79

JOHNNY GLYNN Les sept jours de Peter Crumb

Premier livre d'un acteur anglais, Les Sept Jours de Peter Crumb est une dissection précise de la dernière semaine d'un homme devenu monstre. Journal schizophrène qui nous emmènera (...) suite

Premier livre d’un acteur anglais, Les Sept Jours de Peter Crumb est une dissection précise de la dernière semaine d’un homme devenu monstre. Journal schizophrène qui nous emmènera au détour d’une Angleterre injuste et violente, au rythme de ses crimes de sang, ses viols et sa cruauté motivée par un étrange drame personnel.

Vous avez eu votre chronique bien bateau?

On peut parler un peu de littérature maintenant?

*****

Être Straight to the Edge? Au bord de la falaise. Comme Grandmaster Flash. Être straight to the edge comme leitmotiv. Ce n’est pas accessible à tout le monde.Il ne suffit pas d’être un yuppies blessé, amoureux en lambeau, pensant au suicide entre deux rails de coke pour être straight to the edge. C’est bien plus intime que cela.

C’est une histoire entre l’homme et la violence.

Straight to the Edge, concept qui tourne dans ma tête alors que je cherche le sel sur ma moquette. Passer ma journée en solitaire, coincé entre deux homme furieux : Thompson dans la poche gauche de ma veste, Peter Crumb dans la main droite. Les yeux plongés dans le précipice, un vertige a en donner la nausée. Car c’est de la peur dont il faut nous laisser inonder. La peur venant de la conviction intime qu’a tout moment, on peut basculer.

À première vue, Peter Crumb est personnage littéraire comme Langlois, ou Alex, ou n’importe quel homme devant passer à la violence pour se sentir vivant. Peter Crumb n’est pas le genre de personne avec qui l’on a envie de passer la journée. Et pourtant, ce jours-là, c’est ce que j’ai fait. As-tu jamais marcher main dans la main avec le capitaine crochet ??? Moi oui.

Peter Crumb vomit la médiocrité de notre espèce. Il est seul, ce qui le rend accompagné (il en est devenue schizophrène). Le mal et le sens logique l’habitent. Par ces qualités, il apparaît comme un surhomme.

Dérangeant de regarder le sang perler sur la neige avec ce genre de personne. Parce qu’on peut le comprendre. On peut comprendre parce qu’il est fondamentalement comme nous. Combien de fois nous sommes nous rendus compte de notre pouvoir ?

Être straight to the Edge, c’est prendre conscience qu’un geste suffit pour tirer une lame de la poche de son jean et tuer le premier passant venu. Que nous sommes fondamentalement comme cela, nous les humains. Prêt à sortir une lame pour la planter dans la gorge d’un passant. Parce que c’est ce qui nous place a la droite de dieu.Le pouvoir conscient de vie ou de mort. C’est la création.

Gratuité. Peter Crumb est le personnage comme l’icône, symbole de la part monstrueuse de l’humain.

Sauf que non.

On s’aperçoit vite que Peter Crumb est en fait une victime. Comme nous tous. Nous sommes tous victimes de quelque chose : notre pouvoir d’achat, la maladie, la tromperie, un divorce… Peter Crumb lui a été victime d’un fait-divers… alors sa quête nous prend un goût bien fade.

Comme toutes les histoires de vengeance en général.

Sauf que là il s’agit de se venger contre l’humanité entière.

Si la première matière littéraire était l’esprit, la romanesque est l’humain alors que la romantique est le sentiment…Mais à notre époque, la littérature est sociologique : elle fait du Tetris humain, forment des petites cases qu’elle passent au microscope.

Et ça, aucun meurtre suivi d’un viol Nécrophile (bien moins cru que chez Vian) ne pourra sauver cette faute de l’auteur. Pourtant, cette descente aux enfers est faite comme elle se doit: alors que l’acte est de plus en plus horrible, l’humain est de plus ne plus beau. L’humanisme et pose luciférienne.

Le bourreau pourra même se montrer Héros. Pour bien rappeler que nous sommes tous humains.

Alors un livre pourquoi ? Un livre comme un journal de 20H, pour nous rappeler que tout peut basculer à n’importe quel moment. Que l’on peut tout perdre ou tout gagner en ¼ de seconde.

Diablement contemporains en définitif.

Johnny Glynn // Les sept jours de Peter Crumb // Edition Panama

Laisser un commentaire