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JUKE-BOX GONZO “City of refuge” par Nick Cave

Juke Box Gonzo: Nick Cave - City Of Refuge (1992) L'Harmonica déchire la peau, électrise les muscles. C'est un chant d'esclave. Sauf que les esclaves ne sont plus plaintifs (...) suite

Juke Box Gonzo: Nick Cave - City Of Refuge (1992)

L’Harmonica déchire la peau, électrise les muscles. C’est un chant d’esclave. Sauf que les esclaves ne sont plus plaintifs ou emplis de craintes. Le chant est là, repris par l’homme blanc, plein de haine, comme une hargne meurtrière. Les instruments rentrent dans la danse macabre les uns après les autres: les guitares tressautent, un orgue laisse échapper quelques gémissements. C’est une armée qui se déplace dans l’être. Car le monde est injuste, que la nausée coure le long des rues, les dents se serrent si fort qu’elles s’en cassent. La Cité du Refuge.

Jonathan avait pourtant tout pour lui: une mère fonctionnaire, un père en profession libéral. Il avait intégré une bonne école privée, chère certes, mais il allait se le permettre. Et puis c’était son indépendance enfin offerte. L’occasion de prouver à sa famille qu’il pouvait s’en sortir tout seul, devenir même peut être un photographe de renom. Il était peu être trop fier. Refusant les mains qui se dressaient devant lui. A moins qu’il ne s’agisse de timidité. Mais tout se passait pour le mieux.

Puis il connu la misère, comme ca, d’un coup. Une sombre histoire, l’assistanat social laisse parfois des gens sur le bord de route. Mais la misère, ce n’était que connaître la faim pendant quelques semaines, ne pas accéder à certaines commodités de la vie quotidienne. Il lui fallait être fort, s’en sortir seul. Et de toute manière qui le croirait, lui qui était dans une belle école. C’était un peu comme être projeté au sol, tout en étant pendue par le cou. Au début il ne fit rien de très grave, arrêta de payer les transports, puis vola de temps en temps. Mais quand on perd le goût des aliments, voler un peu de la fraîcheur des fruits peut adoucir le cœur. Il n’était pas question d’en parler à qui que se soit.

Puis sa situation s’empira. Voler un fruit de temps en temps ne pouvait plus suffire. Il pensât tout d’abord vendre de la drogue mais c’était trop compliqué. Son esprit s’assombrit, il riait moins, serrait un peu plus souvent la mâchoire. Son entourage le trouva plus susceptible, parfois violent, mais il pensait que c’était a cause de ses vertiges fréquents.

L’impression constante d’être en faute emplit ses veines de violence. Prendre un couteau dans sa poche le rendait plus fort certainement. Puis errer dans les rue, marcher de plus en plus, toujours plus loin. Il essayait de perdre ses frayeurs en route comme l’on perd le petit poucet et tout ses satanées frères. Chaque pas fait secouer le corps, blesse le muscle tendu du mollet, mord le genou. Chaque pas claque contre le sol, douleur qui prouve que l’on est encore en vie. Faire plus de bruit, plus de claquement, échapper a la migraine, la bienveillance du vent qui va s’écraser contre le crâne. Alors les pas claquent de plus en plus vite, le vent se fait plus fort, le vertige est aussi plus violent, mais qu’importe, le paysage passe plus vite. Ne faut-t-il pas courir pour atteindre la cité du refuge ?

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