Juan Trip’. A connu les communautés hippies du sud ouest de la France à 7 ans, le trip punk parisien à 20 et celui des raves, dans la foulée. Signé chez F-Com à ses débuts (label de Garnier, il le valait bien…comment ça elle est facile ?), aujourd’hui chez Modulor. Son premier single ? God is ecstasy, eh ouais… De retour aujourd’hui avec Fireplace, un titre d’album à la Lynch, le fantôme de Barrett rôdant partout et les mots baba cool qui reviennent toutes les deux minutes, à chaque tentative d’être un peu plus précis sur le bonhomme…
Et comme si ça ne suffisait pas, Trip redonne en ce moment un sens à l’underground parisien, notamment avec son Cleub, et ses potes des Bluets… Non vraiment, pas facile de saisir le personnage… Autant commencer par ce qu’il fait comme tout le monde : des disques. Je parle ici du contenant, hein, par ce que pour ce qui est dedans, c’est pas vraiment le tout venant… Pas contrariant, je suis donc allé me mettre dans la cheminée (Fireplace) et j’ai attendu de voir ce qui se passait… au 15e morceau, j’ai pris feu : le fils spirituel de Syd Barrett (celui qui trouve mieux comme référence n’a plus qu’à ouvrir une session sur Wikipédia) venait enfin de lâcher le haschich pour la coke. Psychédélique, d’accord. Mais enfin, on est au XXIe siècle, quand même… Le voilà donc qui défouraillait sec, avec sa guitare fusant de toute part sur une batterie ayant cassé sa pédale de frein. Un truc à se foutre tout nu et à tourner en rond dans son salon. Bon derrière, il a fallu qu’il revienne à ses bons vieux rock psyché, ce truc juste à la frontière, un pied dans l’acid, l’autre sur la pédale d’effet ; beaucoup plus facile à suivre. Du coup, je me suis rhabillé…
Fire PlaceEnfin, plus facile à suivre, c’est vite écrit : Juan (the bad , the good and the ugly) Trip’, reprenant le flambeau là où le plus célèbre drogué du rock’n roll l’avait laissé, voilà un challenge. Vu de l’extérieur, en tout cas. Car je ne sais pas comment ça se passe dans sa tête, mais à l’écouter, ce type est un peu l’Obélix du psychédélisme : tombé dedans tout petit (communauté hippie à 7 ans, les gars, vous seriez devenus quoi, vous ?) il en joue comme il respire. Tandis que ses contemporains s’acharnent sur Pro Tools, afin d’être bien sûrs d’avoir le même son que tout le monde, lui dégaine sa six cordes, sa sitar, son matos vintage et c’est reparti comme en 70. Ca donne des trucs comme Deprecated Gong en ouverture : batterie traînante, incantations susurrées et guitare comme venues d’Hawaï. Des balades anti-mauvais trips – I surely care-, des blues déglingués dignes des Cow Boy Junkies dans Twin peaks- Fire walk with me (tiens ! tiens ! ) - Now -, ou encore l’accompagnement sonore idéal pour un climax de Tarantino (pour ça, vous pouvez piocher un peu partout, ça marche presque à tous les coups). Et puis il y a Critical mass explode. Le fameux 15e morceau. Je crois que ça mérite qu’on change de paragraphe.
On résume : un gosse de hippies bascule dans la musique à même pas 10 piges : flower power, punk, raves parties et retour à la case psychédélique. D’où plusieurs albums jusqu’à ce Fireplace, sorte de machine à remonter le temps. Entre deux balades sixties, lui reviennent ses années camion à chien, clubs truffés d’ecstasy et peut-être un truc pas cool datant des années hippies : le voilà qui rameute les BPM, cette batterie tribale, ce son stridant planqué derrière qui ne vous lâchera pas et cette grosse basse sourde qui enfle, qui enfle…
Il est des disques qui valent qu’on les achète pour un seul titre, celui qu’on écoutera encore dans 10, dans 20 ans : pour cette sensation intacte, ce soulèvement. Pour ce qui est de Fireplace, moi ce sera Critical mass explode. Vous, vous faites bien comme vous voulez…
Juan Trip // Fire Place // Citizen Record
Le myspace de Juan Trip




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