Lorsqu’on vous parle de vieux anglais aux cols froissés, l’oeil encore humide de la veille, pas vraiment chauve, mais plus vraiment fringuant, qui se servent de leur guitare et de leur amour pour Pentangle pour culbuter les filles du premier rang (de toute façon y a personne derrière) vous pensez: soit c’est un anglais tout ce qu’il y a de plus normal, soit c’est Malcolm Middleton.
John MatthiasMaintenant que The Arab Strap (le groupe de Middleton) a enfin réussi à commettre son suicide, restent encore quelques anglais au même profil. Dont John Matthias, dont les cols pas très propres cachent à peine les douze compositions génialissimes. Le parfait exemple d’une musique inécoutable en concert parce que statique, mou, SOFT, tiède comme la bière. Mais qui sur disque parvient à moderniser les vieilles visions de Johanna, celles de Dylan, les transcendent, en un sens, pour parvenir à cet album, Stories from the watercooler, de la même veine que le Palo Santo de Shearwater.
watercooler_coverL’impression soudaine d’être Bill Gates, perdu dans son chalet écolo-vintage du Yellowstone à regarder les écureuils sucer des glands. L’impression subite que Busy P n’a jamais existé, que les artiste ont toujours eu du talent et que le turntablism n’était qu’un cauchemar sous speed. Pendant ce temps, John Matthias continue son bonhomme de chemin, signant sûrement un autographe tous les 6 mois, piochant autant à Son of Dave qu’à Thom Yorke. On pourrait citer pèle-mêle Chris Isaak ou Edwyn Collins pour l’âpreté du propos, le coté crooner d’autoroutes made in UK, se palucher deux secondes sur la pochette de Watercooler, signée par Stanley Donwood (le maître à dessiner de Radiohead, NDR), résumer Matthias à ses collaborations avec Coldcut et Mattew Herbert. Et ce serait encore une fois de plus la tentation de trop: Hurler que le public n’a rien compris, affirmer haut et fort que John Matthias est un artiste maudit, que son art est sublime, et qu’il mourra inconnu.
John Matthias mourra sûrement dans l’indifférence, d’ailleurs il n’a que 138 amis sur Myspace. En attendant, Stories from the watercooler est bien la preuve que les anglais peuvent faire bouger vos petits culs serrés avec le blues de l’autoroute, les machines jamais très loin. Le Delta Caterpillar pour tous, en tenue d’ouvriers, pour recouvrir la terre.
John Matthias // Stories from the watercooler // Counter Records
www.myspace.com/johnmatthiasmusic




ETRE DIEU