà du jeunisme, tout média, journal, histoire qui débute à besoin d’un positionnement. Actuel, les Inrocks, Technikart, tous ont craché sur les vieux, avant d’en devenir d’autres. Encore pire. Le postulat de base tient sur un fil (de string Guccià: Impertinence, table rase, élitisme. En soi pas un mauvais concept. Le problème, comme pour tout média, c’est que la déclaration d’intention doit se tenir sur la longueur. Le plus usant finalement, ce ne sont pas les valeurs, mais la force avec laquelle on s’y accroche. POur le reste, je demande à voir. A lire.
a la question” est ce qu’il faut être inteligent pour continuellement devoir se tourner du coté du passé” je répondrai plus tard, j’aime le style d’ortographe de jonhy, pour l’heure et c’est déja pas mal.
Pan dans les dents…
Il n’ya pas de commentaire au sujet de kavinsky et c’est bien normal car il se fait tard.
neon neon neon poney poney neon poney poney poney on s’y perd avec tous ces jeunes nouveaux dans le circuit!
On a beaucoup de difficulté à se retrouver dans ce nouveau site web, ou se trouve la page menu?
Je ne félicite pas le webmaster.
ceci étant “Le rock progressif a cela de vrai c’est qu’il ne fait pas d’a coup” C’est pas moi qui le dis c’est patrice eudeline lui même, donc vos gueules avec vos histoires de thome york.
Bon.
Taris sera toujopurs taris même en ces période humide et troublée.
Ta vie est un film de serie B ouais…
han han prend ça dans ta gueule!
Tous ces groupes en poney auront à répondre de leurs actes et ceci bien avant que l’on est eu le temps de dire ouf. Mais je n’ai pas la science infuse contrairement à jûll.
Enfin passons…
Quand a jacno alors là pffff ça m’etonerait bien tiens.
Patrice eudeline est un rockeur et c’est là tout l’interet qu’il nous suscite et je crois pouvoir l’affirmer sans fausse pudeur.
Phillipe manoeuvre? Vous voulez rire j’espere!
Je crois qu’il est a sa place dans l’univers televisuel qui est le notre, comme vous l’êtes dans l’univers du web. J’aime assez tous ces aspects constitutif d’un ensemble cohérent.
Alex rossi à effectivement le droit de penser ce qu’il pense
Je ne me formaliserai pas même si moi je pense qu’alister est un type formidable, ça ne regarde que ma conscience et moi, ok?
Mais moi j’aime bien la techno parfois, on a le droit de ne pas aimer des trucs aussi merde quand à la chanson française. Y’a aussi des trucs qui se passe aussi et surtout aux alentours des moyennes métropoles,rennes, pau, ce style de villes ou daho a souvent fait des concerts, et pas que des lives playback baclés, la distortion, california girl est certainenment une sacrée bonne chanson. j’ai le sentiment que finalement on est trés peu à penser que la pop/rock américaine par rapport aux anglais, je sais pas trop.
louis ferdinand celine dion trop peu pour moi, je deteste les canadiens surtout quand ils ont des foulards autours de leur cou, et les gens du signe cancer tout au plus, si j’ose m’exprimer ainsi a prt alister qui est poisson d’eau.
Alors on se la ferme sa grosse gueule hein!Bande de putois.
Commentaire par gregory lemarchal nous voila, le Lundi 7 avril 2008 à 22:42
Je passe mon avis (futile et déjà évoqué ailleurs) sur le dernier commentaire ci-dessus pour ramener cette phrase dans le débat :
“c’est nous qui allons construire la suite. Malheureusement pour vous, on est un peu des blaireaux et un peu méprisant de tout ce qui s’est fait de bien avant.”
N’est-ce-pas là le plus terrible des constat ? Une génération qui reconnait (c’est déjà ça) qu’elle ne sait rien (ce qui est l’essence de la jeunesse, qui, si elle est inculte, a tout de même pour elle la beauté, que nous perdons en vieillissant) mais QUI EN EST FIÈRE et qui ne fait rien pour changer cela !
Je défaille.
oui mais heureusement il y a Keith
si la base line de spring est “nous sommes l’avenir, tant pis”, celle de Keith aurait visiblement pu etre “nous sommes l’avenir, tant mieux !”
comptons sur eux
moi j’adore les naast
‘tain là, johnny get27 t’as craqué, dis rassure moi là : “la prise de risque maximale. La bravoure inscrite dans l’encre et le papier.” je veux dire, quand tu écris ça, c’est de l’umour, hein ? tu veux nous faire rire, quoi?Parceque sérieux là, j’m'en fends une mais alors grosse. A part puer à 10bornes la hype et le marketing, j’avoue que là, ça m’attire pas mais alors pas du tout leurs trucs so-rock, hein et punk mêmeuh, rebel rebel quoi. Grrr…
Faire un magazine papier… c’est aussi con que déssayer de rendre un lion végétarien. Surtout quand on a pas 20 ans.
Et moi j’adore les lions
“ça m’attire pas…”
j’en conclut donc que tu n’a jamais vu aucun des deux magazines.
j’ai donc envie de te dire “Pourquoi tu parles l’ami?”
et j’adore brice hortefeux
bon quelque’un change les légendes ?
Tu veux dire: Quelqu’un ici deviendra-t-il une légende?
ça c’est évident
mais en attendant rendons à chaque rédac chef ce qui est à chaque rédac chef




ETRE DIEU
Je sens qu’on va bien rire la semaine prochaine… (frottement de mains)